[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1564696326343{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
« Victorieusement fui le suicide beau » Mallarmé / « Sans l’idée du suicide, je me serais tué depuis toujours » Cioran / « Une de ces suicidées d’amour, qui se sont fracassées du haut d’un monument » Zola
L’été commence et la seule vue d’un pied nu dans une claquette et d’une tomate cerise vous donne envie de mourir. À l’heure de l’instrumentalisation de Vincent Lambert et des civilisations suicidées, on continue à y penser chaque jour. Le revolver de Drieu, le geste stoïque de Montherlant, le suicide éthique d’un Mishima, le dandysme désespéré de Rigaut – on y voit la dernière façon noble d’être soi, valorisé par le romantisme, et surtout le dernier plaisir esthétique. Mais aussi la dernière question philosophique, passées les conclusions extrêmes du nihilisme post-guerre.
« On ne peut échapper à soi-même. C’est là notre drame (…) Deux solutions : ou le suicide ou la vie d’abruti », dit Charles Juliet dans son Journal.
Celui qui accomplit l’acte de suicide a-t-il de meilleures raisons de mourir que celui qui ne le fait pas ? « On ne peut échapper à soi-même. C’est là notre drame (…) Deux solutions : ou le suicide ou la vie d’abruti », dit Charles Juliet dans son Journal. Les limites imposées par le monde semblent souvent infranchissables. Le relativisme global a fait disparaître les restes de transcendance. On reste dans le ressassement de nos vanités.
Lire aussi : Les Infortunes d’idiotie et de pacotille (conte moderne)
Tout devient ennui et malaise, seules peuvent encore nous amuser la violence et ses conséquences, et quand les autres ne suffiront plus, on finira par la retourner contre soi. On s’interrogera encore et toujours sur ce foutu sens de l’existence. En sachant bien que la réponse ne dépassera jamais la phénoménologie. La menace est sourde. Les tentations sont sans cause. La relation difficile a établir. La liberté a engendré la solitude, et la solitude le suicide. On cherche à disparaître, exister le moins possible, quitter la fête. Le suicide est le voyage à la portée de toutes les bourses (de Ryanair au Gardénal), une sorte de lot de consolation, un soulagement, une raison de vivre, un retour au point de départ.
En faisant disparaître Dieu, le monde a basculé dans l’altérité.
Il nous manquera toujours quelque chose pour nous sentir vivre pleinement – de beaux cheveux, un avenir, une illusion de liberté, une présence. Nous ne sommes que ça. Le conflit intérieur finit toujours par s’apaiser et même la plus grande fragilité finit par se dompter. On fait semblant de reconquérir une assurance. En faisant disparaître Dieu, le monde a basculé dans l’altérité.
Lire aussi : Le beau bizarre ou les nouveaux moches
Et souvent il n’y a personne au bout du fil. Nous restons seuls. Le suicide a souvent, d’ailleurs, quelque chose du chantage affectif ou du spectacle d’apparat. Alors qu’il se faut construire un destin et un salut, trouver un sens à sa hauteur alors qu’aucune signification ne le dépasse. « Je le crois parce que c’est absurde », disait Tertullien. On a voulu nous faire croire que la réalisation de soi passerait par le corps, que le sexe sera ce sur quoi se cristallisera le désir de vivre. Le suicide, « le mal de l’infini » disait Durkheim permettrait la rupture temporelle et l’ouverture vers un au-delà où trouver je ne sais quelle vérité perdue, s’affirmer dans la destruction totale. (voir le suicide-sacrifice qui récompense le terroriste par le paradis. Une poésie aussi belle qu’une lettre au père Noël). L’homme est sa propre fin et « tout finit bien puisque tout finit », selon Chardonne.
Le suicide reste l’affirmation de soi dans la négation.
Malgré tout, la vie est un bien et tout nous vient d’elle, les habitudes sont dures à quitter et la sérénité réside dans la pleine acceptation. Les forts acceptent l’existence telle quelle. Le suicide reste l’affirmation de soi dans la négation. Et puis ce n’est pas si mal d’avoir à dealer avec cet autre qui nous fait peur, qui est le malentendu absolu et aussi celui qui nous retient du côté de l’existence (un bon texto toujours abolira le hasard).
Stéphanie-Lucie Mathern
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





