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Étude pour un suicide en quad

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Publié le

25 septembre 2019

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Son style à elle Par Stéphanie-Lucie Mathern

 

« L’abus d’un monde de la vision » Debord, La Société du spectacle / « L’avenir ressemblera à une banlieue de Stuttgart » JG Ballard, Super-Cannes / « À présent, j’étais devant les faits bien assuré de mon néant individuel » L-F Céline, Voyage au bout de la nuit

 

L’été commence ou est passé, on ne sait plus très bien, et avec lui les mêmes absurdités. Nous avons voyagé, en bon juif errant, un peu partout. Des routes qui ressemblent à des routines. Nos curiosités sont des salopes. Et nous essayons ailleurs sans fin, comme quand on se retourne dans son lit pour trouver le sommeil. On s’est habillés en demi-noir ou sous noir, célébrant le deuil du roi et les délires seventies. La mode doit être la plus belle introduction d’un code social inaccessible au langage, une carte de visite à décoder. La fraude faisant système, on a croisé de la déviance partout. Du contrefait à tous les étages, et le devenir banlieue encore un peu plus fort quand l’Algérie est victorieuse. On nous en a mis plein la tronche d’identité-chicha. Du quad à 180 degrés. Des hologrammes chameaux. La marche des fiertés.

On a construit une tour blindée justifiant nos façons de vivre, nos vices, et nos manques : « fier d’être impuissant », « fier d’être indéterminé », « fier d’être une grosse merde ».

« Fier », « être fier », chacun veut exalter ce qu’il pense être, alors que tout est leurre. Sans fin cette revendication du rien. La question des racines et des genres est devenue un carnaval ; la vraie question étant celle de la justesse. Tout est toujours à réformer. En attendant, c’est le triomphe du plus bête et du plus abject. C’est parce que le tambour est creux qu’il fait le plus de bruit. Les pulsions de meurtre sont encore plus régulières l’été, y compris sur soi : la saison étant la plus favorable au suicide (voir mon article du mois dernier). La promiscuité sans manteau encore moins acceptable. La réalité évolue en surface pas en profondeur (on est plus proche de Shanghaï et on a moins mal aux dents, mais globalement tout le monde s’en fout autant de tout « ça fera quatre lignes dans les journaux », un post Twitter et on passe à autre chose). On a construit une tour blindée justifiant nos façons de vivre, nos vices, et nos manques : « fier d’être impuissant », « fier d’être indéterminé », « fier d’être une grosse merde ».

 

Lire aussi : Is suicide a solution ?

 

Des feux d’artifice ont été tirés un peu partout, un peu pour tous les prétextes, artillerie festive, en pure perte, dépense sexuelle sans contact, le bouquet final. La lumière trop crue donnait l’impression de la surveillance perpétuelle. Parler à un être humain devient presque inutile, entre ce qu’on idéalise et ce qui s’incarne, autant rester seul à prier et surtout continuer à sourire sur les photos. Est-ce que deux existences quelconques qui s’élisent peuvent donner du positif ? Internet reste un marché permanent d’intimité à vendre et à acheter. Nous voilà tour à tour client et marchandise. À attendre sur le plus grand trottoir du monde. Heureusement l’art rend un peu de densité à l’existence. Le blouson du dernier Dupieux n’est pas si mal. La Palme d’or aussi. Montherlant reste un maître absolu : « Je garde l’autre pour en souffrir », dit Alvaro dans la pièce Le Maître de Santiago. Rideau. Tout est dit.

Et, puisqu’on parle de ridicule, d’art, et de fierté, j’ai moi aussi sorti une petite monographie bien nommée, Étude pour un suicide à l’eau de rose, où il est question – de façon totalement mégalomane, mais pour la bonne cause – d’exprimer l’humanité dans son détail par l’harmonie des couleurs et le bonheur d’un cadrage. Une petite merveille totalement surnuméraire, donc indispensable, à commander ici : bit. ly/desseins-slm

Du côté des arts plastiques, l’exposition « Préhistoire » à Beaubourg qui couple la Vénus de Lespugne aux pistolets d’Oldenburg et aux photos de Wenders n’est pas mal du tout, Thomas Houseago est un grand sculpteur et le musée d’art moderne l’a bien compris. Et, puisqu’on parle de ridicule, d’art, et de fierté, j’ai moi aussi sorti une petite monographie bien nommée, Étude pour un suicide à l’eau de rose, où il est question – de façon totalement mégalomane, mais pour la bonne cause – d’exprimer l’humanité dans son détail par l’harmonie des couleurs et le bonheur d’un cadrage. Une petite merveille totalement surnuméraire, donc indispensable, à commander ici : bit. ly/desseins-slm

 

Stéphanie-Lucie Mathern

 

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