Notre-Dame de Paris, capitale de la douleur

@DR

Dans le matin gris et tiède, où l’on est sans mots, évoquer l’incendie de Notre-Dame (alors qu’il n’y a pas de victimes, alors qu’il n’y a pas d’attentat, pas de coupable, pas de bouc-émissaire, juste un accident pour le moment semble-t-il, sans cause) c’est comme parler de la mort subite d’une jeune femme, d’une soeur, d’une fille, d’une amante. Sans raison, sans cause, mais avec quelle douleur. C’est l’inutilité des mots qui les presse de sortir.

 

Dans le matin gris de Paris, contempler les vestiges fumants de la plus belle construction née de la main humaine, celle que Péguy aimait à nommer le lourd vaisseau de charge, mais qui dans sa douceur était plutôt ce berceau retourné où se réfugiait notre humaine meurtrissure, c’est rester interdit et coi comme devant la ruine de la maison paternelle. Ce lieu de tous les départs, de toutes les naissances qui ne pouvait pas disparaître sans que l’axe du monde en soit ébranlé.

Heureusement, à la contempler de l’extérieur, la « Vierge souvraine » de Villon est toujours belle. Belle comme un cadavre, comme un corps pur que la mort aurait à peine effleuré et aux apparences presque intactes, ne serait ce toit disparu, cette charpente écroulée. Les murs de pierre sont là, droits, roides contre l’assaut des siècles, mais la voûte en berceau a disparu. Et c’est comme son coeur architectural, cette voûte vers quoi tendait entièrement le génie gothique, qui a disparu. Le corps est là, le coeur est parti.

Certes, les chrétiens savent que le salut n’est pas là, dans un bâtiment charnel qui passera et que doit venir cette heure « et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car le Père demande de tels adorateurs ». Mais Notre-Dame c’était, mais Notre-Dame c’est encore, la France et bien plus que la cathédrale des catholiques de Paris.

Alors viendra le temps de la recherche des responsabilités éventuelles. Pour l’instant, seulement le recueillement de nos coeurs pétrifiés comme le portail du Jugement dernier devant cette tragédie. À l’orée de cette Semaine sainte, peut-être aura-t-il fallu que brûlent en ces Pâques non quelques rameaux desséchés mais la forêt entière de Notre-Dame, peut-être aura-t-il fallu pour la France et son salut que cette année non seulement le Christ fût crucifié mais que brûlât sa mère.

Rédacteur en chef

jdeguillebon@lincorrect.org

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