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Afrique du Sud : 15 ans de réclusion pour un leader raciste

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Publié le

20 août 2022

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À la tête du Mouvement national de résistance chrétienne (NCRM), le pasteur Harry Johannes Knoesen a été reconnu coupable de tentative de coup d’État contre le gouvernement sud-africain et d’activités terroristes. Il projetait d’organiser un génocide de masse contre les noirs du pays, de provoquer une insurrection armée afin que les Afrikaners reprennent le pouvoir et réinstaurent le système de ségrégation raciale.
Harry Johannes Knoesen

Harry Johannes Knoesen, 64 ans, a été condamné à quinze ans d’emprisonnement, le 7 juin dernier. À la lecture du verdict par la Haute-Cour de Middelbourg, il est resté impassible. Avec quatre autres personnes, il a été reconnu coupable de cinq chefs d’accusation liés à un complot visant à renverser le gouvernement, de possession illégale d’armes à feu et de munitions, et de préparer des attentats terroristes contre les noirs sud-africains. Un verdict qui met fin à un procès de trois ans et une longue enquête de deux ans qui a permis aux services secrets sud-africains de l’arrêter fin novembre 2019.

Ancien membre des forces de défense sud-africaine (SADF), Harry Johannes Knoesen s’était reconverti en pasteur, assumant pleinement sa nostalgie de l’apartheid, le régime de ségrégation raciale qui a régi l’Afrique du Sud entre 1948 et 1994. Autour de lui, d’anciens militaires avec lesquels il avait fondé le Mouvement national de résistance chrétienne (NCRM). Persuadés de répondre aux préceptes de l’Ancien Testament, qui stipule que les noirs sont les descendants maudits de Cham, « que Dieu leur a ordonné de redonner l’Afrique du Sud aux Blancs », ses membres se surnommaient eux-mêmes les « Croisés ». Le NCRM avait vainement tenté une alliance avec un autre mouvement raciste, Eendrag Maak Mag, mais les tensions entre les deux groupes n’avaient pas permis de la rendre pérenne. Harry Johannes Knoesen avait alors développé des cellules armées de son mouvement à travers toute l’Afrique du Sud, notamment dans les villes de Brakpan, Pretoria, Mbombela, Bethléem, Vereeniging, Brits, Port Elizabeth ou Cape Town. Selon les rapports de police qui se fondent sur des « vocaux récupérés sur les réseaux sociaux », Harry Johannes Knoesen est un exalté qui était convaincu de la réussite de son putsch. « Les croisés, le NCRM est vraiment proche, vraiment proche de frapper et de gouverner ce pays. Ces meurtriers, violeurs, et sombres ordures de la terre (…) vont donc mourir par milliers (…) Restez près de moi (…) Influencez les autres (…) Utilisez votre arme à feu, sortez de chez vous. J’assume la responsabilité de tout ce que vous faites sous ma bannière », peut-on entendre dans une conversation, datée du 16 novembre 2019, quelques jours avant le début du supposé coup d’État.

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Toujours selon la porte-parole régionale de l’Autorité nationale des poursuites du Mpumalanga, Monica Nyuswa, le groupe avait prévu de poser des bombes à des endroits stratégiques de Middelbourg et au barrage de Sterkfontein, à Harrismith, dans l’État libre (d’Orange), afin de créer un chaos et ainsi de déclencher une insurrection afrikaner. Pis, l’acte d’accusation pointe la volonté du mouvement de planifier un génocide de masse en « utilisant une arme biologique chimique qui aurait été versée dans différents points d’eau des Townships afin de faire un maximum de victimes ». Une idée empruntée au « Project Coast », un programme scientifique mis en place par Pretoria au temps de l’apartheid et dirigé par Wouter Basson, surnommé le « docteur la mort » par la presse locale, qui prévoyait la stérilisation des femmes africaines, la diffusion de pathogènes mortels afin de réduire la population noire et le développement de pièges permettant d’assassiner discrètement des opposants au régime de ségrégation raciale.

Avec la dégradation de la situation économique et sociale de l’Afrique du Sud, une partie de la population afrikaner s’est radicalisée. Les mouvements racistes se sont multipliés comme des petits pains depuis les premières élections multiraciales de 1994, la plupart issus des rangs du célèbre Mouvement de résistance afrikaner (AWB), versant dans les théories complotistes et apocalyptiques (ainsi que le démontrent des papiers saisis au domicile de Harry Johannes Knoesen) ou faisant la promotion d’un État blanc séparé. L’Afrique du Sud a déjà connu par le passé diverses tentatives de déstabilisation gouvernementale. En 2002, plusieurs attentats avaient été perpétrés par le Boeremag. Le groupe suprématiste souhaitait chasser les noirs du pays et remplacer le gouvernement par un régime militaire exclusivement boer. En 2013, un complot, organisé par des Afrikaners radicalisés, visant à assassiner Nelson Mandela, avait été également déjoué. 

« Nous sommes satisfaits du jugement. Cela montre une fois de plus qu’une excellente collecte de renseignements et une enquête approfondie ont empêché un bain de sang dans le pays. Si l’attaque prévue n’avait pas été empêchée et interrompue, elle aurait conduit à une guerre raciale en Afrique du Sud », a déclaré le lieutenant-général Godfrey Lebeya à la sortie du tribunal.

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