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Il y eut l’Ancien Régime et son épithète nécessairement obscure. Il y a désormais la démocratie et son appendice prétendument salvateur : la transparence.
C’est sous ce vocable servi à toutes les sauces que notre régime ne cesse de s’enorgueillir de lui-même, à mesure des découvertes de fraudes et de conflits d’intérêts ; à mesure aussi de l’effacement du politique, de la vitrification de l’État, entendu non plus comme un monopole de violence légitime mais comme une coopérative créancière des droits de chacun. Comme la pornographie vertueuse, l’Europe de la paix, la guerre humanitaire, le sexe sans risques, la transparence parfaite est devenue la vertu de nos sociétés représentatives, avec, toujours, ce germe de l’absolutisation qui confine à la négation.
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Il ne faut pas s’y tromper. La demande toujours plus grande de transparence n’a plus rien à voir avec l’honnêteté ou la vérité que le citoyen a end légitimement du politique. Bien au contraire, la transparence est devenue un principe de réduction où la mise à nu devient un avantage compétitif. Au plus transparent, le plus grand crédit politique, la plus grande virginité. Comme le roi nu de Hans Christian Andersen est acclamé par la foule pour le plus bel habit qu’il n’a, en réalité, pas. Alors il faut être plus normal que normal, et l’on se targue de ses vices comme d’un souci de transparence : un ancien ministre reconnaît visionner des films pornographiques en même temps que la presse people étale les infidélités du plus haut représentant de l’État. La transparence devient le plus petit dénominateur commun du politique où l’on retrouve invariablement la bassesse humaine. Et chacun liquide sa dignité, ses secrets, l’esprit de silence qui caractérise les grandes intelligences, au profit d’un principe qui ne connaît pas de limites en soi. Et l’on gagne en transparence ce que l’on perd en couleur. Et l’on devient toujours plus transparent parce que l’on se rend toujours moins profond. Et les lumières traversent mais on ne les retient pas.
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Comment sauter par-dessus son ombre quand on n’en a plus ? C’est par cette interrogation que Jean Baudrillard dénonçait la vertu de notre siècle comme une tentative d’épuration où l’on substituerait à la réalité, un monde parfait fondé nécessairement sur une réduction de l’altérité, qui viderait chacun de sa substance et de son identité pour parvenir à une société homothétique. Quel meilleur ferment que la transparence pour parvenir à ce résultat ?
On regrettera qu’à l’instar de certaines juridictions, le politique n’ait pas adopté le principe du miroir. Non seulement il reflète la réalité, mais en plus, il réfléchit.
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