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Le jeu des 7 familles

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Publié le

11 août 2019

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Boomers et millenials. Deux générations qui structurent profondément la société française, plus généralement occidentale. Sont-ils tous identiques? Point du tout. Il existe autant de versions des boomers et des millenials que de catégories sociologiques et communautaires. Nous en avons retenu sept et… une surprise, dans une liste tout sauf exhaustive.

 

 

Bien entendu, ces caricatures grossières ne sont pas sans un fond de vérité. Certains personnages vous rappelleront même des connaissances, des amis, des membres de votre famille ou des célébrités. Ne vous en offusquez pas: au grand jeu de la bêtise, mère nature s’est montrée prodigue, n’épargnant pas plus les pauvres que les riches, et moins encore les jeunes que les vieux.

 

 

Lire aussi : DANS LA MÂCHOIRE DU PIÈGE À CON : NOUS ENTRE LES BOOMERS ET LES MILLENIALS

 

 

 

 

Famille Normie

 

© Illustration de Romée de Saint-Céran

 

Le Père

Ah, c’était mieux avant ! Au temps de Guy Lux, des Carpentier, de Ringo et Sheila, de Carlos, d’Eddy Mitchell et de tous les autres ! Mais l’époque offre d’autres plaisirs, plus colorés : le Magic System ou Black M. Et puis, on est champions ! Champions du monde !

 

On a aussi un président jeune et performant, quelques émissions de variété pas trop désagréables. L’un dans l’autre, on ne s’en sort pas trop mal dans notre petite maison. Le crédit est remboursé et la retraite tranquille. Parties de pêche, barbeuc’ et quelques boîtes de nuit rétro pour pimenter tout ça. Bon, il y a bien quelques immigrés un peu pénibles, mais la majorité est « bien intégrée », comme ce gendre qui fut d’une aide précieuse pour réparer la porte du garage et qui a taillé les haies. L’avenir, notre boomer normie ne sait pas trop ce que c’est, ce qui l’intéresse c’est d’abord lui. Peut- on l’en blâmer ?

 

 

Le Fils

Notre normie millenial votera pour les Verts, la République En Marche ou le Rassemblement national, s’il se souvient de la date et des enjeux. Disposant d’un compte pour chaque réseau social, il y commente assidûment ses émissions de télévision préférées : les Anges, Cyril Hanouna, The Voice ou le football. Sa chanson préférée est « Ramenez la coupe à la maison » de Vegedream. Fonction de son âge ou de ses origines, il choisira d’être fan d’Antoine Griezmann ou de Kylian M’Bappé.

Peu inquiet pour la suite, il pense d’abord à ses « copains » et à ses histoires de cœur, les ressemblances avec les scénarios des dernières séries à la mode n’étant en aucune manière fortuites. Pour les vacances, il espère pouvoir s’éclater une dizaine de jours à Benidorm en Espagne, endroit où il fera connaissance avec d’autres normies venus d’Europe du Nord et des Îles Britanniques. Avec un peu de malchance, il se fera un souvenir dans une bagarre de fin de soirée et avec une Anglaise dans son lit. Puis, septembre arrivé, reprendra le cours normie de son existence.

 

 

 

Famille Natio

 

© Illustration de Romée de Saint-Céran

 

Le Père

Défaitiste mais animé d’un esprit de résistance réel, le boomer fachosphériste ne manque pas une occasion de râler contre Micron et ses sbires, les musulmer(mans) et plus généralement les traîtres à la patrie. Parfois converti de fraîche date après une vie à la CGT ou venu de la droite à la papa amatrice de Michel Sardou, le boomer fachosphériste sévit principalement sur internet quand il ne met pas des lardons Herta dans les rayons halal de la supérette de son quartier.

Actif sur toutes les pages des médias, il appelle à une prise de conscience contre les envahisseurs, réclame la peine de mort pour le premier deal de cannabis, fustige les féminazis et n’a pas de mots trop durs contre les « collabobos ». Souvent, il regrette le bon temps, la France d’avant qui, selon la légende, n’aurait été peuplée que d’hommes forts à la Delon et de naïades en mini-jupes comme Brigitte Bardot. 

 

 

Le Fils

Évolution du boomer fachosphériste, son pendant millenial se veut templier des temps modernes, spartiate des stades de football. Vêtu en complet casu avec un marteau de Thor autour du cou, il est toujours prêt pour la bagarre contre ses ennemis les « racailles » et les « antifas ». Némésis de son cousin le millenial Bolcho, il le traque de manifestations de Gilets jaunes en soirées au pub.

