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Natalie Saracco, Expérience de vie imminente

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Publié le

11 juin 2019

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@Benjamain de Diesbach pour L'Incorrect

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Natalie Saracco est une femme aux multiples facettes. Réalisateur et écrivain, elle a subi un terrible accident de la route. Confrontée à une expérience de mort imminente, elle est devenue une militante de la Foi chrétienne.

 

 

Natalie Saracco se tourne vers la conductrice : « Tu sais, tu ne devrais pas être aussi catégorique sur Dieu. Tu peux mourir dans des années comme dans quelques minutes ». Sa voisine de gauche lui jette un coup d’oeil. Natalie n’y voit pas ce qu’elle escomptait, mais plutôt l’expression de la terreur. En une fraction de seconde, elle comprend. Un camion percute la voiture sur la gauche, et l’envoie à cent trente kilomètres-heure contre la glissière de sécurité. Pendant que les pompiers découpent ce qui reste de la voiture pour l’extraire, elle se sent partir, doucement : « Je sentais que la chaleur de mon corps me quittait, peu à peu, avec régularité, comme de l’eau coulerait d’une bouteille percée ». Consciente, elle voit et entend un pompier crier son prénom, pour qu’elle s’accroche à la vie. Jusqu’au moment où elle se retrouve quelque part entre l’espace et le temps. Devant elle se tient le Christ, coeur à nu et en sang. « Seigneur, pourquoi pleures-tu ? – Je pleure parce que j’ai donné ma vie pour vous, pour vous tous mes enfants chéris, que je ne sais plus quoi faire pour vous et qu’en échange je n’ai que froideur, mépris et indifférence ».

 

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Lorsqu’elle revient à la vie, Natalie Saracco est changée à jamais. Le spectacle de cette souffrance si injuste d’un Dieu si humain l’a bouleversée au-delà de toute mesure. À partir de maintenant, la vie de Natalie Saracco devient parfaitement incompréhensible lorsqu’on l’analyse à l’aune de nos critères terrestres. Elle ne devient cohérente à défaut d’être logique qu’à la lumière aveuglante de cette expérience de mort imminente. Peu avant son accident, elle venait tout juste de convaincre le producteur de David Lynch et Pedro Almodovar de produire son premier long-métrage. Le thème ? Un mélodrame pur sucre « Roméo et Juliette des temps modernes. » Magnifique ! lui disent ses amis. Oui, mais tout compte fait non, ou plutôt pas tout de suite. Au concours du plus urgent, Jésus est sorti vainqueur par K.O. C’est pour Lui qu’elle sort en 2014 sont premier « long », La Mante religieuse. L’histoire d’une artiste « qui vit en 3D : Dope, Detroy, Dégout », (Mylène Jampanoï, sublime) et qui par transgression va essayer de séduire un prêtre (Marc Ruchmann, habité). Sans l’aide du CNC, Natalie Saracco lève deux millions d’euros et trouve un distributeur.

 

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Pour le producteur c’est raté : le projet séduit mais il faut plus de sexe, une faute du prêtre, et pas de conversion finale s’il vous plaît. Spoiler : c’est non. Le film est tourné, sort, et fonctionne et trouve son public. Si son message est moyennement accueilli par la critique, la réalisation est saluée pour sa qualité. Un film très beau esthétiquement, troublant, qui fait explorer au spectateur les zones litigieuses de la tentation. Il est toujours difficile de savoir si les réalisateurs, écrivains et autres dramaturges vivent à travers leurs personnages, ou si à l’inverse ils se font manger par eux. Chez Natalie, le mystère est aussi enchevêtré que ses cheveux de jais, si bien qu’on qu’on ne tente même pas d’essayer. Pour la comprendre, le mieux reste encore de la lire.

 

 

 

Son livre Pour ses beaux yeux paru en 2016 raconte tambour battant son parcours commencé quelques dizaines d’années plus tôt à Marseille. Quand elle montait des spectacles dans la cave de ses parents alors qu’elle était enfant. Comment la passion du cinéma l’a saisie à son adolescence. Et comment elle s’est aperçue que celui qui n’a pas tout donné n’a rien donné. « VRP du Christ, cinéaste, femme d’affaires de Dieu, Christ-addict, amoureuse de Jésus… », Natalie Saracco n’est jamais à court de munitions lorsqu’on lui demande ce qu’elle est. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle est submergée par son sang latin. Preuve en est, avec leur pondération habituelle les Libanais de L’Orient-Le Jour titrent « un nouveau prophète s’est levé » pour une de ses interviews !

 

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L’infinie puissance de l’amour de Dieu qu’elle a expérimentée la pousse à aimer à son tour tout ce qui bouge. Et à s’abandonner totalement. Fatiguée de l’agitation urbaine, elle habite en Normandie où elle jouit du calme, de la tranquillité, et de la contemplation de la création. Un émerveillement qu’elle ne restreint jamais, comme lorsqu’elle s’extasie sur les eaux du bois de Boulogne, où nous la prîmes en photo. Natalie Saracco veut monacalement faire de sa vie une conversation perpétuelle avec Dieu. Bien entendu, elle est plus proche du franciscain que du bénédictin. C’est cette amie volubile, un peu gênante parfois, mais d’autant plus déstabilisante qu’on sent qu’au fond qu’elle bien raison. Pour le moment elle mène une tournée de témoignage autour de son dernier livre, Aux âmes citoyens, apocalyspe now. Ce grain de sel-là n’est pas près de s’affadir.

 

 Louis Lecomte

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