Skip to content

Des revendications conservatrices

Par

Publié le

21 décembre 2018

Partage

drapeau

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1545392605915{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

On essaie de les faire passer à la trappe, mais les quarante revendications portées globalement par les Gilets jaunes témoignent de la volonté d’un peuple de ne pas disparaître, et pour cela de rétablir un monde décent. Passage en revue du génie de ce peuple éminemment politique qu’on appelle les Français.

 

Incohérentes » « inapplicables », « contradictoires »: la quarantaine de revendications envoyées le 29 novembre par les Gilets jaunes aux médias et aux députés n’ont pas beaucoup fait parler d’elles, quand elles se présentaient pourtant comme les « directives du peuple » que les députés devaient « transposer en loi » et « faire appliquer ». Volonté de ne pas voir l’éventuelle cohérence du mouvement et de le discréditer? Mais il faut peut-être savoir écouter pour comprendre, et se faire à l’idée que la cohérence d’une pensée ne
résulte pas seulement de sa mise en forme selon ces plans que l’on apprend à rédiger à l’ENA. Que trouve-t-on dans ces propositions?

 

Lire aussi : Les sanglots longs des gilets de l’automne

 

Bien sûr, la fin de « la hausse des taxes sur le carburant ». Satisfaction de l’intérêt immédiat des ploucs qui « fument et roulent au diesel »? Pas seulement, car elle est aussitôt mise en perspective avec une « taxe sur le fuel maritime et le kérosène » et le changement des comportements: « favoriser le transport de marchandises par la voie ferrée » ou investir dans une « industrie française de la voiture à hydrogène ».

Cette même logique, qui replace le combat mené au rond-point dans une lutte générale sans laquelle il serait en fait inutile, se retrouve partout. C’est ainsi qu’en économie « on cesse de rembourser les intérêts de la dette qui sont déclarés illégitimes » et, pour payer le reste, on s’attaque à la « fraude fiscale » et à la trop faible imposition, des « gros » (Mac Do, Google, Amazon, Carrefour…). Ou que lutter contre le chômage implique aussi de revoir les principes de la mondialisation, en interdisant les délocalisations d’entreprises ou le travail détaché.

 

Protection des plus faibles

La volonté de restaurer un État à la française se retrouve en termes de services publics. Il ne s’agit plus de brader au secteur privé des « biens appartenant à la France (barrages, aéroports…) » mais, parfois de renationaliser, notamment gaz et électricité. En matière de services publics régaliens, défense et sécurité, mais aussi d’éducation, il s’agit d’éviter les privatisations et de donner aux services existants les moyens de remplir leurs missions.

 

Lire aussi : Charles Millon : « Ils ne supportent plus cette élite qui les traite de bouseux et de ploucs »

 

Quant aux services publics de proximité, c’est la « fin immédiate de la fermeture des petites lignes, des bureaux de poste, des écoles et des maternités ». Un « Smic à 1 300 euros net », « pas de retraite en dessous de 1 200 euros », et un « salaire maximum fixé à 15 000 euros », tous indexés sur l’inflation, une meilleure progressivité de l’impôt, un « système de retraite (…) solidaire et donc socialisé », et le « même système de Sécurité sociale pour tous », voilà pour la protection des plus faibles. Un élément que l’on retrouve avec un régime unifié de la « retraite à 60 ans » et « l’interdiction de faire de l’argent sur les personnes âgées », ou avec la « limitation des loyers ».

 

La mise en place d’un programme de gouvernement conservateur, une demande qui fait aussi de ce mouvement l’opposition par excellence au « progressisme » volontiers utopiste qu’incarne Emmanuel Macron

 

La forte injonction « Zéro SDF: URGENT » doit s’entendre elle comme la demande d’un minimum de dignité pour les seuls citoyens et résidents réguliers, car les projets des Gilets jaunes traduisent les préoccupations d’un groupe qui s’estime menacé, et leur traitement des questions de l’immigration et de l’asile est symptomatique. Il faut ainsi lutter contre « les causes des migrations forcées », lutter dans les pays d’origine ou contre la mondialisation pour empêcher ces dernières.