Dégoûté de la politique, il juge que tous ses acteurs sont « pourris » et incapables de quoi que ce soit. Il se consacre donc à ses activités favorites: musculation, rédaction de commentaires incendiaires sur les réseaux sociaux et tentative de bâtir des communautés autonomes survivalistes. Advienne que pourra !

 

 

 

Famille Geek

 

© Illustration de Romée de Saint-Céran

 

Le Père

Premier de sa ville à posséder un minitel et une cibi, notre boomer geek s’est rapidement enthousiasmé pour les progrès de la technologie, ne ratant jamais une émission des Bogdanov ou la sortie d’un album de Jean-Michel Jarre. Très tôt, il a abandonné le rock primitif pour la grandiloquence du rock progressif et le son cosmique des synthés, persuadé que l’humanité était en passe de faire une « rencontre du troisième type ».

Cet ingénieur en retraite continue à sévir, notamment sur Facebook où il prodigue des conseils « techs » à d’autres boomers moins qualifiés, entre deux annonces prophétiques sur l’avenir du monde et l’invasion des « robots ». Son technoprophète s’appelle Laurent Alexandre et son Dieu, Wikipédia, site dont il est l’un des plus grands contributeurs français, ne cessant d’ajouter des notes de bas de page aux mauvaises biographies de ses héros. Le week-end, il entretient sa Citroën XM, aussi neuve qu’en 1991.

 

 

Le Fils

 

Forumeur célèbre sur jeuxvidéos.com, le millenialgeek gagne sa croûte en jouant en live à Fortnite Battle Royale sur YouTube. Ambitieux depuis que les geeks sont tendance, il projette de monter le tube de vidéos pornos le plus performant au monde. Il n’aura pas un futur de « no life », et encore moins d’ « incel ».

La politique, très peu pour lui. Il s’en tamponne royalement. Il faut dire qu’il n’a pas le temps avec ses Escape games du week-end, ses concerts de death métal, son blog consacré aux meilleurs hot-dogs d’Europe et ses études en fac de maths. Tout juste en a-t-il « marre des racailles » et critique-t-il l’Union européenne, après avoir découvert un best of des interventions de François Asselineau devant les partisans de l’UPR. De quoi franchir le pas lors de la prochaine élection ? Possible, si la nouvelle itération de World of Warcraft ne sort pas la veille ! 

 

 

 

Famille Bolcho

 

© Illustration de Romée de Saint-Céran

 

Le père

Abonné à L’Huma et à Libé depuis qu’il est en âge de gagner sa vie, le boomer bolcho a passé les quarante dernières années à militer. D’abord engagé au Syndicat national des instituteurs, il a fini chez Sud Éducation. Une vie à pester contre les « salauds de riches » et les bourgeois égoïstes. Une vie de « manifs » et de camaraderie entre profs. Une vie à éduquer des enfants aux idéaux marxistes?! Une vie toutefois entrecoupée de quelques placements habiles quand « l’économie marchait mieux », de coups de pouce des « camarades » pour l’avancement, l’école des enfants et les mutations, sans oublier le plaisir de la délation contre ceux qui tenaient des propos « fachos » en salle des profs ou qui ne voulaient pas payer leur cotisation au syndicat. Aujourd’hui, le boomer bolcho est inquiet et l’écoute intensive des meilleures chansons de Renaud et Jean Ferrat n’y change rien. La peste brune a pris plusieurs visages, menaçant la France. Enfin, tant que le pavillon ne se fait pas cambrioler par les Roms qui rôdent dans le quartier, il continuera à dormir sur ses deux oreilles.

 

 

Le fils

Ayant troqué le vieux blouson de cuir et le pantalon de clown babosse de son devancier des années 90 amoureux des œuvres musicales de Tryo, pour des cheveux violets et une tenue oscillant entre le cyberpunk et le beatnik dépressif, le millenial bolcho est de toutes les luttes intersectionnelles. Depuis le canapé de sa chambre décorée de posters de feuilles de cannabis et des grands héros du passé, il échange sur Twitter avec des transsexuels oppressés du Chiapas ou peaufine les derniers préparatifs de l’assaut de son lycée contre les politiques homophobes de Marlène Schiappa. Vegan convaincu, il salue les bouchers-charcutiers d’un bras d’honneur et traite les mémères à chats de tortionnaires atteintes d’un syndrome de « care giving » compulsif, comme le lui a expliqué sa meilleure amie née homme en fac de psycho. Son avenir est tout tracé : dissous dans une mare de vomi.

