Skip to content

Tout homme est un don

Par

Publié le

17 septembre 2018

Partage

PMA3

Chaque révision des lois de bioéthique n’est qu’une étape supplémentaire vers l’invention d’un homme nouveau soumis aux lois de la biotechnologie et du marché et s’affranchissant toujours plus de la reproduction sexuée. Une transgression qui appelle en retour une levée en masse de dissidents.

 

Dans les mois qui viennent « la révision des lois de bioéthique » va une nouvelle fois presser la France à se déterminer sur ce que l’on peut appeler «  l’ordre humain», renommé par la novlangue actuelle « sujets sociétaux ». Il s’agit en effet, pour le peuple français, de se dire à lui-même l’idée qu’il se fait de l’être humain, et par là des limites qu’il reconnaît comme devant être respectées, pour que la vie sociale soit digne de son humanité. Que de telles questions lui soient posées régulièrement indique déjà le présupposé : la réponse donnée n’est jamais pérenne. Et elle ne peut l’être, car elle ne s’identifie pas à la reconnaissance d’un ordre humain déjà là ; cet ordre humain n’est, en effet, vu que comme le résultat temporaire d’une construction humaine toujours à reprendre. Cette fameuse «  révision », posée comme nécessaire, manifeste que ce type de « débats » est intrinsèquement pipé. On discute de sujets jusqu’au moment où les conclusions de la discussion conviennent aux diverses officines qui l’ont initiée.

Soljenitsyne, dans un texte important de 1974 portant sur le repentir et la modération, soulignait le caractère fondamental de l’autolimitation dans la vie des peuples libres. Face à la démesure de la modernité, que ce soit dans sa version socialiste ou dans sa version libérale, le dissident exhortait ses contemporains à renouer avec cette antique vertu, personnelle et collective, qu’est la « maîtrise de soi ». Mais encore faut-il savoir qui est ce « soi » à maîtriser. Or tel est le nœud impensé des « réformes sociétales » qui s’abattent sur notre pays depuis cinquante ans : l’obscurcissement de la nature humaine, principe d’un ordre juste. Et ce, au nom des droits illimités de l’individu indéterminé, et des intérêts du techno-capitalisme mondialisé. La convergence « sociétale » de ces deux forces indique leur source anthropologique commune : l’être humain n’est rien de déterminé ; il est cette force indéfinie de se répandre, de jouir et de se produire lui-même.

 

Cette sortie de l’ordre humain exige de rompre avec l’ordre de la différence des sexes et des générations, c’est-à-dire de déconnecter mentalement la filiation de tout lien à la personne sexuée, donc dépendante d’une autre personne pour transmettre la vie qu’elle a reçue.

 

Cette expansion de soi dont cette révision de loi n’est qu’une nouvelle étape n’a donc pas de terme, si ce n’est l’invention d’un homme nouveau qui, grâce aux progrès bio-technologiques et informatiques (et à beaucoup d’argent), pourra toujours se dépasser. Cette sortie de l’ordre humain exige de rompre avec l’ordre de la différence des sexes et des générations, c’est-à-dire de déconnecter mentalement la filiation de tout lien à la personne sexuée, donc dépendante d’une autre personne pour transmettre la vie qu’elle a reçue. La mentalité contraceptive a été la matrice rendant pensable l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, car elle a acclimaté l’idée d’un exercice légitime de la sexualité déliée de tout rapport à la transmission de la vie. La même logique de déconnexion s’est déployée dans la PMA puisque la dépendance à l’autre sexe y est, de fait, réduite à sa plus simple expression : le besoin de gamète.

 

