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Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de son chanteur emblématique Freddie Mercury, du succès fulgurant du groupe au risque d’implosion où l’entraînent les excès du leader, jusqu’à son retour triomphal lors du concert Live Aid. Un biografilm exaltant.
Le cinéma américain aime le biografilm – qu’il appelle « biopic ». Genre de prédilection de producteurs en quête de recette après les dérapages financiers du Nouvel Hollywood, prisé par les acteurs et primé par le public, permettant d’évoquer autant les domaines politique, historique ou sportif, il se trouve massivement investi par le champ musical depuis une dizaine d’années, et cela non sans réussites. Dans une facture classique pour raconter Johnny Cash (Walk The Line), Ray Charles (Ray), The Four Seasons (Jersey Boys) ou The Beach Boys (Love & Mercy), à la manière expérimentale pour dire Bob Dylan (I’m not there), confinant au trip sous acide en mémoire de Kurt Cobain (Last Days), le biografilm musical alterne les styles au gré des cinéastes, mais maintient les phases d’un type d’hagiographie moderne : enfance blessée, conquête de la gloire et couronnement d’une figure morale.
Si Bryan Singer est bien crédité au générique en tant que réalisateur, son renvoi en cours de tournage (friction avec son acteur et suspicion de scandale sexuel) et l’invisibilité de son style confirment que Bohemian Rhapsody est davantage l’œuvre d’un producteur que celle d’un cinéaste, ce qui n’augurait rien de bon, et pourtant… À peine les lumières éteintes, le générique de la Fox résonne interprété par la guitare de Brian May : excellent préliminaire. Le film s’ouvre au matin de la performance historique de Queen au Live Aid, mythique double concert caritatif donné simultanément à Wembley (Londres) et au John F. Kennedy Stadium (Philadelphie) qui vit les plus grandes stars pop rock de l’époque se succéder sur scène. Par un montage parallèle, au découpage parfaitement maîtrisé, la caméra suit Mercury qui se prépare, sans dévoiler son visage, tandis que les techniciens s’affairent en backstage au son de « Somebody to love ». Tel un boxeur entrant sur le ring, on suit de dos le fauve en débardeur blanc, prêt à affronter cette foule immense – entrée en matière directe, frontale, d’une intensité redoutable.
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Le cadre est posé, amorçant le finale. À la faveur d’un raccord cut rudimentaire, le récit redémarre en 1970, quand Freddie Mercury s’appelle encore Farrokh Bulsara et se présente cheveux longs et visage imberbe. La suite déroule une longue chronologie juxtaposant étapes romanesques et topos psychologiques, et s’autorise quelques libertés avec l’histoire pour gagner en efficacité. On redécouvre les rencontres avec Brian May (guitariste) et Roger Taylor (batteur), on s’amuse des premières notes du mythique « Bohemian Rhapsody » avec un Freddie conscient de tenir un chef-d’œuvre, on se laisse exalter devant son enregistrement improbable dans une ferme de la campagne anglaise, puis on s’émeut de sa relation impossible avec Mary qui donna naissance au splendide « Love of my life ».
« Je suis un performer qui donne aux gens ce qu’ils veulent », explique Freddie Mercury. Ici ni idéologie (heureusement), ni interprétation (malheureusement) ; pas davantage de révélation de secrets d’alcôve, simplement l’hommage d’un admirateur selon un script tiré d’une fiche Wikipédia, qui se refuse à analyser ou à poser un regard singulier sur son sujet – pourtant le principe même du cinéma – mais un film néanmoins dopé aux amphétamines et porté par un Rami Malek incroyable de mimétisme. « Si la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende. », expliquait le maître du western John Ford dans L’Homme qui tua Liberty Valance: une maxime appliquée littéralement dans Bohemian Rhapsody, mais avec une énergie folle et au service d’un performer prodigieux, si bien qu’on aurait tort de bouder la jubilation qui naît d’une telle explosion photographique et auditive.
Arthur de Watrigant
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