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Reportage : La Charia est dans le pré

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Publié le

20 février 2018

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Dans ce petit village berrichon vit une communauté musulmane radicale depuis 2002 au grand dam de ses habitants.
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Châteauneuf-sur-Cher, ses mille cinq cents habitants, son château, sa basilique et… sa communauté islamique. Ils sont quatre familles à pratiquer à huis clos un islam des plus traditionnels. L’information n’est pas neuve puisque les médias en ont écrit bien des lignes il y a quelques années. C’était en 2015 dans un contexte d’attentats, la France prenait conscience que vivaient en son sein des communautés qui n’avaient pas spécialement d’appétence pour ses « valeurs républicaines » et ne mettaient pas la sacro-sainte République au-dessus de Dieu. En traversant le Cher, on est frappé par deux faits saillants : la présence d’une mosquée située en contrebas du château surplombant le village, et surtout les croix gammées taguées sur le portail d’entrée. Tracées à la bombe de peinture par un habitant présentant deux grammes d’alcool dans le sang au début du mois de janvier, elles traduisent le profond malaise qui règne dans le village depuis une dizaine d’années. Un malaise qui ne s’est jamais dissipé.

« J’ai distinctement entendu le bruit d’une bombe de peinture secouée, vous savez ce bruit de bille. Je suis sorti et j’ai attrapé ce monsieur qui venait de finir son œuvre. Je l’ai immobilisé et j’ai appelé les gendarmes. » Stéphane Lopez, membre de la communauté islamique de Châteauneuf est calme, posé et courtois. Il me reçoit dans la salle de prière située en face de la mosquée : « vous pouvez garder vos chaussures », prévient-il aimablement.

Pointant du doigt « des mensonges et des ragots », il égrène la liste des griefs: « On m’a insulté à de nombreuses reprises, certains se sont montrés menaçants. Aujourd’hui on tague sur notre lieu de culte des symboles nazis… Je suis français. Mes grands-parents ont souffert du nazisme. »

 

Située en contrebas du château qui a donné son nom au village, on aperçoit la mosquée. Les croix gammées n’ont pas encore été effacées.

Chacun chez soi

« Je vous avoue que s’ils avaient choisi un autre village, je ne m’en serais pas plus mal porté. » Le doux euphémisme du maire William Pelletier (divers droite) explique à lui seul l’étendue du problème. Car, en Berry, croiser un homme barbu vêtu d’un turban et d’une djellaba a de quoi provoquer un haussement de sourcil. Les habitants du village partagent d’ailleurs cette opinion. « Moi je les aime bien mais chez eux », affirme un des habitants de la commune. « On les observe et on les tient à l’œil. Nous autres, on n’est pas agressifs, mais à la première alerte, croyez-moi, ils sauront à qui parler », affirme un jeune trentenaire accoudé au zinc du bar proche de la gare.

Pour cause, le maire de la ville voit arriver des demandes qu’il n’avait pas l’habitude de recevoir dans sa petite commune située entre Bourges et Saint-Amand-Montrond, et à une quinzaine de kilomètres du centre géographique de la France. Par exemple, la création d’une entrée spéciale pour les femmes dans l’école publique, ou encore un carré musulman dans le cimetière. « J’ai l’impression que les habitants de Châteauneuf-sur-Cher n’ont pas vraiment envie d’agir, fulmine un agriculteur de la commune. Ils ont colonisé un lotissement et leurs voisins déménagent des environs. »

De plus, la sulfureuse réputation de l’imam marocain Chifa n’arrange rien. Le chef de la petite communauté islamique a un profil assez inquiétant. Solitaire, il évite tout contact avec l’extérieur. Présentant un profil typique du gourou, d’après le président de l’association qui représente la communauté islamique de Châteauneuf, il souffrirait d’Hypersensibilité chimique multiple (MCS), une maladie qui toucherait 10 % des Français et de manière handicapante pour 3 % d’entre eux. Mais les autres membres de la communauté ?