 

 

 

Famille Bling-Bling

 

© Illustration de Romée de Saint-Céran

 

Le père

Nostalgique des soirées tropéziennes des années dorées avant l’apparition du SIDA, le boomer m’as-tu-vu a néanmoins su s’adapter avec brio aux années 2010. Plus de montre Gérald Genta au poignet et de chemise dorée à col pelle-à-tarte, le boomer s’est embourgeoisé pour ses vacances biarrotes. En Mini Cooper clubman, il s’avance fièrement vers son dix-huit trous du jour, savourant une confortable retraite gagnée grâce à une savante spéculation immobilière et la vente d’un très profitable cabinet de chirurgie dentaire en banlieue de Bordeaux.

Depuis les trois retraites de Nicolas Sarkozy, il a arrêté de voter, préférant jouir du « présent » sans penser à l’avenir. Au programme : dîners entre amis dans les plus glorieux triples étoilés français, soirées au Rotary Club ou sorties en Zodiac. Il a « réussi » et vous emmerde cordialement.

 

 

Le fils

Rebelle, le millenial m’as-tu-vu a décidé de ne pas suivre les traces illustres de son papa et de son papy. Pour lui, la fac de droit n’était pas en option. Hors de question de finir avocat smicard la galère ! Le millenial m’as-tu-vu préparera donc une école de commerce pour « lancer sa startup ». Peu importe l’objet de la société, l’essentiel est ailleurs : être un winner. La bourgeoisie de province ça va cinq minutes, mieux vaut rejoindre l’élite mondialisée qui vit à Shanghaï et passe ses vacances en Floride. S’il affecte une certaine conscience sociale en public, il n’aspire qu’à quitter la France, ses impôts et ses boîtes de nuit pour ploucs où on « déteste les gens qui travaillent ». Va donc pour une « app » de livraison de canards en plastique à domicile et une start-up spécialisée dans la confection de « books » pour apprentis mannequins Instagram. Il va « réussir » et vous emmerde cordialement.

 

 

Famille écolo

 

© Illustration de Romée de Saint-Céran

 

Le père

C’est en écoutant Tri Yann et Alan Stivell que notre boomer écolo a découvert la beauté de notre mère la terre Gaïa. Vivant à la campagne entouré d’animaux de ferme et en autonomie complète, cet ancien professeur de biologie rêvait depuis longtemps d’un retour à la terre. Chose faite dans le Périgord où il a lancé un élevage de chèvres avec quelques amis rencontrés lors du festival de l’Île de Wight, pendant un trip hallucinogène sous psylo devant le concert mythique de Free.

Abonné à Limite et à La Décroissance, il n’a pas voté pour l’escroc Jadot, privilégiant l’authenticité de la liste Urgence Ecologie. Toutefois, il a une vraie sensibilité européenne et un amour inconditionnel de l’autre. En collaboration avec France Terre d’Asile, il a donc décidé de prêter sa maison à des « migrants » qu’il initie à la culture du potiron et à la pratique de la magie blanche traditionnelle celtique. Depuis quelque temps, il entend ses nouveaux protégés parler d’un certain Sheitan en le pointant du doigt. Bizarre…

 

 

Le Fils

 Greta ! Greta ! Greta ! La fin du monde est proche ! En 2050, l’humanité et la terre auront disparu. La nature sera vengée. Il est temps d’arrêter de blasphémer contre la planète. Pour y parvenir, notre émule de Greta Thunberg arrêtera d’aller à l’école pendant deux ans, consacrant toute son énergie à manifester, prenant autant de trains et d’avions qu’il faudra pour sauver les gastéropodes en danger. 

Armé d’un mobile dernier cri et d’un égo surdimensionné, le millenial écolo ne se nourrit que de graines de lins et d’eau de source, ne s’habille qu’avec des marques écoresponsables et n’écoute que le chant des oiseaux. Toujours prêt à donner des leçons de morale à ses criminels d’aînés, il est capable de dialoguer avec un pigeon plus facilement qu’avec un de ses congénères. On dit même de lui qu’il aurait des pouvoirs magiques, dignes de ceux des X-Men : télépathie, empathie totale, perception des auras naturelles. Après s’être fait stériliser pour éviter la fin du monde, il se reconvertira en psychologue pour cochons domestiques victimes de stress post-traumatique. 

