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Le sabir est la langue des ports méditerranéens. Un mélange d’italien, de français et d’arabe, mâtiné d’accents latins et grecs, parlé à Alexandrie, Marseille, Athènes et Carthage. Sur les hauteurs de l’antique capitale punique, Sonia Mabrouk a choisi son camp lorsqu’elle étudiait à l’Institut des hautes études commerciales de Carthage (IHEC) : celui de la France et par n’importe laquelle, celle des Camus, Stéphane Zweig, Marguerite Yourcenar et Romain Gary.
Intervieweuse sur Europe 1 et maîtresse des débats sur Cnews dans son émission « Les Voix de l’info », la belle Sonia surprend. Son style d’abord, un sourire envoûtant qui allie le charme de l’Orient et la courtoisie française mais aussi une autorité, à la fois naturelle et professionnelle. On débat mais avec respect et on ne se cache pas derrière une novlangue bidon au risque de se faire débusquer. Il y a quelques semaines Bernard-Henri Lévy en a fait les frais, poussé dans ses retranchements sur l’affaire Battisti: il bégayait comme un enfant.

Sur ses plateaux, Sonia Mabrouk invite Gabrielle Cluzel, Alexandre del Valle et L’Incorrect. Les qu’en dira-t-on? Elle s’en tamponne. Elle cherche des personnalités qui n’ont pas honte de dire ce qu’ils pensent et parlent sans le moindre tabou de tous les sujets. Celle dont le grand-père s’appelle Delenda, comme un rappel que Carthage ne fut jamais définitivement détruite malgré la haine de ses ennemis, pourfend le politiquement correct, le multiculturalisme, l’islamisme et l’effacement des chrétiens de leurs propres terres.
Entre deux émissions, elle écrit. Deux livres à succès, Le monde ne tourne pas rond, ma petite-fille (Flammarion, 2017) et Dans son cœur sommeille la vengeance (Plon, 2 018) sur le sujet brûlant du retour des enfants de djihadistes. Calme, précise, têtue, courtoise, cultivée, impertinente, voici Sonia Mabrouk.
Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’être journaliste ?
J’ai débuté assez tardivement, non par envie mais par le hasard du destin. J’étais professeur de faculté et un jour en rencontrant à Paris le patron de Jeune Afrique, Béchir Ben Yahmed, je lui ai fait remarquer que les sujets de société étaient moins développés que les autres rubriques. Il m’a alors proposé d’écrire et je me suis retrouvée journaliste sans l’avoir vraiment cherché. C’était un peu laborieux au début car je devais passer d’un style universitaire à un style journalistique, c’est-à-dire beaucoup plus concis. Ma carrière a débuté par une rencontre et est ensuite devenue une passion.
Dans votre roman Dans son cœur sommeille la vengeance (Plon, 2018), derrière votre personnage principal, Lena – une jeune journaliste qui apprend que son enquête est refusée par un média – on devine une critique de la presse d’aujourd’hui, qui préfère la culture du scoop et du buzz à l’information, au temps long et à l’intelligence.
Je ne sais pas si c’est une critique, en tout cas c’est la nostalgie d’un journalisme que j’ai connu et apprécié, celui de Jean Lacouture ou de Jean Daniel, qui peut aller très loin dans le développement des idées. Aujourd’hui, quand vous voulez organiser des débats où il y ait un peu de contenu intellectuel, on vous répond que tout le monde décroche et que mieux vaut s’en tenir au buzz et au clash qui génèrent plus d’audimat. Il existe heureusement des exceptions qui font honneur au journalisme, comme L’Incorrect ou encore Le 1, lancé en 2014 par Éric Fottorino. Je crois à ce journalisme-là, qui rencontre en général l’adhésion des lecteurs.
Comment choisissez-vous vos invités lorsque vous composez un plateau ?
Je choisis mes invités selon leur capacité à dire les choses en vérité. J’essaie d’équilibrer un plateau mais je cherche avant tout des personnes ayant la capacité à exprimer leur pensée sans s’excuser pour autant. C’est-à-dire qui puissent parler de l’âme française, de l’identité, de la culture, des religions ou de spiritualité sans s’excuser comme s’il s’agissait de mots tabous. Car je trouve la culture de l’excuse mortifère pour notre pays. Cela m’inquiète profondément car elle prend une dimension de plus en plus importante non seulement dans notre métier mais aussi dans toute la société.
