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Les élections européennes de mai 2019 transformeront profondément le visage du Parlement européen, mais aussi, et c’est peut-être plus important encore, des groupes politiques qui le composent. Il est certain que les formations populistes, souverainistes, eurosceptiques ou « anti-migrants » ont le vent en poupe, comme l’ont montré les différents scrutins nationaux. De quoi bouleverser les équilibres qui dominent l’organe législatif européen depuis sa création ?
Pour l’heure, le Parlement européen est dominé par deux groupes plus importants, historiquement plus prestigieux que les autres, qui sont aussi constitués en partis politiques européens : la droite du PPE (Parti populaire européen, avec lequel siègent les députés français des Républicains), et la gauche du S&D (sociaux-démocrates comprenant notamment la majorité des élus européens socialistes hexagonaux). Le PPE compte ainsi 218 des 751 députés du Parlement, et peut s’appuyer sur une huitaine d’exécutifs nationaux en Europe, parmi lesquels l’Allemagne d’Angela Merkel, mais aussi l’Autriche de Sebastian Kurz et la Hongrie de Viktor Orban. Le PPE devrait traverser une zone de turbulences en 2019, tant les tensions entre Angela Merkel et l’ensemble des pays « de Visegrad » sont fortes. Le fossé s’est d’ailleurs creusé au PPE, à la suite du vote sanction contre la Hongrie.
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Fait étrange, les Autrichiens du CSU et les Autrichiens de l’ÖVP (Kurz) se sont désolidarisés de Viktor Orban. Le PPE se trouvera à la croisée des chemins dès 2019, puisque certains de ses leaders gouvernent aujourd’hui avec des partis alliés du Rassemblement national au Parlement européen, à l’image de Sebastian Kurz allié au FPÖ en Autriche, ou se rapprochent ostensiblement, sous les feux des projecteurs, de personnalités européennes alliées de Marine Le Pen, ainsi qu’a pu le démontrer la très révélatrice rencontre entre Matteo Salvini et le président hongrois Orban, durant laquelle les deux hommes sont apparus complices, multipliant les déclarations d’intention et les allusions lourdes de sens.
Les forces dominantes du PPE, à commencer par Les Républicains et la CDU, savent bien que les groupes politiques du Parlement européen situés à leur droite, déjà impressionnants en 2014, augmenteront encore très largement leur influence après le scrutin de 2019. Les pertes pourraient bien ne pas être compensées par le départ des Anglais, qui étaient les principaux moteurs de l’ECR (conservateurs) et du baroque EFDD (eurosceptiques, parmi lesquels figurent aujourd’hui Les Patriotes de Philippot, l’UKIP de Farage, proches de Nicolas Dupont-Aignan).
Peu d’espoir pour Macron et son europe progressiste
À droite, la question est déjà posée : quels seront les groupes qui remplaceront ceux qui sont actuellement présents ? Le Brexit et la poussée « populiste » rebattront les cartes et perturberont des équilibres savamment construits. Dans quelles proportions ? L’ENF (Rassemblement national) est toujours le plus petit de tous les groupes politiques présents au Parlement, mais le score à venir probablement historique de la Ligue en Italie pourrait bien doubler son nombre d’élus. Avec un Rassemblement national fort en France, renforcé par des orphelins de l’EFDD ou de l’ECR, l’ENF pourrait même occuper une position centrale dans la reconfiguration de l’échiquier parlementaire européen.
Autre hypothèse : l’émergence d’un ou de plusieurs nouveaux groupes « non alignés » sur la majorité classique. On peut, par exemple, imaginer la création d’un groupe « visegradien » centré sur des Polonais et des Hongrois courroucés par les différentes brimades reçues ces dernières années, d’un groupe populiste mixte incluant le Mouvement 5 Étoiles, ou d’un groupe réuni par la problématique migratoire.
On peut imaginer la création d’un groupe « visgardien » centré sur des Polonais et des Hongrois, d’un groupe populiste mixte incluant le Mouvement 5 étoiles, ou d’un groupe réuni par la politique migratoire.
Tout est présentement à faire et rien ne peut être écarté. Se dessine toutefois, en creux, cette opposition formulée par Richard Ferrand, qui déclarait il y a quelques semaines : « Les Françaises et les Français ont le choix entre l’Europe que porte le président Emmanuel Macron (Merkel et Sanchez en Espagne) et l’Europe d’Orban, Salvini et compagnie ». Pour cette raison, un Laurent Wauquiez ou un Pablo Casado (Parti Populaire d’Espagne) cherchent à muscler leur jeu, à apparaître comme de véritables patriotes en guerre pour l’Europe politique, culturelle. Car, la droite « classique » n’est plus centrale dans le jeu des droites européennes, elle est même marginalisée. Emmanuel Macron, du reste, le souhaite.
Il entend être le meneur d’une Europe des « progressistes » en guerre ouverte contre l’Europe des « populistes ». Idéologiquement, tout cela est assez limpide. En revanche, l’équation politique est beaucoup plus complexe. En dehors du parti espagnol Ciudadanos ou des sociaux-démocrates danois, deux partis aux programmes pourtant plutôt droitiers, Emmanuel Macron est isolé en Europe. L’ALDE (alliance des démocrates et des libéraux, centriste) ? Un petit groupe qui ne sied pas à sa grandeur jupitérienne, par ailleurs traversé par des courants contradictoires. Le S&D du Parti socialiste et du SPD allemand ? Pas évident que ces derniers veuillent d’Emmanuel Macron. Le PPE ? C’est exclu.

Aux Français de peser sur ces élections importantes
Reste donc la possibilité de créer un nouveau groupe. À l’identique de ce qui pourrait se passer à droite, nous pourrions assister à un important jeu de chaises musicales chez les libéraux et à gauche. Jusqu’à l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon ayant quelques fois montré son peu d’estime pour la GUE (Gauche unitaire européenne), et souhaitant peut-être former un ensemble plus radical aux côtés de ses amis ibériques de Podemos. Pour étrange que puisse nous sembler cette tambouille politicienne propre à l’Union européenne, elle n’en est pas moins déterminante pour notre avenir. Le Parlement européen est le seul organe européen renouvelé par le suffrage universel, donc le plus légitime avec le Conseil européen qui réunit les chefs d’État de la Communauté européenne. Par ses compétences législatives (adoption des actes juridiques avec le Conseil des ministres), budgétaires, de même que ses fonctions de contrôle de l’exécutif de l’Union européenne (censure de la Commission), le Parlement a un rôle déterminant dans notre vie quotidienne.
Nous, Français, sommes d’ailleurs au centre des enjeux, élisant le plus grand nombre de députés après l’Allemagne, surtout depuis le Brexit. Notre vote n’aura pas qu’une incidence nationale, mais bien internationale, dans le cadre d’un vote à la proportionnelle intégrale avec des listes nationales, sorte de redite miniature du premier tour de la dernière élection présidentielle. Et si, demain, Orban, Salvini, le Rassemblement National, et bien d’autres travaillaient tous ensemble à Bruxelles ?[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





