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Curé de Saint-Paul-Saint-Louis dans le Marais, le père Pierre Vivarès s’efforce de faire de son église un lieu ouvert à tous dans un quartier qui reste très mélangé. Son essai Notre église est au bout de la rue (Presses de la Renaissance,) est le récit poignant de cette expérience en milieu urbain, où il côtoie croyants comme non-croyants.
Vous publiez Notre église est au bout de la rue. Mais dans cette France, les gens vont-ils encore au bout de la rue, sinon pour une visite touristique ?
L’église, nos églises, sont posées comme des signes, comme des fontaines au milieu d’un village. On répondra que nous avons l’eau courante à la maison et qu’il n’est pas nécessaire d’aller à la fontaine. Mais cette fontaine est soit un lieu de rencontre soit un lieu qui permet d’éviter tout le village, comme la Samaritaine qui vient puiser de l’eau à midi pour ne rencontrer personne. Notre société ne veut plus de la rencontre, ni avec l’autre, ni avec Dieu, étouffée par ses prétendues richesses et sa suffisance. Lors des Gilets jaunes ou de Nuit debout, nous avons vu des reportages sur les rencontres des ronds-points, notre pays s’étant couvert au début du troisième millénaire d’un gris manteau de ronds-points. Tout d’un coup, certains entraient en relation avec d’autres, dans un projet commun. Ce projet étant faible – des revendications de limitation de vitesse, de prix de carburant ou de pouvoir d’achat – il n’a pas duré. L’Église propose une rencontre de la transcendance, pour combler le plus profond désir de l’homme qui est Dieu lui-même. Ils sont encore nombreux ceux qui ne sont pas anesthésiés par l’argent, le plaisir ou l’orgueil.
L’Église propose une rencontre de la transcendance, pour combler le plus profond désir de l’homme qui est Dieu lui-même.
Tant pis pour les autres, ils passent à côté de l’essentiel. Nous ne sommes pas prêtres pour courir après les gens mais pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Dès la proclamation des apôtres, certains l’entendaient, d’autres non. Mais chassez le surnaturel et il reviendra au galop : il reviendra dans des formes archaïques de religiosités superstitieuses, violentes ou terroristes, dans une quête de sagesse égocentrée, dans un paganisme naturaliste violent et méprisant la dignité de la personne humaine. Peut-être, comme dit saint Paul, faut-il que nos sociétés retournent au vomi de leur paganisme pour redécouvrir la libération personnelle et collective que le Christ nous a apportée et qui n’est plus lisible dans notre société post-chrétienne.
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L’incendie de Notre-Dame, les profanations d’églises à répétition, les affaires de pédophilie : l’Église de France est sous le feu des projecteurs ces derniers temps, pas forcément à son avantage. Quel est son état actuel, selon vous, doit-elle se réformer, a-t-elle commencé à le faire ?
Comme dit Jean-Luc Marion, la situation est normalement catastrophique. Il n’y a pas eu une décennie dans l’histoire de l’Église sans que celle-ci ne fût secouée par des hérésies, des scandales, des schismes, des révoltes, des guerres intestines, des persécutions… C’est la situation ordinaire du temps de l’Église entre la Pentecôte et le retour du Christ, ce temps de combat contre le mal et d’annonce de l’Évangile : nous avons à suivre le Christ et à aimer comme il nous a aimé, dans le don total et non violent de lui-même, que l’on soit clercs ou laïcs. Il n’y a pas d’autre route et cette réforme quotidienne concerne chaque chrétien. Si, ensuite, on veut substituer le mystère de l’Église à une question d’institution, de structure ecclésiale, on va tomber dans une philosophie structuraliste laquelle, comme par hasard, a succédé à l’existentialisme sartrien qui a miné les années 50 dans l’Église et qui ne peut pas s’appliquer à la réalité spirituelle qui est celle du Corps ecclésial. L’articulation individu / structure ne fonctionne pas dans l’anthropologie fondée sur le rapport personne / communion.
