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Les Infortunes d’idiotie et de pacotille (conte moderne)

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26 juin 2019

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L’idiot c’est l’homme réduit à la lumière naturelle ». Deleuze / « Nous sommes, par nature, si futiles, que seules les distractions peuvent nous empêcher vraiment de mourir ». Céline / « Les nouveaux surhommes, ce sont justement les idiots du village, vengeurs de notre médiocrité ». Umberto Eco, De Superman au surhomme /« La poésie commence lorsqu’un idiot dit de la mer “on dirait de l’huile” ». Pavese

 

 

Combien de fois par jour passe-t-on à penser que tout (et tout le monde) est idiot ? L’idiot rassemble, c’est sûr. Et on finit même par adhérer au mouvement. On accepte gentiment que tout soit incohérent et n’aille généralement nulle part. On rit beaucoup dans la vie moderne. Et nos textos ressemblent de plus en plus aux messages transmis par la BBC à la Résistance française.

 

Lire aussi : Le beau bizarre ou les nouveaux moches

 

La stupidité fun est intégrée. Nous vivons à l’heure américaine du capitalisme ludique « quelqu’un qui a un sex-friend est totalement fucked up ». On surjoue la dégénérescence primitive (revoir Les Idiots, chef-d’œuvre de Lars von Trier) ; on trouve Jeff Koons plutôt drôle (surtout ceux de la collection Pinault), on finit chez soi avec un Deliveroo à s’amuser à commenter « L’Île de la Tentation », qui ne montre finalement que la réalité, le vide de tout et l’absence de désir. Le mode mineur prend souvent le pas sur le mode majeur : Hanouna vaut la prise de Constantinople. L’époque revendique le mauvais goût, le kitsch et les clichés. Clément Rosset parlait du réel comme traité de l’idiotie : « Toute chose, toute personne sont ainsi idiotes dès lors qu’elles n’existent qu’en elles-mêmes, c’est-à-dire sont incapables d’apparaître autrement que là où elles sont et telles qu’elles sont ». L’altérité n’est plus possible. L’idiotie serait une sorte de stratégie du nouveau. Ou la définition la plus évidente, celle de la déraison.

Le mode mineur prend souvent le pas sur le mode majeur : Hanouna vaut la prise de Constantinople.

Nous sommes dans la perpétuelle ironie – faispastaputawala. On fait et on critique en même temps. On ne sait plus bien si on juge ou constate. On se rit de tout et on récupère. Nous sommes des Bouvard et Pécuchet 2.0. Flaubert avait tout compris. Je suis une merde lol. Nous allons main dans la main avec le père Ubu. Avec le rejet infantile de Dada « Dada est idiot ». On négocie les limites. On se moque et s’excite un peu. Le moderne est l’idiot international (titre éternel). En jouant à l’idiot, on ne sait plus très bien ce qui est. Les choses ont l’air plus profondes quand elles nous échappent. À la limite de l’insignifiance tout est possible. On défend les fous et les minorités (salut Michel Foucault). Et les excuses sont nombreuses. La modernité a mis de côté la sagesse populaire et défèque gentiment sur la logique. « C’est notre projet ».

 

Lire aussi : Les obsédés de l’insaisissable

 

L’idiot est celui qui vit de hasard et d’accidents. On mime le niais. On disquali?e tout. On s’habille en clochard à des prix indécents. On veut ridiculiser les conventions, alors on manie la parodie avec des armes de samouraï (la contrefaçon de la contrefaçon de la contrefaçon). Tout est gag. On finira tous par faire le DJ en slip et casquette. On a déculotté la dignité. Les vices seront sous les néons et on aura bien rigolé. La plus grande dépravation du monde sans la dépravation. On se vautre et c’est cool. Nous sommes dans l’expérience immédiate, celle qui ne vaut pas grand-chose. La vie du plaisir, sans règles. La vie d’une chasse d’eau cassée. Hostile à l’intellectuel, au froid, à l’ordre, au pratique, on veut de l’intuition (maître Bergson sur un arbre perché). Nous sommes libres et nous rions du tout. On a putain de tout démystifié. « L’art c’est la vie ». La postérité est l’instant présent. Tout est éphémère. Toi, moi, le cul, ta baraque, tes gosses, ta beauté, ta connerie, ton argent placé. On célèbre donc l’instant et son actualité. Laisser une trace, on s’en fout. Les lendemains qui chantent aussi. La constante est qu’il n’y a que du fugitif et des expériences. La dernière émotion est dans le rire. « Propre de l’homme »

 

Stéphanie-Lucie Mathern

 

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