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Donnez-moi la conscience tranquille !

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Publié le

21 janvier 2019

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Le monde de la finance peut avoir des aspects vertueux. La preuve avec Relieveme, qui soutient de nombreuses ONG à travers le monde. Rencontre avec un CEO smart et dynamique.

 

Edouard Crouot a des yeux perçants de belette, le visage fin et l’air épanoui. Cet ancien trader a fait fortune à Londres, avant de rentrer à Paris. « J’ai profité du Brexit pour monter Relieveme. J’ai hésité entre New-York et Singapour pour commencer, mais après une analyse de marché, j’ai compris que la clientèle d’amorçage était française ». Je l’écoute attentivement et je ne peux m’empêcher de penser à Gordon Gekko, le héros de Wall Street. Son charisme est magnétique.

 

« Relieveme part d’un constat très simple. Il existe deux leviers pour lever de l’argent : l’avidité et la culpabilité. J’ai beaucoup exploité l’avidité jusqu’ici. Je veux marcher désormais sur les plates-bandes des ONG qui se financent sur la générosité des fonds publics et les dons des particuliers ». Mais contre quel service ? « Soulager les consciences, tout simplement ! »

 

Je jouis, donc je souffre

 

La clientèle de Relieveme est constituée à 99 % de CSP+, de 35 ans (âge médian) et vivant dans les grandes métropoles françaises. Les « relieved » gagnent en moyenne 4 000 euros net par mois, l’écart-type étant de 3 000 et 9 000 euros nets. « Pour la majorité, ce sont des indécis en matière d’éthique. Le philosophe Alasdair MacIntyre dirait qu’ils sont émotivistes ».

 

« Leurs conceptions morales sont désordonnées. Bouddhistes à la pause déjeuner, égoïstes rationnels quand il s’agit de faire un plan social, kantiens quand il faut dénoncer leur voisin à la police, athées à Noël, musulmans au Ramadan, cosmopolites en vacances, nationalistes au commissariat, ils partagent cependant tous un point commun : ils ont honte d’être « riches ». Ils se sentent coupables de la misère d’autrui. Ils ne supportent plus le décalage entre l’euphorie de leur vie professionnelle et la pauvreté de leur vie intérieure ».

 

Relieveme part d’un constat très simple. Il existe deux leviers pour lever de l’argent : l’avidité et la culpabilité.

 

C’est ici que la startup intervient, développe l’ancien requin de la City : « Nous leur proposons de faire le grand saut, que nous appelons faire son Tao. Nous leur offrons de les débarrasser de leurs scrupules. En général nous profitons d’un moment de faiblesse, d’une rupture amoureuse, d’un accident ou d’un décès ».

 

Bons samaritains 2.0

 

« Nous leur proposons de nous remettre tous leurs biens (économies, meubles, vêtements, objets, véhicules), de ne garder que le strict minimum, et de nous confier la gestion de leurs revenus. Un peu comme une curatelle, ou l’entrée dans une secte, si vous voulez. Sauf que nous leur laissons accomplir eux-mêmes leur projet de reconversion. Certains se contentent de se raser la tête, de se mettre à la méditation transcendantale ou à la végétothérapie ».

 

Lire aussi : Petit blanc deviendra grand

 

Végéto quoi ? « C’est une thérapie par le soin accordé à un plant de basilic ». « Nous avons aussi des clients qui abandonnent leur poste de créa ou de consultants et qui deviennent déménageurs, barmans, fleuristes, jardiniers ». Relieveme exerce tout de même un certain contrôle : « Nous les aidons à discerner s’ils le souhaitent, à formuler leurs projets. Nous refusons en revanche tout ce qui est reconversion dans la voyance, la cartomancie, l’ésotérisme ou les médecines alternatives fantaisistes. Il y a trop de suicides ou de dégâts collatéraux ».

 

Tandis que nous parlons, Karine, la trentaine, l’air paisible, pénètre dans les locaux. Elle est habillée avec une élégante simplicité. « Grâce à Relieveme, nous confie-t-elle, je ne culpabilise plus en croisant des SDF, ou quand je vois la misère du monde aux infos. J’exerce mon métier – je suis planeur stratégique – en toute tranquillité. Je dépense très peu, ne pars en vacances qu’à la campagne et ne mange que des produits locaux ou en circuit court ».

 

Lire aussi : Surveiller et punir

 

Mais, comment se finance l’entreprise ? Que fait-elle de l’argent qui lui est confié ? « Nous le plaçons, après avoir ôté une commission de 25 % sur le stock et les flux. Le reste des intérêts est reversé à des ONG partenaires ». Les résultats de l’entreprise depuis deux ans ? « Cent millions de résultat net ». À ces mots, Édouard Crouot sourit de toutes ses dents blanches. Gordon Gekko existe, et je l’ai rencontré.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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