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Le Pen, Retailleau, Zemmour vus d’extrême droite

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Publié le

27 octobre 2026

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Sans méconnaître la charge péjorative du terme, Frédéric Saint Clair est l’un des rares intellectuels à se revendiquer d’extrême droite, et en a d’ailleurs fait le sujet d’un livre fort intéressant, intitulé « L’Extrême Droite expliquée à Marie-Chantal » (Nouvelle Librairie, 2024). Nous lui avons donc soumis les noms des candidats à la présidentielle réputés d’extrême droite, pour savoir s’ils méritent selon lui ce qualificatif.
© DR

Bruno Retailleau est-il d’extrême droite ?

La vraie question est : Bruno Retailleau est-il centriste ? Car de l’extrême droite, il a en vérité assez peu le profil. Alexandre Pedro, journaliste au Monde, affirmait ainsi en octobre 2024 : « Nous, on ne met pas Bruno Retailleau à l’extrême droite […] Pour nous, l’extrême droite c’est Reconquête et le RN. » Si Le Monde le dit… Quelle est donc la ligne de ce Bruno Retailleau qui, selon le journaliste, se contente d’utiliser « le vocabulaire de l’extrême droite, […] les idées de l’extrême droite » ? Une ligne catholique de centre droit, certes conservatrice, mais uniquement sur les questions sociétales. Pour le reste, un libéralisme bon teint rétif au désordre, comme toute la classe bourgeoise de province. Sauf qu’il n’a pas la plus petite idée de l’ampleur des moyens qui devront être déployés pour rétablir l’ordre – qu’il soit sécuritaire ou civilisationnel – dans la France de 2027.

Pourquoi certains, principalement à gauche, classent-ils Bruno Retailleau à l’extrême droite ? En deux mots : communication politique. Ce terme, « extrême droite », constitue selon Pierre-André Taguieff un « instrument d’illégitimation » utilisé par « les libéraux, les sociaux-démocrates et les communistes » pour « stigmatiser et condamner ». On pourrait ajouter que le terme « extrême » n’est pas factuel ; c’est un jugement de valeur, par définition subjectif, et donc déplaçable au gré de la conjoncture le long du ridicule axe gauche-droite.

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Mais alors vous, me demande-t-on souvent, pourquoi acceptez-vous d’être considéré comme un « théoricien d’extrême droite » ? En 2021, dans un essai intitulé Qui est l’extrémiste ?, le même Pierre-André Taguieff a proposé trois critères distinctifs de l’extrême droite : « Le recours effectif à la violence en vue de la prise du pouvoir, le projet explicite d’instaurer une dictature – sur les ruines de la démocratie pluraliste – et l’existence d’un programme comportant des mesures jugées xénophobes, racistes et antisémites, et, plus généralement, injustement inégalitaires et discriminatoires. »

Comme je l’ai expliqué à Marie-Chantal, il me semble que je coche les trois cases – à condition de bien préciser certains termes. Bruno Retailleau, même en précisant beaucoup, beaucoup, beaucoup, n’en coche bien évidemment aucune… À l’instar de la totalité de la classe politique, il ignore un élément pourtant décisif pour qui veut bien prendre le temps de (re)lire Thomas Hobbes : la peur ! L’usage de la force, et même de la violence politique légitime – pour parler comme Max Weber – n’a qu’un objectif : susciter la peur auprès de la fraction de la population (voire de la faction) qui ignore ou refuse l’obéissance aux lois – une notion fondatrice de ce que Julien Freund a nommé « l’essence du politique ». Bruno Retailleau, parfait démocrate et libéral, ne fait peur à personne. C’est une marque d’impuissance politique face au chaos qui se répand en Occident.

Marine Le Pen est-elle d’extrême droite ?

Qualifier le RN de parti d’extrême droite, voire de parti pétainiste ou néo-fasciste, est devenu un lieu commun du commentaire politique. La justification est toujours la même : une généalogie qui plonge ses racines dans les eaux sombres et agitées des courants nationalistes du xxe siècle. La longue liste des arguments – Vichy, Tixier, OAS, Salan, Sidos, Ordre Nouveau, Léon Gaultier, Waffen-SS, etc. – est ridicule ! Aucune continuité épistémologique entre cette époque/ces courants/ces individus et les nôtres. Mais inutile d’argumenter, l’approche de la victoire en 2027 hystérise totalement le bloc des gauches qui pollue tous les canaux médiatiques. Pour ce qui est du bloc central, ce qualificatif n’est qu’un opportunisme de circonstance qui disparaîtra une fois le RN mis à l’épreuve du pouvoir, comme pour Salvini et Meloni en Italie. En ce qui concerne le bloc des droites, et plus particulièrement la bourgeoisie identitaire, minoritaire mais très audible médiatiquement, la problématique est inverse. Pour elle, Marine Le Pen n’est ni extrême ni de droite, et c’est bien là tout le problème !

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Cette droite identitaire a-t-elle raison ? À l’instar de l’Italie, façon Lega-Cinque Stelle, le national-populisme français échouera-t-il et cèdera-t-il la place à une « Giorgia Meloni » hexagonale ? En d’autres termes : faut-il être plus radical sur le plan régalien et plus libéral sur le plan économique pour réussir ? Laissons l’économie de côté, et prenons un exemple issu de l’actualité récente : l’interdiction du voile. Il est certain que si, une fois au pouvoir, le RN sanctionne le port du voile d’une amende de 35 euros, et envoie Pinot simple flic en solo pour coller trois amendes en Seine-Saint-Denis, sa crédibilité va s’effondrer en quinze jours. Ce n’est donc pas tant le « discours » qui permettra de juger de la pertinence du positionnement du RN, que l’exercice du pouvoir. Avec un bémol néanmoins : le discours contient en prémisses l’exercice du pouvoir. Or, le RN croit possible de se dispenser de toute théorisation, notamment civilisationnelle, s’en remettant à un pragmatisme programmatique techno-juridique. Grave erreur ! La problématique liée au voile l’a démontré : les limites de la « lutte contre l’islamisme » et de la « soumission des femmes musulmanes » ont été vite atteintes. Les identitaires remigrationistes n’ont d’ailleurs pas la solution… Pas plus que les modérés, qui restreignent l’interdiction aux -18 ans. Ce qui manque au débat national, c’est une réflexion philosophique autour du lien Libéralisme-Islam (civilisation), et non Laïcitéislam (religion) ou République-islamisme (politique). Les libéraux, modérés ou identitaires, sont politiquement impuissants, car intellectuellement aveugles au vrai problème : la fragilité du concept libéral « moderne » de société civile. Soit la classe politique parvient à penser les prémisses d’un post-libéralisme ; soit l’échec sera au rendez-vous, et l’effondrement civilisationnel se poursuivra…

Éric Zemmour est-il d’extrême droite ?

Allons directement à la mesure qui classe Éric Zemmour à l’extrême droite : la remigration. C’est l’épouvantail politique du moment. La bourgeoisie cosmopolite tremble, la gauche s’hystérise, le camp national se divise. Question : est-ce vraiment la clef du problème civilisationnel ? Réponse : non ! C’est au mieux, un néologisme de littérateur angoissé, au pire une immense connerie ! D’ailleurs, Éric Zemmour n’est pas partisan de ce concept. La raison ? Ce concept est fondé sur un racisme biologique qui a connu ses grandes heures dans l’entre-deux-guerres, et il suppose d’avoir suffisamment de « sang français » pour bénéficier du label « citoyen ». Dès lors, en cas de remigration, n’ayant pas suffisamment d’aïeux « de souche », Éric Zemmour serait lui aussi « remigré ». Il utilise donc le terme car son électorat le lui impose, mais il le redéfinit sans l’avouer…

Pourquoi un tel terme ? Parce que les identitaires sont incapables de penser la civilisation, obsédés qu’ils sont par la démographie. Ils ne savent que compter : ils comptent le pognon qu’en bons représentants de l’homooeconomicus libéral, ils adorent tel un veau d’or, et ils comptent le nombre de noirs et d’Arabes qu’ils rêvent de renvoyer « chez eux », comme si un ethnos fondé sur le sang était l’alpha et l’oméga de toute politique civilisationnelle. Soyons clairs : le concept de remigration, voire de race, ne m’effraie pas ! D’autant que, vu le niveau intellectuel des masses, ma ligne civilisationnelle restera probablement incomprise, elle sera piétinée, et nous marcherons alors vers une guerre des races…

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En quoi la remigration pose donc problème ? Elle incarne une défaite de la pensée face au critère distinctif du politique : l’ennemi. L’ennemi prend, au xxie siècle, un double visage : ennemi physique ou ennemi civilisationnel. Or, remigrer, c’est raccompagner gentiment chez lui l’ennemi physique, le terroriste, le criminel étranger, après l’avoir éventuellement emprisonné. L’ennemi physique doit être éliminé !, et pas en rétablissant la peine de mort. Cette responsabilité est politique ; elle incombe à l’État seul.

L’ennemi civilisationnel, lui, ne met pas physiquement la nation en danger. La menace est « douce », mais n’en est pas moins puissante. Penser l’ennemi civilisationnel suppose de prendre acte de l’impuissance libérale et démocrate face aux grands centres spirituels des blocs civilisationnels slave, chinois, islamique, etc. La nature du défi est exclusivement géopolitique. L’homogénéité civilisationnelle que le multiculturalisme a pulvérisée peut être retrouvée, à condition de penser la culture en tant que puissance, et plus seulement en tant que divertissement, en tant qu’incarnation de l’Esprit, qu’alliance de la Charis et de la Mètis. Il s’agit d’une guerre ! Nous sommes actuellement incapables d’en identifier les termes, et de la conduire. Si rien ne change, nous disparaîtrons.

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