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Missié blanc y en a méchant

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Publié le

22 mai 2018

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MISSIÉ BLANC Y EN A MÉCHANT @STOCK

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Avec L’Archipel du chien , Philippe Claudel semble avoir compris de travers la maxime de Baudelaire, ce qui est ennuyeux. Si « créer un poncif, c’est le génie », que dire de celui dont l’ouvrage est créé par le poncif ?

 

Appelle-t-on œuvre l’accumulation des poncifs de l’époque ? Peut-on appeler écrivain celui dont la tâche consiste à mettre en application la doxa ? J’opterais pour tâcheron. Philippe Tâcheron (nous ne pouvons pas lui laisser usurper et salir un si beau patronyme) a commis un « roman ». Chaque personnage y est une caricature. Un poncif, oui, mais Baudelaire disait créer, pas copier. Un jour nous prendrons le temps d’expliquer. Bon élève qu’il est, il s’attache à décrire par le menu chaque nouveau personnage qui apparaît. Son habillement, son surnom (généralement très fin), son hérédité, son caractère physique, etc. Croyant faire du Balzac, il fait du collégien. Parfois il veut faire du Giono, nous faire sentir la terre, les éléments naturels et l’on frise le pathétique. Tout sonne faux, tout est kitsch, tout est toc. Du début à la fin, on ne croit absolument pas à son histoire ni à ses personnages. Un drame, pourtant, ça devrait faire trembler ; si l’on tremble, ce n’est que secoué par le rire nerveux que provoque sa verve caricaturale. Le comble est atteint lorsqu’il s’attelle à créer un curé, un commissaire. Son curé en soutane, amoral, a les oreilles si sales que les abeilles y font leur miel. Il ne sait plus s’il croit en Dieu. Le commissaire ne fait que boire de l’alcool, il est très méchant, cynique, sans scrupules. Avouez que c’est original.

Simplet, raconte-nous une histoire !

 Alors voilà : c’est une île française très loin du continent, sur l’Archipel du Chien. Un jour, trois cadavres noirs s’échouent sur la plage. Le maire, l’ancienne institutrice, le docteur, le curé, deux pêcheurs sont dans la confidence. (Chez Philippe Tâcheron, les « élites » sont cyniques et les gens du peuple sont des brutes.) Il ne faudrait pas que ces cadavres portent préjudice au projet de complexe thermal sur l’île. Le maire convainc ce petit monde de jeter les cadavres dans un trou. Après tout, ce ne sont que des « nègres », comme les appelle le curé. Seulement l’instituteur n’est pas d’accord. Il est jeune, sportif, il a l’inconvénient de venir du continent, il est instruit. Il est le seul étranger de l’île, avec sa famille. Nous arrivons vite à cette situation: d’un côté les brutes cyniques de l’île, de l’autre un étranger offusqué de la manière dont on traite les corps de trois pauvres noirs naufragés. Se met en place une enquête qui fait arriver le commissaire (qui en réalité n’en est pas un). L’instituteur veut tout lui révéler, alors le maire le fait accuser de viol par l’une de ses élèves, alors que l’on sait bien que c’est son beauf de père, alcoolique consanguin, qui est aussi pédophile. Philippe Tâcheron essaie de faire monter la tension, il sort la grosse armada : la foule sanguinaire, l’enfant victime, l’étranger lynché, tout cela sur fond d’odeurs putrides et de tremblements de terre. Le Brau menace – c’est le nom du volcan. On se croirait dans La Peste de Camus ou dans La mort à Venise de Mann. En fait non, pas du tout. On est chez Tâcheron, le décor est tout plein de fissures, le carton-pâte s’effondre, les grosses ficelles pendouillent.

 

Lire aussi : Drieu et D’Annunzio, deux dandys dans l’Europe en feu

 

À part l’instituteur qui est l’étranger de l’île et victime du « racisme ordinaire », tous les hommes blancs sont mé- chants, sales et brutaux. Une collection de tares; celles que l’on prête volontiers aux beaufs, aux prolos, aux bouseux. Les noirs, eux, sont d’office sanctifiés par leur statut de victimes innocentes. Quand un tâcheron écrit « Arthur Rimbaud, le poète français du XIXe siècle », c’est qu’il s’adresse au peuple, aux gens de peu. Pour leur montrer combien ils sont crasses, ignares, ignobles. Ô homme de gauche, quand regarderas-tu la poutre qui est dans ton œil ?

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