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Vous avez reçu Mathieu Bock-Côté pour son ouvrage L’Empire du politiquement correct (Éd. du Cerf, 2019), dans lequel il pointe du doigt la responsabilité des universités et des médias dans l’avènement du politiquement correct. Partagez-vous son analyse ?
Je suis complètement d’accord avec Mathieu à la seule différence que je n’essentialise pas les médias comme les universités. Heureusement, il en existe qui résistent au politiquement correct. Cependant, il y a une chose encore plus grave que le politiquement correct, c’est l’autocensure en amont, qui conduit certains à ne pas dire ce qu’ils pensent pour plaire à ce que l’on croit être le plus grand nombre qui est en fait une élite autoproclamée essayant d’influencer l’opinion.
Pensez-vous qu’il soit très compliqué de contester cet empire ou qu’il suffirait, comme dans le conte d’Andersen, de dire que « le roi est nu » pour qu’il s’écroule ?
Cet empire est comme un tableau que certains arrivent à fendiller par des flèches bien acérées. Un essayiste comme Mathieu Bock-Côté y contribue et j’en reçois d’autres qui arrivent aussi à perturber ce système. Et puis, je crois au bon sens des Français qui en ont ras-le-bol du politiquement correct.
Dans les combats qui vous tiennent à cœur, quel intérêt accordez-vous au vocabulaire ?
Je n’utilise pas les mots que je trouve vides de sens, comme par exemple le « vivre-ensemble » qui ne signifie rien. Dès qu’une personne l’utilise sur un plateau, je lui demande de le définir. De même, je me méfie des mots en « isme » ou en « phobie » qui ont pour principal objectif d’anesthésier tout débat par une tentative de psychiatrisation de l’adversaire. Ce sont des pierres qu’on lance, comme une lapidation médiatique. En revanche, il y a des mots tabous qu’il serait opportun de réhabiliter, par exemple les termes de souveraineté et de nation. Car qu’y a-t-il de plus essentiel pour un pays que la souveraineté et l’enracinement dans une communauté nationale ? Si l’on revient à l’étymologie, la souveraineté, c’est véritablement l’expression de la démocratie.
Votre récente interview de Bernard-Henri Lévy sur l’affaire Battisti vous a valu de passer pour une journaliste pugnace qui ose rappeler certaines vérités, notamment le soutien que BHL et toute une partie de la gauche ont toujours apporté à Battisti. Pourquoi l’avoir fait ?
Je ne prépare pas une interview pour faire trébucher mon invité mais je voulais connaître la vérité. Sur cette affaire, des journalistes ont été quasiment cloués au pilori. On ne pouvait pas dire un mot sur Battisti sans se faire lyncher médiatiquement. Battisti était intouchable. Or, du jour au lendemain, tout a changé et du fait de son extradition, il est apparu pour ce qu’il était, c’est-à-dire un criminel. Dès lors, je m’attendais à ce que BHL s’excuse et reconnaisse ses erreurs. Et puis, je pensais aux familles de victimes dont personne ne parlait.
« Beaucoup de musulmans attendent une réaffirmation identitaire de l’Occident qui ne soit pas un rejet des autres mais la reconnaissance de notre identité chrétienne et de nos racines. » Sonia Mabrouk
Or, lorsque BHL me répond, il comprend que Battisti est un criminel mais ne s’excuse pas ni avoue s’être trompé. Reconnaître ses erreurs aurait pourtant été une forme d’hommage rendu aux familles des victimes ainsi qu’à tous ceux qui ont cherché à faire émerger la vérité, en se faisant insulter par les bien-pensants.
Depuis quelques années on observe une méfiance de plus en plus grande vis-à-vis des journalistes. Quelle analyse en faites-vous ?
C’est un diagnostic que tout le monde partage mais encore faut-il s’interroger sur les causes de ce désaveu. Il y a quelque chose qui m’a toujours frappée, c’est la manière dont, par exemple, on parle de Donald Trump. On peut légitimement ne pas partager ses idées ou son style mais encore faudrait-il en parler de manière honnête sinon objective. Or, il y a toujours une forme d’hystérisation à son sujet dans les médias français. Depuis son élection, on a mis des lunettes idéologiques et on observe le monde tel qu’on voudrait qu’il soit et non tel qu’il est. Autre sujet d’hystérie collective : les migrants.