Si l’on doit ensuite apporter une aide en France (logement, nourriture…) aux bénéficiaires du droit d’asile, il faut, pour les demandeurs, que « des camps d’accueil soient ouverts dans de nombreux pays du monde, dans l’attente du résultat de la demande » et, pour ceux qui auraient franchi nos frontières, « que les déboutés du droit d’asile soient reconduits dans leur pays d’origine ». Il faut enfin « qu’une réelle politique d’intégration soit mise en œuvre. Vivre en France – ajoutent-ils – implique de devenir Français (cours de langue française, cours d’histoire de France et cours d’éducation civique).

 

Une cohérence indéniable

Institutionnellement enfin, pour éviter que le régime ne retombe dans ses ornières, les Gilets jaunes réclament un référendum d’initiative populaire ayant pour base une initiative recueillant 700 000 signatures, et le programme des « Gilets jaunes libres » présenté le 2 décembre confirmait cette demande d’organisation de référendums réguliers sur les grandes orientations sociales et sociétales du pays, y ajoutant l’adoption du scrutin proportionnel pour les élections législatives.

Alors on peut certes trouver ce programme par trop varié, ou lui reprocher de marier de manière disparate des éléments relativement secondaires, comme telle aide à l’enfance, à d’autres qui touchent au fonctionnement même de nos institutions, mais il se dégage de l’ensemble une cohérence qu’il serait inutile de nier: il s’agit d’affirmer la solidarité et de permettre la survie d’un groupe menacé aujourd’hui dans son existence même par les choix du pouvoir. Il est clair que le consentement à l’impôt, qui est au cœur des revendications des Gilets jaunes, puisqu’ils ont conscience que la protection qu’ils demandent à l’État devra être financée, peine à exister.

 

On comprend clairement que les Gilets jaunes ne veulent pas se fondre dans cet univers orwellien qui est le nôtre où il devient interdit de simplement décrire ce que l’on voit

 

On veut bien consentir à l’impôt, d’abord, lorsque cet impôt est équitablement réparti, ensuite lorsqu’il sert à payer des services publics dont tous les membres de la communauté profitent, et, par des aides, permet aux plus faibles de la communauté de vivre dignement. Mais l’idée de payer des impôts pour satisfaire des spéculateurs, ou pour accorder des aides à des individus entrés illégalement sur le territoire et entendant bien ne jamais s’intégrer à sa population, semble, curieusement, faire moins recette.

Alain de Benoist écrit dans son Moment populiste que le peuple peut avoir une dimension sociale, celle de la plebs latine, une dimension politique, le demos, et une dimension culturelle, l’ethnos. Dans le programme des Gilets jaunes, relèverait par exemple de la dimension plébéienne la volonté de lutter contre ces différences qui conduisent à un écart économique trop important entre la base de la société et son sommet, de la dimension démocratique l’institutionnalisation d’éléments de démocratie directe, et de la dimension identitaire la protection accordée par la communauté à ses éléments les plus faibles.

 

 

Avec ces trois dimensions, cela en fait sans doute le mouvement « populiste » par excellence de la France de 2018. Mais c’est un populisme, on le voit bien dans ces revendications, qui ne trouvera pas de réponse dans les seules concessions économiques que pourrait faire le pouvoir, mais dans la mise en place d’un programme de gouvernement conservateur, une demande qui fait aussi de ce mouvement l’opposition par excellence au « progressisme » volontiers utopiste qu’incarne Emmanuel Macron. À les lire comme nous venons de le faire, on comprend clairement que les Gilets jaunes ne veulent pas se fondre dans cet univers orwellien qui est le nôtre où il devient interdit de simplement décrire ce que l’on voit.

Qu’ils ne veulent pas voir disparaître « leur » monde, et ne comprennent pas pourquoi leur histoire, leurs ancêtres ou leurs valeurs ne méritent plus qu’insultes et mépris. Enfin, et c’est ce qui explique leur rage actuelle, qu’ils ne supportent plus d’être trahis par l’oligarchie qui leur semble avoir capté le pouvoir.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest