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« Le libéralisme est devenu fou en s’auto-dépassant » Matthieu Baumier

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Publié le

5 février 2019

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Matthieu baumier

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[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1549379086237{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]Notre collaborateur attaque de front ce monde d’après que l’on nous a imposé : faisant la suture entre folies libertaires et scandales libéraux, il réarme une génération.

 

Ce Voyage dans les ruines libérales-libertaires est-il le stade terminal de la « démocratie totalitaire » dont vous parliez dans un essai en 2007 ?

 

À l’époque, j’affirmais que nous étions dans un moment post-démocratique, moment qui garde les apparences de la démocratie représentative et libérale mais où la démocratie n’est plus que l’image d’elle-même. C’est le danger principal évoqué par Tocqueville au sujet des démocraties représentatives et libérales. Nous sommes au cœur du Spectacle : nous vivons dans une image d’un monde que nous pensons être encore le vrai monde.

 

 

Ce qui a changé depuis 2007 ? Le vrai est effectivement devenu un moment du faux (que l’on pense à la GPA) mais nous en sommes maintenant collectivement conscients. Cette conscience est du reste un des ressorts fondamentaux du réveil des peuples, partout en Europe, à commencer par la France et le mouvement des Gilets jaunes.

 

Pour la France, il y a au moins trois événements dans la prise de conscience que la démocratie n’est plus que l’image d’elle-même : le vol référendaire de 2005, quand les « élites mondialisées » ont voulu remplacer le peuple ; les manifestations massives de La Manif Pour Tous, en 2013, lors desquelles est clairement apparu que, pour ces mêmes « élites » dont le président Macron est aujourd’hui à la fois le symbole et la caricature, tous les peuples ne se valent pas au sein du peuple français, et que leur « démocratie » autorise toutes les conceptions du monde sauf celles qui contredisent le pouvoir ; l’acceptation progressive par ces mêmes « élites » que le terrorisme musulman islamiste soit une sorte d’état normal du monde. En ce domaine, il y a eu collaboration d’une partie des « élites » avec l’ennemi.

 

Quel est ce monde libéral-libertaire que vous décrivez ?

 

Michéa a bien montré que la pensée libérale est double, que l’individu libéral-libertaire se ment à lui-même, comme la société post-démocratique se ment à elle-même : les élites mondialisées prétendent nous conduire vers un monde de libertés accentuées, y compris par le transhumanisme ou l’IA, un monde où la satisfaction de nos désirs règnerait en maîtresse.

 

Il n’y a pas de clivage gauche/droite au sein du libéralisme-libertaire. Ce qui ne signifie pas que le clivage gauche/droite n’est plus pertinent, au contraire. (Matthieu Baumier)

 

Il n’y aurait aucune limite à l’humain, tant sur le plan économique que sociétal ou individuel, être libre serait pouvoir changer d’identité à tout instant et en même temps pratiquer la mobilité à l’échelle planétaire. Il n’y a pas de clivage gauche/droite au sein du libéralisme-libertaire. Ce qui ne signifie pas que le clivage gauche/droite n’est plus pertinent, au contraire.

 

L’idéologie lib-lib se maintient au pouvoir d’élection en élection par l’invention d’une prétendue « extrême-droite », qui n’est tout simplement que la droite réelle, non libérale-libertaire, et d’une « extrême-gauche », qui n’est rien de plus que la gauche réelle. En repoussant la droite et la gauche aux extrêmes, tout en prétendant qu’il y aurait clivage gauche/droite au sein du camp autoproclamé « républicain », les mêmes sont au pouvoir en France, et au sein de l’UE depuis plus de quarante ans. Le fond de l’idéologie libérale-libertaire est cependant plus ample : il s’agit de la foi en l’illimité.

 

Lire aussi : La gauche ou l’esprit sectaire décomplexé

 

Vous citez des cas d’école, d’actualités toutes plus hallucinantes de la décennie passée : l’état de Saint-Denis par exemple et le fait divers incroyable des tirs de mortier contre le lycée Suger…

 

J’associe le fait de penser intellectuellement ce qui se produit sous nos yeux avec, en effet, des cas d’école directement tirés de l’actualité. La société française craque de toute part, au point que nous ne nous en rendons même plus compte. Le délitement est devenu la norme, les dernières années le montrent : nous vivons entre attentats et jacqueries, qui plus est dans un contexte de violence quotidienne, violence dont les lycées professionnels et les « quartiers » sont devenus un symbole. La foi en l’illimité de l’idéologie du Progrès s’est insinuée à toutes les échelles, pas seulement à celle de la question écologique. L’autorité du professeur ou du policier est un gros mot. Il en va de même de celle des parents.

 

La chair reprend le pouvoir, refuse la déréalisation à laquelle le modèle libéral-libertaire veut encore croire. (Matthieu Baumier)

 

Tout ce qui poserait une limite est considéré comme une forme d’oppression en une société où la liberté des mœurs est devenue inséparable, économiquement parlant, du libéralisme économique et politique.

 

Dans quels sens entendez-vous ce mot « ruines » : celles qu’il produit ou celles dans lesquelles lui-même se trouve ? Les ruines libérales-libertaires, ce sont les idées libérales devenues folles ?

 

En effet, d’une certaine manière les idées libérales sont devenues folles, la référence est belle. On peut penser qu’elles l’ont toujours été. Tout dépend de quoi l’on parle. Ainsi, pour Adam Smith la liberté n’est pas l’illimité, elle se fonde au contraire sur la sympathie mutuelle, cette même sympathie étant le socle de la communauté faisant société. Dans ce cadre, l’individu doit être responsable.

 

https://twitter.com/MatthieuBaumier/status/1089921585149030404

 

Vu sous cet angle, le libéralisme est en effet devenu fou en s’auto-dépassant. Le libéralisme est pluriel, comme toutes les idéologies politiques. Une forme de libéralisme s’est radicalisée, au point de connaître une transformation : il est devenu oligarchique.

 

Vous écrivez que « la dissidence est partout, elle inquiète le pouvoir ». Pensez-vous que notre époque rappelle celle de 1989, juste avant la chute du Mur et du pouvoir soviétique ?

 

En effet, la révolution a changé de camp. Les révolutionnaires post-68 sont à l’image des révolutionnaires post-17, leur modèle a échoué, il n’est plus révolutionnaire mais totalisant. Ce que les lib-lib ont prétendu combattre est maintenant devenu le camp de la résistance, de la nouvelle dissidence. La chair reprend le pouvoir, refuse la déréalisation à laquelle le modèle libéral-libertaire veut encore croire. Il y a une ambiance d’éveil. C’est chouette, non ?

 

VOYAGE AU BOUT DES RUINES LIBÉRALES – LIBERTAIRES
Matthieu Baumier
Pierre-Guillaume de Roux
228 p. – 17 € 

 

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