On culpabilise les Occidentaux mais on oublie de voir ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée. La Tunisie, pays que je connais bien pour y avoir grandi, a choisi, tout en prenant largement sa part dans l’accueil de migrants, d’avoir un discours ferme sur cet accueil en le conditionnant à un ensemble de facteurs, notamment la capacité d’intégration politique, économique et sociale du pays. En France, tenir ce discours vous fait passer pour un homme raciste ou sans cœur.
Cette culpabilisation de l’homme occidental vient de loin et continue de sévir. Qu’avez-vous envie de dire aux Européens qui se repentent en permanence de leur histoire ?
Pour moi, c’est un vrai sujet d’interrogation. Je ne comprends pas cette honte des Français et en particulier des chrétiens qui ne s’assument pas comme tels, en France, à cause de la laïcité. J’ai l’impression qu’il est plus facile pour une personne d’un autre pays ou d’une autre religion de s’assumer. Sur un plateau de télévision, même après l’incendie de Notre-Dame, certains avaient du mal à rappeler qu’il s’agissait avant tout d’une cathédrale, donc d’un lieu de culte catholique même s’il est devenu universel par son poids dans l’histoire.
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Il y a un certain état d’esprit ambiant qui consiste à crier « haro sur le catho », en particulier depuis le mariage pour tous. En même temps, il y a un sursaut qui émane de cette composante conservatrice de la société qui revendique le droit à l’existence politique et n’accepte plus d’être injustement ringardisée et méprisée.
Qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous avez vu Notre-Dame en feu ?
J’ai ressenti une émotion immédiate, quelque chose qui m’a saisie et touchée à l’intime, mais qui en même temps était beaucoup plus grand que moi et rejoignait l’universel. J’y ai vu un signe, comme si c’était la civilisation qui était en train de partir en fumée. J’ai tout de suite fait la comparaison avec notre civilisation un peu déclinante, en pensant que tout s’écroule sous nos yeux. J’étais à l’antenne, nous avons donc fait une émission spéciale sur Notre-Dame. J’ai constaté une forme d’union sacrée de la nation autour de la cathédrale en feu. Et j’ai abondamment pleuré…
Votre roman concerne le sort des enfants de djihadistes. Pourquoi avoir choisi un tel sujet ?
Parce que c’est un impensé de notre société. On a beaucoup parlé du retour des djihadistes adultes et c’est assez facile d’avoir un avis là-dessus. La majorité des Français – c’est une question de bon sens – sont opposés à leur retour et préfèrent qu’ils assument leurs actes dans le pays où ils sont partis combattre. Pour les enfants, c’est plus compliqué : ils ont une forme d’innocence car ils ont été entraînés malgré eux dans une aventure atroce mais ne peuvent oublier ce qu’ils ont vu, vécu et fait. Ce sont de véritables bombes à retardement.

Peut-on leur donner une seconde chance ? C’est plutôt une forme de rédemption qu’il faudrait évoquer, à la fois pour l’enfant comme pour le pays qui l’accueille. En effet, si vous ne croyez pas que l’enfant puisse être sauvé, vous ne croyez plus en l’école de la République, donc vous ne croyez pas en la République elle-même, en l’instituteur, et donc vous n’avez plus foi en la France. Environ une centaine d’enfants sont déjà revenus. J’en ai vu deux. Que vont-ils devenir? Qui peut le dire ?
Selon vous, accueillir ces enfants est une occasion pour l’Occident de montrer la supériorité morale du pardon qui est absurde sur le plan rationnel mais nous renvoie à la Rédemption, à nos racines chrétiennes et à l’espérance.
Faut-il accueillir ou non ces enfants ? On m’a reproché de ne pas répondre à cette question dans le roman. En fait, c’est pour cela que j’ai choisi la forme du roman. Honnêtement, je ne saurais vous répondre plus que cela car je trouve que c’est une très grande responsabilité qui incombe à nos dirigeants. Ce n’est pas tant que ces enfants puissent devenir des bombes à retardement, même si tout le monde s’accorde à en reconnaître le risque. C’est aussi et surtout leur prise en charge. J’ai vu les services sociaux, la justice et l’éducation qui effectuent un travail énorme. Il y a aussi le suivi psychologique de ces enfants et des familles d’accueil dont on n’a pas encore pris conscience.
« La Rédemption, c’est la quintessence de la France. » Sonia Mabrouk
On ne sait déjà pas déradicaliser un adulte ; combien plus des enfants qui à cet âge-là sont des éponges et ont entendu, vu et fait des choses qu’ils n’auraient jamais dû entendre, voir et faire. Il faut que ces enfants aillent à l’école tout de suite mais quand ils grandiront, ils s’interrogeront inévitablement pour savoir qui a tué leur père. La réponse est connue, c’est la coalition à laquelle nous appartenons. C’est donc la France…
Si vous ne tranchez pas dans votre livre, vous soulevez la question par rapport à l’état moral de notre pays. Si l’on n’accueille pas ces enfants, on perd quelque chose de l’âme de notre culture et de notre pays.
L’enjeu est profond car refuser d’accepter un enfant de trois ou quatre ans, c’est refuser un des fondements de l’héritage chrétien de la France. La Rédemption, c’est la quintessence de ce qui fait la France, dans sa quête de sens et de spiritualité. Ne pas accepter ces enfants, c’est déjà une défaite morale. Mais comment le faire comprendre à la population dans les circonstances actuelles ?
Le problème, c’est que l’école républicaine n’arrive plus à intégrer…
L’école est un bouclier complètement troué qui est devenu une passoire. Je cite Barbara Lefebvre qui est professeur d’histoire-géographie dans le secondaire et se trouve ainsi aux avant-postes de l’histoire. Mais elle peine à croire que l’école puisse être encore garante d’une bonne intégration. Malgré tout, je continue à penser qu’elle reste un dernier pilier. Si l’on n’y croit plus, que reste-t-il?
La manière dont on doit s’occuper de ces enfants est-elle le symbole des défis à relever pour notre pays ?
Oui. Si j’ai choisi ce sujet, c’est en raison d’un thème qui fera l’objet d’un autre ouvrage, à savoir la quête de spiritualité du personnage principal Lena. Je voulais qu’elle soit face à un sujet extrêmement déroutant, qui la pousse dans ses retranchements et la conduise à se poser elle-même la question de son essence. C’est quelqu’un qui a une éducation religieuse au départ mais se rebelle ensuite contre celle-ci et refuse, par exemple, d’entrer dans une église quand ses parents l’y emmènent.
Je crois en la France diverse et non multiculturelle. Le multiculturalisme est une tartuferie, une idéologie conduisant à l’échec. Le devoir d’une culture commune est le socle de la France du bon sens ? pic.twitter.com/ZnRGu1LRtD
— Mabrouk Sonia (@SoMabrouk) May 3, 2019
C’est finalement sous la pression de l’enfant qu’elle est conduite petit à petit à un beau cheminement et avance vers une forme de transcendance. C’est effectivement le symbole du défi que nous sommes en train de traverser, dans une époque où notre quête de sens est souvent troublée. C’est l’impression que nous avons tous ressentie au moment de l’incendie de Notre-Dame, sans savoir pour autant l’exprimer à chaque fois dans des termes justes.
Il y a un côté houellebecquien dans cette attirance pour l’Église : Lena se sent concernée sans pour autant croire.
Oui. Exactement comme Michel Onfray qui s’affiche athée mais faisait récemment dans Le Point une magnifique description d’une abbaye ou d’une cathédrale. On est conduit à penser qu’il est touché par la grâce et qu’il a la foi. Pourtant, c’est plus compliqué. Je pense que ce sont des gens qui luttent contre eux-mêmes, contre une forme de croyance et de transcendance qu’ils portent en eux et malgré eux.
Vous traitez le sujet de l’islam en soulignant notre désarmement moral et spirituel devant l’islamisme. Pourquoi et comment aborder ce sujet ?
Sur la forme, on a l’impression que plus l’on dit les choses de manière directe, moins elles touchent les gens. Aujourd’hui, tous ceux qui veulent, avec de bonnes intentions, emmener l’islam loin de toute compromission dans l’idéologie islamiste le font parfois avec une telle surenchère qu’ils ne sont pas entendus. Le but est de pouvoir convaincre ceux qui sont dans la zone grise et peuvent à tout moment basculer. J’essaie d’introduire non une nuance dans mon propos mais une subtilité dans ma manière de le dire, d’où le recours au roman. Parce que si vous êtes caricaturé, vous n’êtes plus entendu et devenez un « islamophobe » de la pire espèce.

