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Puisque cette chronique se veut le porte-parole le plus fidèle des crottés de nos contrées, elle laisse aujourd’hui parler un jeune éleveur de charolais qui aimerait être aimé des Français pour son travail.
Que signifie pour vous produire une viande de qualité ?
Je pense objectivement que je produis une viande de qualité et que cette production n’est ni très compliquée ni très chère : les vaches sont au pré. Une vache qui mange de l’herbe et qui est engraissée à la luzerne et au foin produits à la ferme donne du bon lait. Celui-ci nourrit les veaux qui seront engraissés à leur tour. Les deux tiers de mes terres sont en herbe à brouter ou produisent du foin pour l’hiver.
À part quelques vaccins obligatoires, mes vaches ne sont pas médicamentées : une vache au pré risque moins de tomber malade et donc de recevoir des antibiotiques.
Le troisième tiers est réservé aux céréales et aux plantes fourragères qui les nourriront lors de l’engraissement. À part quelques vaccins obligatoires, mes vaches ne sont pas médicamentées : une vache au pré risque moins de tomber malade et donc de recevoir des antibiotiques. Rien de plus vertueux que ce système ! Encore répandu en France, malgré nos fameuses fermes des 1 000 vaches, il a complètement disparu chez nos voisins, comme en Allemagne ou en Hollande. Les Français ont donc cette chance de pouvoir trouver de la viande de qualité, mais j’ai l’impression qu’ils n’en sont pas forcément reconnaissants à leurs paysans.
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Parvenez-vous à faire vivre votre famille avec votre production ?
Hélas non. Depuis plusieurs décennies, les éleveurs français se sont fait voler leur liberté de commercialisation par des circuits dont ils sont les grands perdants. Ils ont totalement perdu la maîtrise de leur filière et ne peuvent plus vivre de la valeur ajoutée de leur savoir-faire. Je vends mes vaches sur pied à une coopérative ou à un maquignon qui iront les faire abattre, dépecer et les vendront aux firmes agroalimentaires pour l’export ou la grande distribution. Ces premiers intermédiaires m’achètent la carcasse à 3,50 € du kilo. Pour vivre, il m’en faudrait 5 €.
Je dois dire que sans les 60 000 € annuels de la PAC, je ne serais pas éleveur !
Et pourtant, vous recevez des aides européennes ?
Je dois dire que sans les 60 000 € annuels de la PAC, je ne serais pas éleveur ! Ces aides payent mes charges, elles ne sont pas suffisantes pour me salarier. Malgré cela, je me surprends moi-même à réfléchir sans cesse en fonction d’elles, à organiser mes cultures ou à déterminer la taille de mon troupeau selon les critères de la PAC. J’en suis donc dépendant. Mais je n’ai qu’un rêve : que demain les aides se tarissent et que je puisse vendre mes produits à leur juste valeur ; je serai autonome ! Ce système de rustines est obsolète.
La vente en circuit court serait-elle une solution envisageable ?
J’ai fait mon calcul : en vendant en direct, toutes charges d’abattage, de découpe, de conditionnement et de transport déduites, j’arrive à dégager environ 4,50 € du kilo. Cet euro supplémentaire est pour moi énorme, il pourrait me permettre de vivre. Avec huit voisins éleveurs, j’ai donc entrepris de créer un label local en vue de ne commercialiser notre viande qu’en circuits de proximité : les bas-morceaux seront vendus à la restauration collective, aux cantines, tandis que les meilleurs morceaux seront réservés aux restaurateurs ou à la clientèle locale.
Oui ! Stop au Macdo, aux steaks surgelés !
Vous aimeriez en profiter pour dire un mot aux Français?
Oui ! Stop au Macdo, aux steaks surgelés ! Et arrêtez de me dire que mes vaches libèrent du méthane dans l’atmosphère quand vous oubliez que mes prairies sont des pompes à CO2 qui stockent chaque année des tonnes de carbone !
Marie Dumoulin
Ferme de la Courtine
21140
Massingy-lès-Semur
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