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Enfant délibérément privé de père, détournement de l’exercice de la médecine, marchandisation de l’humain : la présidente de la Manif pour tous avertit le gouvernement que le projet de loi sur la PMA, changement de paradigme qui nous conduirait droit au transhumanisme, suscitera une opposition massive dans la rue.
Lors de son discours de politique générale du 12 juin, Édouard Philippe a annoncé l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes. Quel est l’état de l’opinion à ce sujet ?
Les Français ne sont majoritairement pas favorables à l’ouverture de la PMA. La Manif pour tous a commandé un sondage à l’IFOP au début du mois de juin : 83 % des Français estiment qu’un enfant né d’une PMA a le droit d’avoir un père et une mère. Un pourcentage qui rejoint exactement le résultat de la consultation citoyenne organisée dans le cadre des États généraux de la bioéthique, ce qui montre que le sujet continue de fracturer la société française. Dans son rapport, le professeur Delfraissy, président du CCNE (Comité Consultatif National d’Éthique) est bien obligé d’avouer qu’il n’y a pas consensus sur une telle question, même s’il tait volontairement l’opposition massive qui s’est manifestée à l’encontre de la PMA dans le cadre de cette consultation. Cette précision est très importante puisqu’Emmanuel Macron avait posé comme condition de l’élargissement de la PMA un large consensus du corps social. Force est de constater qu’il n’existe pas à ce jour. Tout au contraire, sondages après sondages, l’opposition à la PMA « pour toutes » se renforce.
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N’y a-t-il pas une contradiction à déplorer la condition des mères célibataires et en même temps à autoriser une femme seule à recourir à la PMA ?
C’est la contradiction dans laquelle s’est enfermé Édouard Philippe dans son discours de politique générale. En effet, il a souligné les difficultés que rencontrent les mères célibataires sur le plan économique ou pour l’éducation de leurs enfants, et dans le même temps, il annonce l’élargissement de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, ce qui va générer encore plus de mères célibataires.
Effectivement, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Jean-Baptiste Lemoyne et Jacqueline Gourault ont pris position contre l’extension de la PMA, ce qui montre que même au sein du gouvernement, les choses ne sont pas si évidentes. Vont-ils se renier comme l’a fait sans aucun état d’âme Édouard Philippe ? L’avenir seul le dira. Ce qui est sûr, c’est qu’un tel revirement achèverait de discréditer la parole des hommes politiques.
Or, l’on sait que certaines vivent souvent dans des situations de grande précarité. Ce n’est pas pour rien que l’on voyait beaucoup de femmes au sein des Gilets jaunes… De même, le Premier ministre souhaite une grande ambition nationale pour l’écologie et dans le même temps, il réduit l’écologie au domaine de la faune et de la flore, en y omettant l’humain ; c’est contradictoire.
Plusieurs ministres ont affiché par le passé leur opposition à l’extension de la PMA. Pensez-vous qu’ils vont réagir ?
Effectivement, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Jean-Baptiste Lemoyne et Jacqueline Gourault ont pris position contre l’extension de la PMA, ce qui montre que même au sein du gouvernement, les choses ne sont pas si évidentes. Vont-ils se renier comme l’a fait sans aucun état d’âme Édouard Philippe ? L’avenir seul le dira. Ce qui est sûr, c’est qu’un tel revirement achèverait de discréditer la parole des hommes politiques. Quand on connaît le revirement de certains qui manifestaient pourtant à nos côtés en 2012-2013, on se dit que les hommes politiques ne brillent pas toujours par leur constance. Quant à Emmanuel Macron, il avait exprimé, au cours de la campagne présidentielle son avis favorable à la PMA mais à titre personnel sans en faire un engagement de campagne, comme cela est affirmé ici ou là. Si bien qu’aujourd’hui, il ne peut pas prétendre avoir purgé le sujet au cours de la campagne.
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Ferait-on un grand saut dans l’inconnu ?
C’est un changement complet de paradigme. D’une part, on ne mesure pas la grave responsabilité qui consiste à priver délibérément des enfants de père. C’est envoyer un signal à toute la société, en affirmant que les pères n’ont pas d’importance. On remet en cause la figure paternelle dans l’éducation des enfants. Or, l’enfant a besoin d’un père comme d’une mère. C’est si vrai que les partisans de la PMA affirment eux-mêmes qu’il sera nécessaire de placer auprès de l’enfant un référent masculin, par exemple un oncle ou un homme extérieur à la famille. Mais cela ne fera jamais un père.