Il ne s’agit pas de plaire mais de convaincre. La forme romanesque peut aider à ce niveau-là. Sur le fond, je trouve qu’il y a un désarmement moral très inquiétant en Occident. De l’autre côté de la Méditerranée, c’est l’inverse : il y a une prise de conscience très réelle du danger de l’idéologie islamiste. Les débats sur l’identité ou l’immigration qui déclenchent chez nous une véritable hystérie, on peut les mener sereinement de l’autre côté de la Méditerranée, dans des pays musulmans qui ont très bien compris que s’ils ne soignaient pas à la racine la maladie de l’islam qu’est l’islamisme, ils seraient bientôt submergés et totalement contaminés.
Est-ce maintenant que l’Occident peut basculer dans un sens comme l’autre ?
Nous vivons un moment charnière de l’histoire. L’islamisme est la maladie de l’islam. Si l’islam ne se réforme pas et ne laisse pas agir ceux qui lui veulent du bien, son déclin est assuré au profit de l’islamisme. Il ne faut pas que chez les chrétiens, il y ait cette forme d’inhibition identitaire parce que la seule chose qui puisse permettre de vaincre l’islamisme, ce ne sont pas des lois ou des guerres, c’est au contraire un sursaut spirituel qui permettra une forme de rééquilibrage spirituel de l’Occident. Les guerres que nous avons menées ont produit l’effet inverse. Beaucoup de musulmans attendent une réaffirmation identitaire de l’Occident qui n’est pas du tout une forme de rejet par rapport aux autres mais la reconnaissance de notre identité chrétienne et de nos racines. Beaucoup de musulmans, de même, ne se reconnaissent pas dans ceux qui s’autoproclament leurs protecteurs et les enferment dans une certaine forme de communautarisme, comme par exemple les islamo-gauchistes.
Pourtant, le discours actuel repose avant tout sur les valeurs de la République.
C’est un discours assez abstrait, quelquefois désincarné, au lieu d’être centré sur l’amour de la France. Oui, je le regrette. Mais prenez JeanPierre Chevènement qui a dit après l’incendie de Notre-Dame qu’il fallait reconstruire une cathédrale morale et spirituelle alors qu’il est avant tout connu pour son républicanisme. Il pense donc la République ne peut s’affranchir d’une forme de transcendance morale et spirituelle, c’est assez fort! En revanche, je ne comprends pas que ceux qui sont au pouvoir déconsidèrent souvent le catholicisme. Je pense qu’Emmanuel Macron est très sensible à ces sujets mais est mal conseillé. C’est pourtant sur cette voie qu’il faudrait aller: les mots qu’il a tenus le soir de l’incendie étaient justes et les Français l’ont ainsi ressenti.
La version « poche » du roman sera disponible le 16 mai chère @sylvie_bert ??
Merci à vous et à tous les lecteurs qui ont permis sa réédition ? https://t.co/vDShze679e— Mabrouk Sonia (@SoMabrouk) May 7, 2019
Emmanuel Macron prône le multiculturalisme. Comment vous positionnez-vous par rapport à cela ?
Il est corseté dans un conformisme ambiant mais a conscience de l’enjeu spirituel. Son éventuel rebond tient d’ailleurs beaucoup plus à son attitude devant l’incendie de Notre-Dame qu’à un catalogue de mesures dont on sait très bien qu’elles ne résoudront aucun défi en France. Quant au multiculturalisme, c’est une tartufferie. La France n’est pas multiculturelle et ne peut l’être. Ce n’est pas notre essence, notre manière d’être ni de vivre. C’est une idéologie. Ceux qui connaissent l’histoire de France ne peuvent dire qu’elle est multiculturelle ou qu’elle le sera un jour. Ce n’est pas exclure les uns ou les autres, c’est juste accepter ce que l’on est. La France est diverse mais pas multiculturelle, ce n’est pas notre histoire ni notre avenir.
Propos recueillis par Louis Lecomte, Arthur de Watrigant et Benoît Dumoulin
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