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Une chose que personne ne lui enlèvera, c’est son naturel: quand elle s’énerve d’une énième absurdité post-moderne émergeant sur Twitter, c’est pour de bon. Quand elle rit d’une plaisanterie, c’est pour de vrai.
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Eugénie Bastié est née au monde journalistique en 2013 à l’occasion d’un stage à Causeur. Elle suit un master en affaires publiques à Sciences-Po Paris pour préparer l’ENA. Pour s’aérer l’esprit, elle grignote des numéros de Causeur, qui vient d’arriver en kiosque après quelques années de pur web. Un peu déprimée par l’aridité du droit, elle envoie un mail à Gil Mihaely, directeur de la publication, pour proposer sa plume. Et devient la première stagiaire de Causeur en pleine bataille contre le mariage pour tous en 2013. Au coeur du cyclone des Manifs pour tous, Causeur est une pépinière d’où écloront beaucoup de fleurs, dont Eugénie n’est pas la moins belle.
La fréquentation d’Élisabeth Lévy fait voler en éclats son cursum honorum. La bouillonnante rédactrice en chef tiendra désormais dans sa vie un rôle oscillant entre la tante, la marraine et la meilleure amie. Eugénie lui en est plus que reconnaissante : « Elle m’a appris à penser contre moi-même ». Une relation d’estime : « En plus de ses qualités évidentes et de son charisme, Eugénie m’épate par une forme de profondeur dont j’étais loin à son âge. Et par ailleurs elle est droite. Je partirais à la guerre avec elle sans hésiter. D’ailleurs on le fait souvent », raconte volontiers Élisabeth. Jamais loin des deux chipies, Finkielkraut fait office de grand-père supplémentaire : en échange de sa sagesse, elle lui apprend à se servir des réseaux sociaux (un peu) et de son smartphone (un peu plus).
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Eugénie Bastié enterre définitivement son hypothétique carrière administrative l’année suivante, en devenant une nouvelle fois la première stagiaire, du Figaro Vox cette fois. Comme tout le monde, elle enchaîne avec un an et demi de desk-journalisme politique, au Figaro toujours. À la clef, une embauche au service « Débats et opinions » où elle est encore, et épanouit sa curiosité. Ses deux essais, Adieu mademoiselle et Le porc émissaire (Éd. du Cerf), sont ses plus grandes fiertés. Le peu de temps qui lui reste est consacré à développer la revue Limite, où elle parle d’écologie politique vue de droite.
« Je me demande souvent si je suis légitime, je me dis que tout ceci peut s’arrêter soudainement. Je dois absolument m’améliorer en travaillant toujours plus ».
Quand on fait la pesée, l’exposition médiatique apporte plus de désagréments que de plaisirs. D’ailleurs elle n’a jamais pu se regarder à l’écran après une émission. Trop frustrant, trop vain comparé à l’écriture. Elle a eu droit à son portrait dans la der de Libé à 24 ans. Pas rien, surtout quand on est l’exact inverse des journalistes idéologue qui y travaillent. Un honneur dont elle se serait bien passé : « Ç’a été le pire coup de ma jeune carrière, qui m’a le plus blessé. Tout était méchant et gratuit ». Pas faux. Mais lu entre les lignes ce portrait est fabuleux tant la journaliste qui l’a rédigé semble incapable de saisir la dimension holiste de son approche intellectuelle. De Michel De Jaeghere, Eugénie Bastié a retenu une phrase : « La vérité n’est pas le contraire de l’erreur ». À encaisser des coups, on risque de se faire sculpter par l’adversaire. De devenir la caricature de soi. La recherche de la vérité crée un désir obstiné de rester cohérente : « Ce n’est pas parce que votre adversaire n’aime pas les voitures qu’il faut polluer! ». Alors quitte à perdre les demi-habiles au passage, autant tracer droit son chemin.
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Comment rester humble quand en trois ans on a réussi une entrée fracassante dans le monde si fermé de la parole publique ? Peut-être en gardant son âme de petite fille. Sur son bureau traînent des tubes de rouge à lèvres entre deux images du Petit Prince. Mais surtout, la mousquetaire souffre un peu du syndrome de l’imposteur: « Je me demande souvent si je suis légitime, je me dis que tout ceci peut s’arrêter soudainement. Je dois absolument m’améliorer en travaillant toujours plus ». Concrètement, Eugénie Bastié arrive tôt et repart tôt boulevard Haussmann. Elle se ménage une petite heure quotidienne de lecture pour le plaisir. En ce moment elle est plongée dans Proust. À l’ombre des jeunes filles en fleurs.
Louis Lecomte
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