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Monsieur Wong de Hong-Kong

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Publié le

4 septembre 2019

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Joshua Wong est l’un des leaders emblématiques de la contestation à Hong-Kong. A 23 ans, il s’est totalement engagé dans le mouvement de protestation actuel. Chrétien revendiqué, il est pressenti pour le prix Nobel de la paix.  Il a donné à Gabriel Robin et Jean-Guillaume Remise la dernière interview de lui, accordée à un média français avant son arrestation. Joshua Wong a été arrêté par les autorités de Hong-Kong, le 30 août 2019.

 

 

Hong-Kong est aujourd’hui la proie d’une crise politique et sociale qui dure au-delà des pronostics. Rattaché à la Chine en 1997, après des décennies de domination britannique, le territoire hongkongais a depuis lors cultivé une identité culturelle spécifique. Chinois, Honk-Kong l’est de fait. Mais Hong-Kong est aussi un peu plus que ça. Plateforme financière à l’importance stratégique majeure pour Pékin, ce comptoir commercial est aussi l’un des épicentres de la globalisation où résident de nombreux étrangers fortunés.

 

Des éléments que le révolté Joshua Wong a bien intégrés : figure de proue des insurgés d’Hong-Kong depuis 2014, année où il prit la tête de la révolte des parapluies, M. Wong est désormais connu du monde entier. Un documentaire de Netflix lui a même été consacré.

Peu loquace, le jeune homme fait montre d’une froide détermination, pas effrayé à l’idée de retourner dans les geôles chinoises pour sédition. Pour lui, Hong-Kong n’est pas un territoire administratif chinois, mais bien un « pays » souverain.

Il n’est donc pas étonnant de retrouver cet homme d’à peine 23 ans dans les cortèges disciplinés des manifestants pro-démocratie décidés à en découdre avec la garde rouge de l’omni-président Xi Jinping.

 

Peu loquace, le jeune homme fait montre d’une froide détermination, pas effrayé à l’idée de retourner dans les geôles chinoises pour sédition. Pour lui, Hong-Kong n’est pas un territoire administratif chinois, mais bien un « pays » souverain. Un point de vue qui risque de ne pas convaincre les autorités pékinoises, qui poursuivent les visées impériales de l’antique Chine. L’unité est un impératif pour l’Empire du Milieu qui voit dans chaque mouvement autonomiste un danger.

 

Les manifestants sont d’ailleurs aussi inflexibles que l’État chinois. Joshua Wong n’irait-il pas lui-même trop loin, quand il affirme sur Twitter que « la crise de Hong Kong dépasse de loin la simple crise politique, elle est surtout humanitaire. [La ville] a cruellement besoin d’intervention humanitaire et d’aide internationale » ? Hong-Kong serait-il en guerre ? En appelant à une intervention étrangère, Joshua Wong pourrait franchir la ligne rouge. De quoi l’avenir de Hong-Kong sera-t-il fait ? Le conflit peut-il avoir une incidence mondiale ? Nous le saurons bien vite

 

 

Lire aussi : Jean-Guillaume Remise : « Il y a désormais une fierté du libéralisme politique existant à Hong-Kong »

 

Vous êtes un très jeune homme. Pourtant vous avez déjà une longue expérience d’activiste. Quelles étaient vos motivations lors de la « révolution des parapluies » ?

Les Hongkongais veulent être les maîtres de leur destin, être souverains chez eux, et pouvoir librement décider de ce que sera leur avenir. Ce sont les raisons qui ont poussé les gens à rejoindre ce combat. Il est temps pour les plus jeunes d’être ceux qui font bouger notre société.

 

Est-ce que votre foi protestante a joué un rôle dans vos engagements ?

Oui. Je suis un chrétien et protestant. Mon prénom vient de la Bible. Cela m’a encouragé et m’a aidé à réaliser que j’avais la responsabilité de me battre pour une plus grande justice sociale et que nous devions tous ensemble aider les plus défavorisés qui sont menacés et qui vivent les pires vicissitudes. Le peuple a le droit à la liberté. Quand le peuple est menacé et que ses libertés fondamentales sont en danger, il a le droit et le devoir de se lever.

 

Qui sont vos modèles en politique et dans le militantisme ?