 

Entrée de la mosquée « Louange à Allah »

 

« Nous sommes tous plus ou moins touchés par cette maladie », répond mon interlocuteur. Lorsque je lui demande s’il en est victime aussi, il rétorque qu’il est toujours du côté des malades. Une amicale d’intolérants aux produits chimiques victime de l’ostracisme des villageois ? Suffisamment pour pratiquer l’entre-soi ? « On se mélange aux gens dans la proportion avec laquelle ils se mélangent à nous », rétorque Sébastien Lopez. « On propose toujours aux habitants des gâteaux, des cadeaux pendant nos fêtes. Notre religion nous dit d’aller vers les autres : “Nous vous avons créés différents afin que vous vous rencontriez”, nous dit le Coran. » Les habitants auront du mal à entendre cette phrase. Tous précisent qu’ils n’ont jamais croisé les épouses de leurs étranges voisins. « Les enfants vont à l’école primaire, puis on ne les voit plus dans les collèges », précise le maire.

Finalement, on en vient toujours à la même problématique. Une minorité religieuse, peu en accord avec le tableau du paisible village français, en butte à l’hostilité ou à l’indifférence plus ou moins déclarée des habitants. Car, au fond, ils respectent la loi et se plient au cadre légal. La supériorité de la Charia ? « Nous vivons dans un pays qui n’est pas musulman. Alors nous ne cherchons pas à imposer nos lois à quiconque », réplique Sébastien Lopez.

 

Sur la devanture de la salle de prière, le panneau avertit le visiteur de la maladie de l’imam.

 

Et puis ils sont minoritaires après tout. Sauf que… L’imam Mohamed Chifa a théorisé le départ des musulmans vers des petits villages de campagne, « l’Hijra » (l’exil). À Châteauneuf-sur-Cher comme dans tous les villages français, la natalité est négative et les habitants s’en vont. En témoignent les enseignes vides et les locaux commerciaux vacants. Et la spécificité du village berrichon n’est pas unique en France. Saint-Uze (Drome) et Marvejols (Lozère) entre autres ont vu des familles s’installer.

Pour les pratiquants d’un islam fondamentaliste, la campagne présente en effet une garantie quasi autarcique de ses membres qui répugnent à vivre dans un pays mécréant. Cette communauté est même regardée de travers par la population musulmane du département. En effet, leur pratique d’un islam rigoriste et sans concession les rend souvent critiques envers leurs propres coreligionnaires. Pourtant, cette communauté a vertement condamné les attentats perpétrés en France : ces gens ne sont pas musulmans. « D’ailleurs, l’État islamique est une création de l’Occident », s’indigne Sébastien Lopez.

La crainte de l’Autre et du Grand Remplacement

« Lorsque ces familles auront des enfants, qui eux-mêmes auront des enfants, et s’ils restent à Châteauneuf-sur-Cher… La majorité basculera en leur faveur, et ils l’auront, leur entrée spéciale à l’école primaire », peste un habitant. Le cas de Châteauneuf est finalement assez symptomatique. À l’échelle nationale, il y aurait environ huit à dix millions de Français de confession musulmane. Selon Jean-Jacques Walter, islamologue et auteur des Deux Islams aux éditions Télémaque, « un tiers des musulmans considère la loi de la République supérieure à la leur, un tiers pratique l’accommodement et un autre tiers ne jure que par la Charia ».

Las, la problématique qui touche le village berrichon est symptomatique du paysage national. Les communautés islamiques sont surveillées et regardées avec défiance par une population qui n’a certes rien d’illégal à leur reprocher, mais ne peut taire ses appréhensions face à une culture aux antipodes de la leur. Avec, en toile de fond, l’inquiétude que provoque cette courbe démographique crédibilisant les arguments des adeptes de la théorie du Grand Remplacement. Tous regardent avec appréhension le phénomène grandir, coincés entre ceux qui s’installent dans leurs villages et ceux qui peignent des croix gammées sur leurs portails.

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