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Swaziland : Mswati III , une monarchie de droit Africain

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Publié le

21 septembre 2018

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Le Swaziland change de nom, mais le retour aux origines tribales ne devrait pas réconcilier le royaume avec la «communauté internationale».

« Je voudrais annoncer que le Swaziland va reprendre son nom d’origine ! » Lors du discours marquant le cinquantième anniversaire de l’indépendance de son royaume, le 19 avril dernier, le roi Mswati III a surpris tout un pays. L’appellation britannique est rejetée et le pays rebaptisé eSwathini : cette décision venue d’une des dernières monarchies absolues d’Afrique, loin de passer pour un acte d’héroïsme « décolonial », apparaît comme le dernier acte d’un Ingwenyama (roi ou lion) au caractère mégalomaniaque.

Enfant-roi

Enclavés dans l’Afrique du Sud, les Swazis avaient été obligés de fuir leurs terres face au « Mfecane » (cycle de guerre) de l’empereur Shaka Zoulou qui s’était lancé dans la conquête des peuples Ngunis, vivants entre les rivières Tugela et Pongola, au début du XIXe siècle. Dans leur migration, ils se heurtent aux Boers puis aux colons Portugais, présents au Mozambique voisin, qui tentent de s’emparer des terres du clan royal des Dlamini.

Contraint de demander l’aide des britanniques, le royaume devient un protectorat en 1881 amputé de sa partie orientale. Le Swaziland naît donc d’un coup de crayon dessiné par les principaux empires coloniaux européens. Les luttes d’influences exercées par Le Cap et Londres amenuisent les pouvoirs d’un roi réduit au rang de chef traditionnel. Ironiquement, l’arrivée des Afrikaners au pouvoir, en 1948, profite aux Swazis du roi Shobuza II. Conseillé par un avocat sud-africain, le roi créé l’Imbokodvo National Movement (INM) afin de s’opposer au prince Dumisa Dlamini et son Ngwane National Liberatory Congress (NNLC). À l’aube des indépendances, le clan royal s’affronte dans les coulisses afin de déterminer la forme de la future monarchie, absolutiste ou davantage parlementaire. En 1964, lors des élections législatives l’INM obtient 85 % des sièges de l’assemblée nationale. Fermez le ban !

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La politique conservatrice initiée par le souverain garantit à Shobuza II un processus de décolonisation des plus pacifiques avec le Royaume-Uni. Il fait même l’unanimité chez les colons à qui il rachète les terres avec largesse. Et quand bien même Londres lui impose une constitution, Shobuza II en fait peu de cas tout au long de son règne. D’ailleurs à quoi bon écouter une opposition qui ne cesse de remettre en cause ses décisions ? Le problème est réglé en 1973. Le roi organise lui-même un coup d’État. Il dissout le parlement et règne par décrets. Il tente ensuite de s’offrir le luxe d’annexer le bantoustan frontalier du KaNgwane pour obtenir un accès à la mer. En vain.

L’État c’est moi !

A sa mort, son fils héritier, Mswati III, hérite d’une situation politique complexe lors de son couronnement. Né le 25 avril 1968 sous le nom de Makhosetive Dlamini, il est le 67e enfant du roi Shobuza II qui régnait depuis 1899 alors qu’il était encore au berceau. À l’âge de 14 ans, il monte sur le trône du « Grand éléphant ». L’opposition tente de profiter de sa minorité et la régence est en proie aux révolutions de palais entre les veuves. La Ndovukazi, « Grande Éléphante » Dzeliwé (1927- 2003) est poussée rapidement vers la sortie. La reine Ntfombi lui succède et devient entre 1983 et 1987, la régente de son fils. Le règne du nouveau roi est prometteur à ses débuts mais se révèle finalement porteur d’espoirs déçus. Comme son père, Mswati III s’agace de cette opposition (notamment celle du People’s United Democratic Movement dont les leaders font fréquemment des allers retours en prison) qui aspire à plus de démocratisation dans le royaume. Non seulement, il balaye toutes les revendications du genre mais il prend la décision d’abolir le conseil des chefs traditionnels, le Liqoqo, dont les actions menaçaient ses pouvoirs régaliens.

Jugé négatif, le bilan économique et social du roi est également critiqué par la communauté internationale qui reproche au souverain de s’être progressivement arrogé l’intégralité des pouvoirs en 2005, rendant assez caricaturale ce e monarchie de 17 000 kilomètres carrés, toujours dépendante de son voisin sud-africain. Pretoria, qui avait joui d’un soutien sans faille du royaume du temps de l’apartheid, a imposé une sorte de protectorat commercial sur le Swaziland.

Ubu mène grand train

Malgré les difficultés, le budget de la couronne est en constante augmentation, le roi peut se mettre de côté une fortune de plus de 200 millions de dollars. Laquelle contraste avec la pauvreté qui règne au sein d’un pays resté très agricole. La paupérisation touche 63 % d’une population qui regrette amèrement que le roi ait refusé l’aide directe d’institutions internationales telles que le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et même la Banque africaine de développement, en échange d’un retour du parlementarisme dans le royaume.

Le deuxième roi le plus riche d’Afrique, selon Forbes, mène grand train et se soucie peu de l’image qu’il donne à son pays. Le Swaziland compte parmi les plus hauts taux de séropositifs d’Afrique australe (Il a voulu stériliser 25 % de la population en 2000). Et si sa monarchie de droit divin (Mswati III parle directement à Dieu qui le visiterait régulièrement selon ses dires) fait fantasmer un bon nombre d’européens, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui le roi est de plus en plus isolé sur la scène internationale et à l’ONU qui ne voit plus en lui que la pâle copie « d’Ubu roi ». Photographié en tenue tribale ou en uniforme emprunté à celui des officiers de haut-rangs britanniques, Mswati est aussi un grand collectionneur de voitures. Une de ses dernières acquisitions, une limousine Maybach (marque de luxe du groupe Daimler) aurait été équipée pour plus de 500 000 dollars.

La population regrette amèrement que le roi ait refusé l’aide directe d’institutions internationales.

Avec 14 épouses officielles, choisies vierges et dansant nues devant le roi lors de la fête annuelle de la pluie, les rites de succession à la couronne sont, certes héréditaires, mais pas forcément en faveur du premier de ses fils : la tradition l’interdit. Mais Mswati III accorde de larges frais de représentation à la « Grande épouse » (il a 23 enfants officiels). Avec l’interdiction de divorcer, la vie de ces reines n’est guère de tout repos mais on peut suivre leurs péripéties comme des épisodes de « Dallas ». L’une d’elle a été enlevée sur ordre du roi, une autre s’est enfuie avec son amant et plus tragiquement une troisième s’est suicidée. Enfin une épouse est toujours assignée à résidence, coupable d’avoir eu une relation extra-conjugale avec un ministre. Depuis, le souverain place des adolescents à la surveillance de son harem.

Dirigeant toujours le pays par décrets comme aux plus belles heures du règne de son père, le roi a vu son discours d’anniversaire perturbé par une petite manifestation de 2000 personnes qui ont défilé dans les rues de la capitale Mbabane. Mais celle-ci a été très vite réprimée. La démocratie devra encore attendre à eSwathini, la nouvelle terre des Swazis. « Bayete Baba ! » Gloire au souverain !

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