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Indonésie : Allah à Jakarta est

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Publié le

3 mars 2018

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INDONESIE

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Les médias français s’intéressent peu à l’Indonésie, à moins qu’un événement supposé croustillant ne se produise. L’Indonésie est ainsi apparue récemment dans l’actualité française au sujet d’une statue de cire de Hitler, peu avant qu’un volcan n’entre en éruption dans le ciel de Bali.

 

Nous avons beau nous considérer comme des parangons d’universalisme, les mondes asiatique et océanique nous sont largement inconnus. L’archipel indonésien occupe pourtant une position stratégique et originale, entre océan Indien et océan Pacifique. Il fait aussi la jonction entre l’Australie et l’Asie du Sud-Est. Un pays dont l’économie commence à attirer l’œil des entrepreneurs français.

 

Bienvenue à Jakarta !

 

Un tel pays, à la fois proche de la Malaisie, de la Thaïlande, des Philippines ou de Brunei peut sembler quasi-romanesque. Vue de France, l’Indonésie correspond à une destination de voyage et à quelques hôtels touristiques en bordure de plage. Le plus grand archipel de la planète, habité par 260 millions d’humains, soit l’équivalent de la moitié de la population européenne, bénéficie d’une situation géographique idyllique entre l’équateur et le tropique du Capricorne. Ses espaces naturels sauvages contrastent pour autant avec des agglomérations surpeuplées.

Jakarta est une métropole mondiale de près de 11 millions d’habitants, à l’instar de Los Angeles, Séoul ou Lagos. Sa population est musulmane à plus de 90 %. Colonie néerlandaise occupée par le Japon (quatre millions de morts), l’Indonésie est devenue indépendante en 1949, année de la création de la RDA en Europe. Elle a été la figure de proue des non-alignés et a connu une tournure communisante, puis une dictature sanglante et enfin une démocratie fragile. On peut en approcher la complexité en lisant les quatre volumes de Buru Quartet, roman de Pramoedya Ananta Toer traduit en français chez Zulma, sans doute le plus grand écrivain indonésien. Un ensemble de plus de 2000 pages qui raconte les cinquante dernières années de l’Indonésie. Plusieurs mondes en un, ce pays réserve bien des surprises.

 

Lire aussi : Reportage : la Charia est dans le pré

 

Vous reprendrez bien un petit selfie avec Hitler?

 

Le 11 novembre 2017, l’Indonésie apparaît sur nos fils d’actualité. Elle vient à nous par Hitler. À Yogyakarta, dans le centre de l’île de Java, il y a le musée de Mata qui, à l’instar du musée Grévin, propose des statues de cire de célébrités. Dont Hitler en uniforme, regardant vers l’horizon, le visage déterminé. Il se tient debout devant une photographie de l’entrée d’Auschwitz, surplombée de la devise « Arbeit Macht Frei ».

Le problème ? Les jeunes Indonésiens visitant ce musée sont accrocs aux selfies avec Hitler. « Hitler est une des figures préférées de nos visiteurs, et personne ne s’en plaint. Les gens viennent ici pour s’amuser, et ils savent que le musée est un lieu de divertissement », indique son directeur. Une ambiance romanesque ? La statue de cire de Hitler est juste à côté de celle de Dark Vador. Comme un symbole de la déréalisation du monde actuellement à l’œuvre, sous couvert de cette accélération décrite par le philosophe allemand Hartmut Rosa (Accélération, une critique sociale du temps, La Découverte, 2013). Mise en place en 2014, la statue a été enlevée suite à la polémique. Ce genre de faits n’est pas rare en Indonésie.

L’islam indonésien, longtemps réputé pour sa modération, se radicalise à très grande vitesse. Les actes commis à l’encontre des minorités religieuses se multiplient, et aucune île ne paraît à l’abri.

