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Éditorial monde : En piste Boris !

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Publié le

2 septembre 2019

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Quand il est élu à Londres en 2008, face au maire travailliste sortant Ken Livingston,  Boris Johnson bénéficie d’une image de marque sans égale.

 

Né New-York de parents engagés pour une mondialisation heureuse, ce conservateur éclairé, biographe de Churchill et de Shakespeare, a commencé comme éditorialiste au Telegraph avant de siéger au parlement de Westminster. En 2016, il quitte sa charge de maire sous les applaudissements mais décide, contre toute attente, de voter pour le Brexit. « Sans Boris Johnson, le vote Leave n’aurait jamais gagné le référendum », admet Matthew Elliot , directeur de la campagne du leave. 

Aussitôt, celui qui était un homme politique aussi génial qu’audacieux devient un fou furieux, un menteur, un escroc incompétent, un «clown» titre L’Express. « Johnson à la tête du Royaume-Uni, non merci ! » s’étrangle le quotidien Le Monde dans un éditorial au vitriol : « La liste de ses impostures, de ses bévues et de ses échecs n’a cessé de s’allonger (…) il tente d’humilier les dirigeants européens et ridiculise son pays sous toutes les latitudes par son amateurisme, sa légèreté et sa méconnaissance des dossiers. C’est cet homme-là qui prétend aujourd’hui prendre la barre du paquebot Britannia en détresse. Rivalisant de populisme avec l’extrême droite de Nigel Farage (…) « Boris » doit cesser d’être vu seulement comme un bouffon. Son entrée au 10, Downing Sreet serait une calamité pour son pays et pour l’Europe ».

 

Celui qui avait été salué pour ses positions gay-friendly et pro-immigration est désormais livré à la vindicte bourgeoise pour homophobie et racisme

 

On a connu le journal d’Hubert Beuve-Méry plus modéré dans ses propos mais il n’y a pas de crime plus grave que de s’opposer à l’UE. Celui qui avait été salué pour ses positions gay-friendly et pro-immigration est désormais livré à la vindicte bourgeoise pour homophobie et racisme. Lui dont on ne manquait jamais de souligner qu’il descendait d’un journaliste turc et d’un juif de Lituanie, lui qui avait ravi les Jeux olympiques de 2012, au nez et à la barbe de Paris, n’est finalement qu’un mauvais mari et un mauvais père. « Il a aussi choqué de nombreux Britanniques en comparant les femmes musulmanes voilées à des boîtes à lettres », s’in- digne l’agence AFP. 

 

Lire aussi : L’éditorial d’été : Dominos africains : attention les secousses

 

Fin connaisseur des coteries médiatiques, Johnson a compris que les journaux n’étaient plus les faiseurs de rois. Son génie est de savoir parler au peuple sans détour, ce que Donald Trump a tout de suite perçu. Pour parler directement aux électeurs qui se désintéressent de la politique, il n’y a qu’un seul moyen : choquer les éditorialistes et redonner de l’espoir au pays, leur dire que leur histoire nationale n’est pas terminée parce qu’ils ont toujours su se relever des pires épreuves. « Il n’y a qu’une façon de sortir ce pays de sa fatale roue de hamster, c’est de réaliser le Brexit d’ici au 31 octobre. Il faut en finir avec le défaitisme. J’ai l’énergie et la légitimité pour accomplir cette tâche (…). Le moment est venu de montrer que nous croyons en la Grande-Bretagne », a conclu le futur Premier ministre dans son débat face à Jérémie Hunt, finaliste malheureux de la course à la tête du parti conservateur. Boris Johnson ne plaisante plus. Le Royaume- Uni reprend les commandes.

 

Hadrien Desuin

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