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Ni bœuf, ni soja

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Publié le

13 novembre 2018

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vegan 2

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ll faut que je le confesse, je suis devenu vegan. J’ai été sensible à la haute réflexion de ce mouvement, à sa force de persuasion pacifique, à son sens du dialogue et de l’écoute.

 

J’ai compris que l’on ne pouvait plus assassiner les sangliers, que les palourdes ont une âme et qu’il est criminel de tondre les moutons pour en tisser la laine. Finis donc les souliers en cuir végétal et vive les godasses en fibres de bambou tressées. Au bûcher les costumes en mohair et en soie ; à la place des t-shirts en coton dégradable. Plus de tripes, plus de jambon beurre.

Pauvres vaches, esclavagisées pour donner leur lait. Pauvres cochons, génocidés pour soutirer leurs cuisses. Le soja et le boulgour feront désormais l’affaire. Quelle cruauté aussi que de manger un œuf dur. Ce pauvre embryon de poulet que l’on fait bouillir de longues minutes sans la moindre contrition pour les souffrances qu’il subit. Faire cuire un œuf, c’est tuer une vie. Et la mayonnaise, qui nécessite de supprimer une vie innocente pour la seule utilité de récupérer le jaune et pour l’unique plaisir de barbouiller son œuf avec une émulsion. L’œuf mayo est un double crime. Laissons donc le renard jouer avec les poules et les sangliers courir dans les forêts.

 

Lire aussi : Un jambon et du beurre.

 

Être vegan, c’est refuser la cruauté de ceux qui tuent les animaux en toute impunité, c’est revivre enfin en harmonie avec notre nature. Il y a plus de joie à manger du soja qu’à se repaître d’une côte de bœuf grillée. Semoule, maïs, boulgour, blé, voilà une alimentation saine. Et des vêtements tissés de fibres végétales lavées à l’eau claire. Un doute m’étreint toutefois. Quand je caresse mon géranium, je sens qu’il m’entend et qu’il m’écoute. Quand je passe la main dans la verveine pour en humer le parfum, je sens que la plante éprouve un certain plaisir. Mes plantes sont plus belles quand je leur parle, quand je leur susurre des mots doux à l’oreille. Quand je touche le bambou, j’entre en contact avec lui. Quand j’enlace le tronc d’un chêne, je ressens les forces telluriques qui montent vers les puissances ouraniennes. Les arbres sont des êtres vivants.

Pourquoi ne pourrait-on pas assassiner un chevreuil et se repaître des tomates décapitées ?

Mes plantes sont des personnes sensibles. Elles souffrent quand je coupe leurs fleurs pour les mettre dans les vases. Elles pleurent quand je les taille pour les rendre plus belles. Croyant vivre plus proche de la nature et plus respectueux d’elle, voilà que je la maltraite et que je la fais souffrir. Qui protestera contre la souffrance végétale ? Est-elle moins importante que la souffrance animale ? Il faut aller au bout de la logique vegan. Ce que l’on refuse pour le cochon et la vache, devrait-on l’accepter pour le boulgour et le soja ? Pas de demi-mesure. Pourquoi ne pourrait-on pas assassiner un chevreuil et se repaître des tomates décapitées ? Les vegan sont des demi-portions; il faut aller plus loin. Pas de consommation de viande, mais aussi pas de consommation de produits issus des végétaux. Pissenlit et côte de bœuf même combat. Plus de végétaux dans mes assiettes et pour mes vêtements. Je suis veganalien comme autrefois certains étaient végétaliens. Plus de soja, plus rien. Je suis vegan. Je suis mort de faim.

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