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Abreuve nos sillons

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© Christian Hebell – Unsplash
Comme tous les mois, Marie Dumoulin dresse sa Chronique des crottés. « Il voyait dans les villages la cellule primitive de toute histoire et aussi des États. C’étaient les villages qui donnaient le blé et la dîme, et le sang de leurs fils, dont l’État fertilisait ses sillons. Certes, c’étaient les rois qui écrivaient l’histoire, mais ici coulait la sève dans laquelle ils plongeaient leurs plumes. L’humble paysan ne portait pas de couronne, mais il était beau de le suivre des yeux, alors qu’il empoignait les gerbes pour les charger sur sa voiture. Il ne lisait pas de livres mais il était plus près des patriarches que ses maîtres. Il n’avait pas encore mis de fenêtres entre lui et le soleil ». C’est ainsi que le seigneur du village imaginaire de Sowirog – quelques masures de bois blotties entre lacs et forêts de Masurie – médite sur ses féaux, dans le superbe roman-épopée d’Ernst Wiechert, Les enfants Jéromine. Lire aussi : Tout commence avec une semence Cette œuvre allemande parue en 1947 constitue une vaste fresque de la vie d’un village aux allures médiévales, entre l’aube du XXe siècle et l’arrivée des nazis. L’auteur, lui-même incarcéré à Buchenwald en 1938, laisse délicatement à la porte du roman les horreurs vécues par la Prusse orientale en 1945. Sa verve poétique est au service d’un monde paysan irrévocablement disparu. Nous pouvons sauter des deux pieds à l’intérieur de cet univers onirique qui dit si vrai des mille et mille générations dont la vie « n’était pas beaucoup plus que ce qui avait été ordonné et promis dans l’ancienne alliance ». Que nous racontent ces hommes des immensités ? Leur « intimité avec la nature ». Celle-ci fait de leur société d’ordre, non un système humain qui, voulant tendre au monde parfait, verse dans le totalitarisme, mais une volonté commune qui, désirant intimement « les tours de la Cité dorée » du Livre, donne à chacun sa juste place. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
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