Je n’ai pas vraiment de modèles. En revanche, j’aimerais agir comme le Joshua de la Bible [Josué, ndlr] pour que mon pays natal soit un endroit où le peuple puisse agir concrètement sur son destin.

Nous avons été plus de deux millions à descendre dans les rues ce 16 juin. Pas simplement des jeunes et des millenials, mais aussi des Hongkongais issus de la génération du baby-boom. Pas seulement des gens des classes moyennes, mais aussi des hommes d’affaires et des PDG.

Avez-vous ressenti une évolution ou des changements entre le mouvement de 2014 et celui de cette année ? Le profil des manifestants est-il le même ? Leurs motivations ?

Il y a cinq ans, nous réunissions 200 000 personnes dans une manifestation au plus fort du mouvement. Nous avons été plus de deux millions à descendre dans les rues ce 16 juin. Pas simplement des jeunes et des millenials, mais aussi des Hongkongais issus de la génération du baby-boom. Pas seulement des gens des classes moyennes, mais aussi des hommes d’affaires et des PDG. Un ensemble extrêmement varié de Hongkongais a donc défilé à nos côtés.

 

Comment voyez-vous l’avenir de Hong-Kong ?

Je suis toujours très optimiste quand je pense à l’avenir de Hong-Kong parce que nous avons foi dans notre peuple, quand bien même nous ne plaçons strictement aucun espoir dans le personnage de Xi Jinping et dans ses orientations politiques.

 

Est-ce que Hong-Kong pourrait jouer un rôle d’aiguillon en influençant la Chine dans son ensemble ?

D’abord Hong-Kong. Après la Chine intérieure. Nous ferons de Hong-Kong un modèle qui prouvera que la soumission au régime autoritaire de Pékin n’est pas une fatalité et que le pays tout entier a le droit de vivre en démocratie.

Les Gilets jaunes montrent une même détermination populaire que nous.

Certains observateurs français ont établi des parallèles entre les évènements hongkongais et la crise dite des Gilets jaunes. Trouvez-vous la comparaison pertinente ?

Les Gilets jaunes montrent une même détermination populaire que nous.

Ils montrent aussi comment cette détermination protestataire peut nous aider à obtenir plus de libertés. Cependant, le peuple de HongKong formule des demandes de droits plus fondamentaux, plus simples. Nous voulons avoir le droit d’élire librement les dirigeants de notre cité, ce que les Français peuvent faire depuis longtemps.

 

Le gouvernement français semble gêné par ce qui se passe à Hong-Kong, n’ayant pas encore officiellement soutenu le mouvement. Avez-vous un message pour l’exécutif et le peuple français ?

Le gouvernement français devrait prendre une part plus active dans le mouvement de Hong-Kong, comme le font les gouvernements britanniques et allemands. Nous partageons ensemble l’amour de la démocratie et de la liberté. J’espère que les Français comprennent ce que signifie la montée en puissance du pouvoir de Pékin en Europe. C’est une nécessité pour le gouvernement français de soutenir ce qui se passe actuellement à HongKong parce que nous avons nous aussi droit aux libertés fondamentales dont jouissent les Français.

Notre mouvement ne s’arrêtera pas et nous manifesterons jusqu’à la fête nationale. Donc jusqu’au 1er octobre.

Vous avez passé quelque temps en prison. Pouvez-vous nous dire dans quelles conditions ? Avez-vous peur d’y retourner ?

J’ai été emprisonné à trois reprises. En prison, il n’y a pas internet ou le téléphone. Je ne savais même pas quelle heure il était. La crainte de retourner en prison n’aura pas raison de ma volonté. En vérité, cela me donne encore plus de courage et cela me rend plus fort. Et ce d’autant plus que 30 camarades ont été emprisonnés et 50 jugés au cours des deux derniers mois. La police de Hong-Kong a récemment avoué dans une conférence de presse avoir tiré plus de 1 000 grenades lacrymogènes pour décourager les manifestants. Notre mouvement ne s’arrêtera pas et nous manifesterons jusqu’à la fête nationale. Donc jusqu’au 1er octobre.

 

 

Propos recueillis par Gabriel Robin et Jean-Guillaume Remise

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