En 2014, un café à thème nazi avait ouvert à Bandung. Les serveurs en tenue nazie proposaient la carte sous le regard des principaux dignitaires du Reich. Paris a son restaurant naturiste, Bandung a son café nazi. Hitler, dans la conscience collective musulmane indonésienne ? Propos rapportés depuis les rues de Jakarta : « J’aime bien Hitler ! », vous saluera-t-on si vous semblez allemand ; « Il a sauvé l’Allemagne » ; « C’était un grand leader » ; « les Juifs, c’est comme les Chinois », etc.

Selon le directeur du musée, la figure de cire avait valeur éducative, dans un pays qui n’enseigne pas le génocide des Juifs. Ici, une seule synagogue demeure debout, loin de Jakarta. Elles étaient encore deux en 2013, l’avant-dernière a été rasée suite à de violentes manifestations antisémites et anti-israéliennes. La montée de la haine des Juifs, ce n’est pas seulement dans les banlieues islamisées des pays européens, c’est aussi dans le plus grand pays musulman sunnite du monde : l’Indonésie.

 

Lire aussi : Interview d’Éric Zemmour : « Mon constat et mon diagnostic sont désormais la norme »

 

Tant qu’à faire, mieux vaut être musulman et sunnite

 

En Indonésie, la violence n’est pas seulement antisémite. Le pays est musulman depuis onze siècles. La Constitution reconnaît d’autres religions : l’islam chiite, les christianismes, le bouddhisme, le confucianisme et l’hindouisme. Elles sont cependant victimes d’intimidations, de discriminations et souvent de violences. L’islam indonésien, longtemps réputé pour sa modération, se radicalise à très grande vitesse. Les actes commis à l’encontre des minorités religieuses se multiplient, et aucune île ne paraît à l’abri. Tandis que le volcan Agung entrait en éruption au-dessus de Bali fin novembre, le gouvernement indonésien poussait une minorité à la conversion à l’islam: les Orang Rimba, ou « gens de la jungle », de Sumatra, dont ni le nomadisme ni les cultes ne conviennent au pouvoir sunnite. Victimes d’une déforestation à marche forcée afin de produire plus d’huile de palme, les « gens de la forêt » doivent choisir entre mourir de faim ou devenir musulmans.

Omar Sy n’organise aucune mobilisation internationale. Toutes les minorités religieuses, à commencer par les chrétiens et les autres formes d’islam, subissent des brimades. Les ahmadis, par exemple, persuadés du prochain retour sur terre de leur messie, sont une minorité musulmane non sunnite. Ils sont particulièrement visés. Comme la minorité ethnique chinoise qui contrôle autour de 70 % du commerce du pays: une fake news persistante au sujet d’une prétendue « invasion de travailleurs chinois » dans le pays a provoqué la montée d’une sinophobie chez nombre de musulmans sunnites indonésiens. Cette fake news a d’abord été diffusée sur Twitter par le chef du Front de défense de l’Islam, organe de radicalisation islamiste. Tempo, le principal hebdomadaire de Jakarta, a, du reste, montré que cette rumeur se répandait comme une traînée de poudre dans le pays par les réseaux des mouvements islamistes.

Discriminations religieuses et ethniques, sinophobie, antisémitisme… S’il y a du romanesque en Indonésie, cela ressemble fort à du roman noir. D’autant que le gouvernement indonésien fait preuve de beaucoup de tolérance pour ces violences, provocations et discriminations perpétrées à l’encontre des Indonésiens non musulmans. La situation devrait attirer l’attention des médias français: l’Indonésie a fait l’objet du tout dernier voyage diplomatique de l’ancien président Hollande en avril 2017, voyage au cours duquel un entrepreneur français agissant sur place a pu déclarer que « l’Indonésie est une pépite trop cachée ». Une pépite où la France a engagé des investissements à hauteur de 3 milliards d’euros fin 2017. De ce point de vue, la radicalisation de l’islam en Indonésie doit-elle être considérée comme un point de détail ? N’est-il pas temps de lancer l’alert

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