Si on étend la PMA aux couples de même sexe et aux femmes seules, la France sera contrainte d’acheter des gamètes à l’étranger – par exemple au Danemark qui les commercialise, les étudiants vendant leur sperme pour financer leurs études – comme le font déjà la Belgique ou le Royaume-Uni.
De plus, on ne permet plus à l’enfant de se situer dans une généalogie et dans une histoire. À la deuxième génération, l’enfant n’aura pas de grand-père ; c’est toute l’inscription dans une lignée familiale qui saute. Enfin, c’est un détournement de la médecine laquelle ne consiste pas à satisfaire nos désirs mais à soigner nos maladies. En cela, la PMA relève du transhumanisme qui cherche à émanciper l’homme de sa condition. Le professeur Jean-Louis Touraine, grand militant de la PMA, affirme à ce propos vouloir « dépasser les limites biologiques » de l’homme et envisager la procréation sans sexe pour tous. C’est une pure folie !
On entre aussi dans une logique de marchandisation du corps humain.
Dans l’esprit du grand public, la marchandisation commence avec la GPA qui consiste à louer une femme pour obtenir d’elle un enfant. Mais la marchandisation concerne aussi la PMA. En effet, nous manquons actuellement de gamètes masculins pour faire face aux demandes des couples hommes-femmes souffrant d’infertilité et ayant besoin d’un tiers donneur (ils représentent 4,5 % des couples ayant recours à la PMA). Ces couples doivent parfois attendre de longs mois, voire des années dans certaines régions, pour obtenir un don de gamètes. Si on étend la PMA aux couples de même sexe et aux femmes seules, la France sera contrainte d’acheter des gamètes à l’étranger – par exemple au Danemark qui les commercialise, les étudiants vendant leur sperme pour financer leurs études – comme le font déjà la Belgique ou le Royaume-Uni. En France, cela contreviendrait directement à l’article 16-1 du Code civil selon lequel « le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial ». L’homme ne peut être réduit à un distributeur de sperme. Allez interroger les hommes pour savoir s’ils ont envie de distribuer à tout-va leur semence.
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Le paradoxe, c’est que la PMA est réclamée au nom de l’égalité alors qu’elle va engendrer de nouvelles discriminations.
C’est au nom d’une conception faussée de l’égalité que l’extension de la PMA est réclamée. En effet, le Conseil d’État comme le Conseil Constitutionnel ont rappelé chacun qu’il n’y a pas de comparaison possible entre la situation d’un couple homme-femme et d’un couple femme-femme au regard de la procréation et qu’il ne pouvait donc y avoir discrimination dans la situation actuelle. En revanche, cette loi créera des discriminations : il y aura d’abord une inégalité entre les enfants ayant un père et ceux qui en seront privés ; entre les femmes pouvant recourir à la PMA et les hommes ne pouvant pas recourir à la GPA (cette inégalité finira par entraîner mécaniquement la légalisation de la GPA) ; et enfin entre les couples homosexuels pouvant recourir à la PMA sans condition et les couples hétérosexuels pour lesquels subsistera une condition d’infertilité.
C’est aussi un projet qui porte en lui des dérives eugénistes ?
Par la PMA, on peut choisir les gamètes. Cela existe déjà aujourd’hui dans le cadre de la PMA réservée aux couples hommes-femmes. Et la loi n’encadre pas vraiment ces pratiques : c’est le biologiste réalisant la PMA qui choisit le tiers-donneur selon les critères de ce qu’on appelle « l’appariement » : afin que l’enfant ressemble le plus possible à son parent « social », on va chercher des gamètes issus d’un homme de même couleur de peau, d’yeux, de cheveux… Des tests génétiques sont également pratiqués.
« On ne mesure pas la grave responsabilité qui consiste à priver délibérément des enfants de père. C’est envoyer un signal à toute la société, en affirmant que les pères n’ont pas d’importance ».
Le biologiste a donc l’énorme responsabilité de choisir le père de l’enfant. Cette possibilité de sélection va être accrue du fait de l’extension de la PMA puisque les gamètes seront achetés et donc choisis sur catalogue en fonction de critères supplémentaires, de type QI, physiques, psychologiques, etc. Cette sélection sera également accrue parce qu’on changera notre manière de concevoir la conception d’un enfant : il sera un enfant qu’on commande et non plus un enfant qu’on « reçoit » tel qu’il est. Enfin, la PMA post-mortem sera légale, c’est-à-dire que les morts pourront avoir des enfants. Voilà à quoi peut mener une société individualiste comme la nôtre qui est guidée par la recherche effrénée de la satisfaction de nos désirs individuels.
Propos recueillis par Benoît Dumoulin
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