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La laideur vestimentaire : c’était mieux AVANT !

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Publié le

18 juillet 2019

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L’habit ne fait pas le moine mais le survêtement Real Madrid ne fait pas d’académicien. La laideur exponentielle des vêtements contemporains est le signe le plus tangible de la fin de notre civilisation.

 

 

 

MALBOUFFE CULTURELLE

Pour tout homme ou femme s’étant fait une certaine idée esthétique de la rue française, la moindre promenade urbaine est devenue une épreuve ou matière à une ironie morose. Bon, passons assez vite sur la jeunesse black-blancbeur, condamnée par la naissance à l’horreur streetwear et ses accessoirisations atroces – casquettes à visière protègenuque, nikisation totale de la tête aux pieds, piercings et tatouages, combinaison crâne rasé/barbe. L’immigration de masse et la civilisation rap ont refaçonné les silhouettes de la France pauvre plus sûrement que n’importe quel prescripteur de Marie-Claire ou de La Redoute. Cette déchéance esthétique de la France populaire et/ou profonde, on l’a vue venir dans les années 90 notamment sur le plateau de l’émission « C’est mon choix » où Évelyne Thomas faisait défiler des dames quinqua ou sexagénaires aux cheveux teints en rouge ou en violet, des garçons sensibles annonçant déjà, en paroles et en dégaine, Bilal Hassani, des gamines hystériques grimées en punkettes ou en gothiques fluo…

L’immigration de masse et la civilisation rap ont refaçonné les silhouettes de la France pauvre plus sûrement que n’importe quel prescripteur de Marie-Claire ou de La Redoute.

On comprenait à voir ce désolant happening bougiste que le « pays réel » en avait pris un sacré coup. La journaliste du Figaro Christine Clerc – assez Madame Figaro à l’ancienne justement – avait eu un choc en découvrant cette France-là, à l’occasion d’un festival d’Avignon et avait parlé, en une rare illumination, de « malbouffe culturelle » à laquelle les élites avaient abandonné les pauvres.

 

ÉDOUARD CONTRE ÉDOUARD

Justement réservons nos coups – c’est tendance à droite ces derniers temps – à la bourgeoisie supposée dépositaire d’une certaine tradition d’élégance. Et là je peux témoigner à charge. J’ai connu Neuilly et le XVIe dans les années 80 : on y voyait encore des messieurs en veste de tweed et cravate ou foulard et des dames en tailleur façon Michèle Morgan ou Marie-France Garaud. Quarante ans plus tard, dans la rue ou aux terrasses de ces terroirs (grand) bourgeois, on observe scientifiquement une « streetwearisation » tranquille. Les hommes portent des chaussures de sport beaucoup plus que des Weston, le costume se fait rare si on ne sort pas  d’un bureau, la doudoune habille l’homme et la femme de 17 à 77 ans, les dames s’exhibent volontiers en leggings ou caleçons de jogging. Au mieux, ce seront les jeans de marque, des Chinos ou la veste molletonnée barbouroïde à la François Fillon qui sauveront à peine les apparences.

 

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Cette conversion des beaux quartiers au no look sportif de banlieue est un glissement profond, à mettre en parallèle avec la conversion de l’électeur bourgeois au macronisme : dans un cas comme dans l’autre c’est une aspiration des élites à la modernité (la plus superficielle) et à la (fausse) coolitude.

Hanouna lui-même avec sa barbe, ses doudounes de styliste jeuniste, ses costumes de garçon de café branché portés à même le teeshirt, est bien le mannequin de référence de l’époque (plus encore que Yann Barthès).

D’ailleurs même quand ces gens-là portent costume, pour le travail ou la frime sociale, il y a souvent de quoi dire (ou rire) : la dictature du slim, avec ses pantalons de ville format jeans et ses vestes mourant à la braguette, se retrouve partout, d’Édouard Philippe à Cyril Hanouna. Hanouna lui-même avec sa barbe, ses doudounes de styliste jeuniste, ses costumes de garçon de café branché portés à même le teeshirt, est bien le mannequin de référence de l’époque (plus encore que Yann Barthès). Quant à Édouard Philippe, il consacre à Matignon les canons de la nouvelle « élégance » masculine et comment ne pas penser alors à un autre occupant de Matignon, un autre Édouard qui, lui, observait scrupuleusement – il en avait certes les moyens – les dress codes de la tradition du bécébégisme british ?