La procréation par le marché  

Il est logique que la mise entre parenthèses de la différence des sexes dans le mariage finisse par rejoindre la possibilité de procréer sans passer par l’union amoureuse des personnes sexuées ; et ce, grâce à la puissance bio-technologique, qui étend par-là considérablement son marché potentiel. Dans l’absolu et à terme, tout être humain pourrait, en e et, avoir recours à ses services pour procréer. Il faut donc bien saisir que les débats actuels ne sont que la poursuite de ceux entamés il y a cinquante ans sur la contraception chimique, mais qu’ils constituent aussi un seuil important dans le processus d’auto- marchandisation de l’humain ; comme un dernier verrou, ou un avant-dernier puisque la GPA sera le prochain. Mais comme le « verrou d’après » dépend du « verrou d’avant » les choses suivent leur cours au rythme de la progressive « rectification mentale » des peuples. Ceux-ci, ayant déjà validé certaines transgressions, sont souvent mal en point pour trouver des arguments pertinents à leurs yeux s’opposant à la nouvelle transgression ; puisque celle-ci s’appuyant sur les précédentes bénéficie déjà de leurs arguments. Ils sentent instinctivement que « quelque chose ne va pas » mais, le plus souvent, ils finissent par mettre leur réticence sur le compte de leurs préjugés et de leur résistance coupable au progrès. Les raisons fondamentales de s’opposer à l’extension de la PMA pour toutes les femmes qui le désirent sont à chercher dans la nature même de la PMA. À ces raisons s’en ajoutent bien sûr d’autres, plus circonscrites, mais qui finissent par ne plus apparaître comme concluantes à un esprit qui a déjà validé la logique gouvernant la PMA et tout ce qu’elle implique.

 

Lire aussi : Gregor Puppinck : «Assumer sa condition d’être mortel»

 

Notons d’emblée que la PMA est fondée sur un détournement du sens des mots. La médecine est ici invoquée non pas pour soigner l’infertilité d’un couple (ce qu’elle peut faire par ailleurs) mais lui donner les moyens techniques de réaliser son « projet parental ». En effet, la PMA ne soigne pas la puissance générative puisque celle-ci reste toujours infertile après la réalisation de la  PMA. Cette notion de « projet parental » est centrale car elle transforme de facto l’enfant en un dû, et nie le fait qu’il soit un don. L’enfant devient objectivement le résultat de la volonté des parents qui, constatant leur impuissance naturelle à transmettre ensemble la vie qu’ils ont reçue, s’en remettent au tiers technique ; le donneur éventuel de gamète (IAD) n’étant que le prolongement de cette même externalisation. Si l’enfant est un dû, il y a donc un « droit à l’enfant » que la société doit satisfaire. Il est clair que les soi-disant garde-fous établis à l’époque pour limiter l’accès à la PMA ne peuvent résister à la puissante logique découlant de tels principes. Si l’enfant peut être vu comme le fruit d’une intervention technique mesurée par un projet parental, toute expression d’un tel projet légitimera l’intervention de la technique pour le réaliser. La rhétorique de « l’encadrement éthique » de telles pratiques ne trompe que ceux qui veulent transgresser en gardant bonne conscience. L’encadrement ne cesse d’ailleurs d’évoluer, ce qui montre bien qu’il n’est en rien un cadre, tout au plus un gadget. « La PMA pour toutes » n’est donc que l’énième cadre légal par lequel la société prétend ordonner ce qui n’est en vérité que la consécration de la liberté illimitée de l’individu, identifié à son désir, et exprimé dans la revendication de « ses droits ».

 

Illégitimité de toute PMA

La PMA est ainsi en elle-même une pratique injuste car elle ne respecte pas le droit de l’enfant à être le fruit gratuit de l’union amoureuse et charnelle de ses parents. En faisant de l’enfant l’objet d’un droit et d’un contrat, on lui dénie sa dignité de sujet de droits, irréductible à toute liberté individuelle cherchant à en disposer. La pratique de l’insémination avec tiers donneur aggrave l’injustice puisqu’elle dissocie au sein de l’origine de l’enfant la part génétique et la part volontaire d’un des deux « parents ». Le projet actuel n’est donc que la conséquence d’une logique de production de l’humain, inhérente au dispositif technique et juridique de la PMA. Il ne s’agit donc pas pour nous de refuser simplement une « PMA sans père » en la distinguant d’une « PMA éthique ». Il s’agit de mettre le doigt sur la logique inexorable, qui, depuis des décennies, fait basculer l’humanité dans une nouvelle ère, celle de la post- humanité, au nom d’une démesure animée d’une haine de la nature et de ses limites intrinsèques. Face à ce nouveau totalitarisme, où l’État se met au service de « l’individu total » et des grandes multinationales biotechnologiques, il est temps que des dissidents se lèvent et témoignent que tout homme est un don, et que ce n’est qu’en se recevant comme tel qu’il pourra se réaliser en plénitude. Toute construction d’un (post)homme nouveau n’est qu’une nouvelle chimère diabolique qui ne produira, comme toutes les autres, que désolation et asservissement.

 

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest