Qu’est-ce qu’un livre dans une société post-moderne, sinon l’occasion de venir faire parler de soi par ricochet quand on n’a pas le talent d’un écrivain et que finalement on n’intéresse pas grand monde ? C’est en tout cas le sentiment qui prédomine, quelques jours après la sortie en librairie du nouvel essai d’Éric Zemmour. Comme à son habitude, l’auteur jongle habilement entre érudition et style ; et dans une fantastique mise en abyme, raconte l’histoire de France comme plus personne ne sait le faire.
Ce travail monumental mériterait naturellement un parallélisme des formes dans le débat qu’il engage. Autrement dit, fussent-ils d’accord ou non, on voudrait voir des intellectuels répondre aux affirmations d’Éric Zemmour. Mais on se lasse d’attendre les universitaires ; et en lieu et place, voici qu’on nous affiche des mandarins cathodiques, frétillant de la queue comme des chiens devant la curée, ravis d’afficher leur opposition et ce malgré une ignorance dont ils font un étalage démesuré, sans une once de vergogne. Muets sur le fond parce qu’acculés par leur impéritie, ils rivalisent en simagrées pour dénoncer des heures sombres dont ils ne connaissent même pas la référence historique. Et ainsi s’enchantent-ils de leur propre supériorité morale tout en se persuadant de l’intérêt planétaire de leur indignation.
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En plus des habitués notoires, une nouvelle vague d’arbitres des élégances est venue ajouter au camp du bien. Comme si le dernier livre de Zemmour était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase ; comme si jusqu’à maintenant le phénomène était intelligible et contenu mais que désormais il avait franchi la ligne jaune de manière irréversible. Pêle-mêle, on y retrouve un politologue plus connu pour ses incessants tweets narcissiques que ses travaux universitaires ; une journaliste qui a pris son envol dans le sillage de la mélancolie française mais qui, héritant d’un poste à haute responsabilité, doit désormais donner des gages de bonne conduite ; et puis une myriade de petits commentateurs de la vie politique qui n’ont pas peur de s’inscrire dans une dialectique de prééminence en usant d’un champ lexical bien particulier : égarement, fausse route, excès, radicalisation, pétage de câble et même démence.
Ont-ils seulement lu les ouvrages précédents qui, déjà, disaient ce qui est redit aujourd’hui ? Et que cache cette polémique de prénom dont l’attribut intrinsèque est de s’oublier ? Et d’ailleurs pourquoi donne-t-on des prénoms féminins aux typhons ? Les élèves ont dépassé le Maître Hessel, loin s’en faut.
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La conception du logos relève d’une question de nature, pas de degré. Et la radicalité en est l’appendice indispensable. Nos camarades d’hier le savent. Ils peuvent se fendre de tempérance, de nuance, de prudence, de modération et de douceur, tout en se servant une idée très supérieure de leur intelligence. Ils peuvent se faire les chantres d’un dialogue apaisé sans loi ni ordre ; mais s’ils ne veulent entendre le sourd retentissement des siècles et les déclinaisons de la grammaire civilisationnelle, alors l’Histoire reprendra ses droits. Comme elle l’a toujours fait. Et l’on revivra Azincourt, le Traité de Troyes, l’armistice en forêt de Compiègne. Parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Parce que toujours, cette engeance faussement altruiste, délibérément ingénue, foncièrement obsédée par sa capitalisation sociale fut celle qui provoqua les défaites. Parce qu’en définitive, quand le Français dort, le diable berce la France.