 

 

 

Famille La Praline

 

© Illustration de Romée de Saint-Céran

 

Le Père

Survivant de mai 68, le boomer tratra en a pourtant conservé quelques séquelles. Aussi égoïste et jouisseur que ses congénères gauchos, il a lui aussi la prétention de donner des leçons de morale à la terre entière. Le cœur près du Pape et le portefeuille changeant au gré des allégeances, il saura choisir un maître susceptible d’avoir ses intérêts à l’esprit.

François Fillon était un meilleur choix mais Emmanuel Macron conviendra bien, pourvu que cela ne fasse pas trop de vagues. Après tout, les enfants sont tous installés hors de nos frontières, où ils poursuivent de très belles carrières, en partie grâce au réseau familial. Il faut vivre avec son temps se dit notre boomer tratra, qui a d’ailleurs d’autres chats à fouetter avec la réfection de la maison de famille de Sologne et la chorale paroissiale. Va donc pour Manu, pas pire qu’un autre.

 

 

Le Fils 

Haro sur le monde moderne, ce bouge rempli de dépravés et de nouveaux riches aux dents longues. Mais avant, il y a une soirée rallye à organiser. C’est qu’il faut se trouver une épouse à hauteur de la réputation familiale, ou époux susceptible de vous éviter une vie de labeur. Le tradi mytho pêchu porte son pantalon rose vif ou jaune, remonté au-dessus des chevilles. Les cheveux sont coupés façon Tintin dans les années 30.

Parfois, parvenu à l’âge adulte et assagi, notre millenial réac se dédit, et tel un vulgaire Guillaume Peltier feint d’être heurté par le très propre sur lui François-Xavier Bellamy. Il faut bien vivre, et vivre bien si possible. Convaincu d’être du côté des réfractaires, le millenial catho sait pourtant se montrer intéressé et narcissique – trait générationnel réunissant toutes les familles – mais l’« éducation » dont il est si fier lui servira d’argument d’autorité pour éviter tout mauvais procès. « Ça ne se fait pas. » 

 

 

 

Le Joker

 

© Illustration de Romée de Saint-Céran

 

Chaque jeu a son joker. Carte perturbatrice qui ne suit pas les règles assignées aux autres. Dans les grands conflits générationnels et sociologiques qui se jouent en France, le joker millenial n’est autre que l’immigré extra-européen de deuxième ou de troisième génération non assimilé, au comportement et au mode de vie de « racaille ». Jurant sur « le Coran de La Mecque » plutôt que sur les saints, ce millenial a une influence considérable sur les autres millenials. Sur Twitter, on le reconnaît à sa photo de profil, présentant généralement un personnage d’antihéros de manga comme Vegeta de Dragon Ball Z ou Ikki du Phénix des Chevaliers du Zodiaque. Aussi moraliste qu’amoral, le millenial « racaille » n’a pas été élevé par un boomer à proprement parler, ce qui le distingue des autres millenials. Il a, en revanche, reçu l’éducation générale de la société boomer. Le résultat obtenu par l’hybridation entre un schéma familial traditionnel et un  paysage médiatico-politique progressiste à la française, où le laxisme et la culture de l’excuse sont les règles d’or depuis au moins trois décennies, donne un véritable Golem incontrôlable.

 

 

Admiratif des rappeurs et des gangsters de cinéma, le millenial racaille aime flamber et ne craint personne. Paradoxe, il est « en même temps » ultra-réactionnaire. Pour le reste de la société, c’est un boulet, un poison du quotidien ; qu’on le croise au cinéma, dans le métro ou de nuit dans les bars, le millenial racaille ne cesse de jouer les fauteurs de troubles. Au mieux, il est un petit trafiquant de drogue. Au pire, il rejoint l’islamo-banditisme, allant jusqu’à commettre des attentats aveugles contre des innocents en pleine rue ou rejoignant la Syrie en imaginant recréer le Califat des origines. Son langage – sorte d’infra-français convoquant l’argot et l’arabe commun des pays du Maghreb – le distingue immédiatement aux yeux des autres, de même que son look ou ses goûts musicaux (PNL, Sofiane). Toujours plus merdeux et violent année après année, le millenial racaille n’a que faire des injonctions de la classe politique : il suit ses propres règles, tel le joker.

 

 

Par Gabriel Robin et Romée de Saint-Céran

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