 

 

JE REVIENS DE L’HORREUR « 70 » (ET LA REGRETTE)

La laideur vestimentaire n’est certes pas une idée neuve en France. C’est le privilège de l’âge que de pouvoir se remémorer les silhouettes d’un lycée en banlieue parisienne semi-bourgeoise post-68. Je pourrais presque dire que j’ai vu le peuple lycéen changer d’allure en une saison : en 68, les looks étaient encore classiques et sixties avec au pire des coupes capillaires façon Beatles période Hard Day’s Night. À la rentrée 69, la mutation était accomplie : jeans ou pantalons de velours dangereusement évasés du bas (le légendaire « patte d’éph’ »), grosses ceintures à grosse boucle, chemises à col « pelles à tartes », tant pour les garçons que les filles. Et en guise de Nike, des Clarks, chaussures de toile molles et laides, ou des sabots de cuir (plutôt chez les dames).

 

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Et bientôt, pour les collégiens plus ou moins « avancés », du kaki antimilitariste acheté dans les surplus, des vestes afghanes ourlées de poils de chèvres (?). Mais aussi une floraison de couleurs chatoyantes (l’orange restant la teinte emblématique de cette époque). Le fait le plus marquant étant qu’à peine Pompidou à l’Élysée, nombre de types arboraient des tignasses inimaginables sous de Gaulle : c’était la lame de fond gauchopop – la comédie musicale Hair ayant été un marqueur symbolique à cet égard – qui balayait l’ancien monde jeune, via le maoïsme ou le rock branché. Les quelques isolés restés aux cheveux courts et vêtements « straights » d’avant le déluge 68tard faisaient pitié ou sourire.

Globalement cette majorité silencieuse privilégiait un style où l’influence pop ambiante était tempérée par un vague sens des convenances anciennes.

Bon, là encore, il y avait le poids des différences sociales : les lycéens prolos ou classe moyenne (c’était mon cas) affichaient une élégance plus « classique » si on peut dire, avec des costumes Mao (pattes d’éph’ bien sûr), voire des manteaux « maxi » inspirés du triomphal western spaghetti Il était une fois dans l’Ouest ; n’ayons garde d’oublier les disgracieux pulls synthétiques moulants. Aux pieds des mocassins de cuir pas beaux et des boots zippées. Les plus loubards anticipaient le total look Renaud, avec blousons de jeans ou cuir de motard. Et donc les garçons portaient des coupes mi-longues et propres de minets sages (et ceux-là allaient encore chez le coiffeur).

 

 

Globalement cette majorité silencieuse privilégiait un style où l’influence pop ambiante était tempérée par un vague sens des convenances anciennes. Au fond, c’était ce genre assez bien représenté par des chanteurs de variété comme C. Jérôme, Frédéric François, voire Michel Delpech – d’ailleurs si les branchés gaucho-hippies étaient rock/ pop, la grande masse était « variet’ ».

Je pourrais presque dire que j’ai vu le peuple lycéen changer d’allure en une saison : en 68, les looks étaient encore classiques et sixties avec au pire des coupes capillaires façon Beatles période Hard Day’s Night. À la rentrée 69, la mutation était accomplie.

Les filles aussi reproduisaient cet antagonisme social : il y avait certes de belles hippies de luxe à robe indienne et vestes de satin « psychédélique », et à chevelure flottante néo-préraphaélite passée au henné. Mais nettement moins que de minettes middle class à mini-jupes, minishorts, chemisiers flashants, brushings androgynes (un peu comme le Bowie de Ziggy Stardust), bref des filles telles qu’on pouvait en apercevoir dans le public des émissions de variétés de Guy Lux.

 

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Pour conclure sur cette Atlantide jeune du début des années 70, je dirais que c’était globalement assez laid et criard, mais que cette laideur-là avait – c’est peut-être du subjectivisme nostalgique mais tant pis – quelque chose de plus que la laideur de masse standardisée actuelle : elle était drôle, imaginative et chatoyante cette mode jeune seventies, de la même façon que Pink Floyd ou David Bowie sont objectivement plus intéressants que le rap ou le RnB d’Energy ou de Fun Radio.

 

 

Pierre Robin

 

 

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