Comme l’écrit Benoit XVI, l’Église est structurellement en état de réforme permanente.
Cela peut laisser croire que l’Église est irréformable si l’on applique une lecture sociologique et certains chrétiens se trompent en plaquant sur la réalité mystique qu’elle est une lecture philosophique sophique et en réduisant l’Église à une simple question sociologique. Comme l’écrit Benoit XVI, l’Église est structurellement en état de réforme permanente. Il est donc aussi question de philosophie politique derrière ces problèmes, nos sociétés n’étant pas dans un meilleur état que l’Église : notre philosophie contemporaine patine à trouver des solutions car ses prémisses sont erronées. L’individu a remplacé la personne, la famille n’est plus le plus petit commun dénominateur de la société, le contrat social n’est fondé que sur des droits acquis et non des devoirs réciproques. Aucune société ne peut tenir ainsi et la nôtre va se déliter tranquillement jusqu’à ce que… Dieu le sait !
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L’accueil des migrants agite beaucoup les catholiques et vous évoquez votre propre ministère à cet égard : quelle attitude devons-nous adopter ?
Le pauvre dérange, il a toujours dérangé et dérangera toujours. Il est l’incarnation de la charité chrétienne, l’incarnation du Christ aujourd’hui dans notre monde. Là aussi, quelle que soit l’époque, le pauvre a gêné : que l’on se rappelle du « grand renfermement » en plein XVIIe siècle au grand dam de Saint Vincent de Paul ou des camps de migrants ventilés sur tout le territoire aujourd’hui. Le pauvre est accusé de tous les vices, il est cause de tous les maux et pour enfin vivre tranquille, il ne faut plus le voir. Dans notre bonne ville de Paris gouvernée par la bien-pensance, on change les sièges du métro, on met des piques sur les rebords des devantures, on repousse les tentes Quechua le plus loin possible du périphérique quand elles ne sont pas tout simplement détruites. C’est la raison pour laquelle j’ai tant de pauvres qui viennent s’asseoir dans mon église toute la journée. Ici, on les laisse tranquille et ils peuvent se poser, se reposer. On n’imagine pas l’insécurité quotidienne de celui qui n’a pas de toit. Je n’ai pas à dire quelle attitude adopter : il y a celle que j’adopte en conscience et j’invite chacun à agir en conscience, non pas devant un problème politique, ou géopolitique, mais devant une personne. Le Français aime les théories, le Christ préfère la pratique. Je ne suis ni président, ni Premier ministre, ni député, ni maire : je suis citoyen, prêtre, curé, ici et maintenant.
Le Français aime les théories, le Christ préfère la pratique.
Je rencontre des personnes en souffrance, pour de très nombreuses causes, parfois à cause d’elles-mêmes. Je peux détourner les yeux de cette souffrance ou essayer de l’accueillir et, à ma mesure, avec mes moyens, essayer d’y remédier. Comme chrétien, je m’interdis de faire acception des personnes. Notre époque aime les étiquettes, il faut se définir ou définir l’autre sans cesse. Je ne connais qu’un nom : la personne humaine, qui peut avoir ensuite telle ou telle caractéristique mais sa dignité sera toujours supérieure à la somme de ses caractéristiques, même les plus étranges, déroutantes ou délétères. Ensuite nous votons, là aussi en conscience, sur un programme que l’on voudrait voir appliquer. Si les décisions actuelles ne vous plaisent pas, faites de la politique, ce qui, pour saint Thomas d’Aquin, est l’une des plus hautes formes de la charité. Mais concrètement, nous ne serons pas jugés sur notre amertume politique ou nos victoires électoralistes mais sur nos actions : l’enfer existe et pour certains la vie est déjà un enfer. Ne l’oublions pas.
Propos recueillis par Jacques de Guillebon

NOTRE ÉGLISE EST AU BOUT DE LA RUE Pierre Vivarès Presse de la Renaissance 192 p. – 18,90 €
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