Les Considérations sur la France de Joseph de Maistre
C’est le livre de « l’illumination ». Jusqu’alors, Joseph de Maistre (1753-1821) avait posé un regard platement conservateur sur les événements révolutionnaires. Dans Les Considérations, écrit de riposte qui stupéfie par l’ampleur de ses vues, le sénateur savoisien s’élève au tribunal de l’Histoire : la Révolution doit être réinscrite dans l’économie divine pour être pleinement comprise. Cette Révolution, radicalement mauvaise, est satanique dans son essence ; pourtant, Dieu l’emploie dans ses desseins cosmiques afin de châtier et régénérer la France pour s’être écartée de sa vocation évangélisatrice. Maistre se révèle un formidable phénoménologue du politique ; ainsi la Révolution est « une force qui mène les hommes » et dévore ses enfants ; il faut voir encore ses maximes sur la faiblesse des lois écrites, l’importance du mystère ou l’art du législateur. « Une constitution qui est faite pour toutes les nations n’est faite pour aucune. » Il prophétise surtout, dix-huit ans avant, le retour naturel du roi, et fixe à jamais l’ethos réactionnaire : « La contre-révolution ne sera point une révolution contraire, mais le contraire de la Révolution. » Idéal avec un cocktail, pour illuminer ensemble vos sens et votre intelligence.

Lettre au Cardinal Fornari de Donoso Cortés
Un texte extraordinaire d’un géant oublié, Juan Donoso Cortés (1809-1853). Politicien et diplomate de premier plan, Cortés se convertit à la foi catholique en 1847, et passe du conservatisme au traditionalisme. Cette courte lettre, d’une sublime noirceur qui rappelle le ton des prophètes, dissèque jusqu’aux entrailles l’ordre moderne, en montrant qu’il est fondamentalement religieux, et même hérétique. « Il n’est pas une des erreurs contemporaines qui n’aboutisse à une hérésie, et il n’est pas une hérésie contemporaine qui n’aboutisse à une autre depuis longtemps condamnée par l’Église. » La variété infinie de ces erreurs tient en deux négations suprêmes : la négation de la Providence divine, et la négation du péché originel. L’homme, sans souillure, n’aurait pas besoin de la Providence ; ainsi pouvait être proclamé le règne de l’intelligence, de la volonté et des passions – avec les conséquences désastreuses que l’on sait. À ce système naturaliste, Cortés oppose le surnaturalisme catholique, qu’il ramasse en une célèbre formule : « Le triomphe naturel du mal sur le bien, et le triomphe surnaturel de Dieu sur le mal. » À lire les pieds dans le sable et la tête dans les cieux.

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Le Réactionnaire authentique de Nicolás Gómez Dávila
Comment ne pas citer Nicolás Gómez Dávila, le plus flamboyant de nos maîtres ? Promis à une illustre carrière, l’intellectuel colombien (1913-1994) préfère se retirer dans sa bibliothèque pour méditer sur les errements du monde moderne. « La liberté à laquelle aspire l’homme moderne n’est pas celle de l’homme libre, mais celle de l’esclave un jour de fête. » Tout-venant égalitaire, culte de la technique, art moderne : en plus d’actualiser la pensée réactionnaire aux problématiques du deuxième xxe siècle, il en formalise la posture fondamentale : « Être réactionnaire, c’est comprendre que l’homme est un problème sans solution humaine. » Plutôt qu’une guerre systématique, Gómez mène une guérilla, d’où l’usage de ces fabuleux aphorismes qui sont comme des flèches de vérité tirées depuis le maquis de la réaction. D’une férocité jamais gratuite, d’un raffinement proprement inouï, d’une justesse vraiment jubilatoire, on vous garantit son pouvoir cathartique face à la vulgarité qui s’étalera sur les plages. Vous commencerez avec Le Réactionnaire authentique, puis enchaînerez avec les Carnets d’un vaincu, avant de vous attaquer aux plus amples Horreurs de la démocratie. À consommer sans aucune modération.

Le Déclin du courage d’Alexandre Soljénitsyne
En invitant le célèbre dissident russe a prononcé, en juin 1978, un discours pour clore l’année universitaire, les autorités d’Harvard s’attendaient sans doute à un plaidoyer vibrant en faveur des plaisirs de la vie américaine. C’était mal connaître Alexandre Soljénitsyne, et son souci de dire toute et rien que la vérité. Le discours s’est donc changé en une charge mémorable contre tous les errements de l’Occident moderne. « Si l’on me demandait si je pourrais proposer l’Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative. » Orgueil démesuré de l’Occident qui croit que le monde entier va se plier à son modèle, juridification de tous les rapports humains, liberté détachée de toute dimension morale qui dégénère en licence, droits individuels déliés des devoirs qui devraient en être la contrepartie naturelle, pouvoir corrupteur des médias, matérialisme fou qui nie tous les autres besoins humains, déclin du courage à tous les étages… Tout est dit, en peu de mots, du mal occidental – Soljénitsyne appelant en retour l’Ouest au sursaut moral et spirituel. « Personne, sur la Terre, n’a d’autre issue que d’aller toujours plus haut. » Un classique à relire chaque été pour ne pas trop vous avachir dans votre transat.

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L’Empire du bien de Philippe Muray
« Depuis L’Empire du bien, le bien a empiré », ironise Philippe Muray (1945-2006) dans la préface de 1998 de ce pamphlet qui constitue un tournant majeur dans sa carrière. Tournant formel, puisque l’écrivain y développe pour la première fois ce style corrosif et caustique si caractéristique, avec ses formules qui claquent. Tournant substantiel, puisqu’après divers essais et romans, il s’attaque pour de bon à son époque dégoûtante. Derrière ses apparences libérales, la vague soixante-huitarde a accouché d’un nouvel esprit du temps : c’est le totalitarisme du Bien qui dégouline de partout, sous la forme du puritanisme, de l’antiracisme, de l’hygiénisme ou du festivisme. À « Cordicopolis » (la Cité qui adore le Cœur), le Bien progressiste règne en tyran en faisant croire que le Mal n’a jamais été aussi menaçant : on balise, on protège, on interdit, on s’apitoie, on dénonce, on traque quiconque ne communie pas aux Justes Causes. Marié à la Fête, le Bien a transformé l’existence en un gigantesque parc de loisirs sorti de l’Histoire, sans tragique, sans aspérités, sans rien. « Ce millénaire finit dans le miel. » Tout le système murayen consiste à désacraliser ces idoles par l’ironie, le rire et l’irrévérence. Le remède idéal au feel-good estival.





