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Agnès Marion : « Laurent Wauquiez croit-il vraiment qu’il va pouvoir conquérir, seul, le pouvoir ? »

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Publié le

22 janvier 2018

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AMARION

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À l’état-civil, elle a l’âge d’Emmanuel Macron, mais elle est tellement plus jeune ! C’est qu’elle sait qu’elle appartient à une civilisation qui remonte, au moins, à la grotte Chauvet. Agnès Marion, conseiller régional (FN) du Rhône, préside le Cercle Fraternité.

 

Si je vous dis : « La famille comme communauté entre une femme et un homme avec des enfants est la cellule centrale d’une société qui fonctionne et garantit la capacité des générations à la solidarité » ; si j’y adjoins des mesures concrètes, notamment sur le plan fiscal, en faveur des familles, vous dites quoi ?

Je dis bravo ! Je dis que vous avez compris qu’une politique digne de ce nom doit découler de principes anthropologiques. Je dis aussi que ce n’est pas près d’arriver en France, hélas. D’où tenez-vous cela ?

 

Du programme de gouvernement conclu, en Autriche, entre Sebastian Kurz et Heinz-Christian Strache

Eh bien ils ont raison !

 

C’est un gouvernement conservateur qui doit vous réjouir ?

Je ne me décrirai pas comme une conservatrice, en tout cas pas dans le moment historique que nous vivons. Je ne veux pas la conserver, cette société en déliquescence ! Je veux, au contraire, que nous renouions avec la tradition, qui est, elle, inscrite dans la longue durée, et qui, ayant été retrouvée, nous permettra de renaître. Vous connaissez la phrase de Mahler : « La tradition n’est pas la vénération des cendres, elle est la passation du feu .» La famille est le lieu premier, le foyer même, de cette transmission.

Concernant l’Autriche, le Pacte bleu turquoise, comme on l’appelle là-bas, est bien la preuve que l’on peut nouer des alliances à droite. Les conservateurs autrichiens ont eu le courage de se tourner, non pas vers leur centre, non pas vers leur gauche, mais vers leur droite, respectant ainsi le verdict des urnes. Puissent les Républicains, en France, avoir un jour ce courage…

 

© Léa Frct pour L’Incorrect

Pour conclure une alliance, il faut être deux. Le Front national la souhaite-t-il vraiment ?

On ne pourra pas en faire l’économie, ou alors cela signifierait qu’on se résoudrait à être éternellement dans l’opposition. Je suis persuadée que cette alliance finira par s’imposer à l’échelon local. Quand ? Où ? Avec qui ? On verra bien. En tout cas, dans la perspective des prochaines municipales, le Front national y est prêt.

Évidemment, c’est plus compliqué à l’échelon national, ne serait-ce qu’en raison de nos institutions. Mais Laurent Wauquiez croit-il vraiment qu’il va pouvoir conquérir, seul, le pouvoir ? Je siège dans sa région. En deux ans, il n’a pas accepté un seul des amendements qui étaient présentés par notre groupe pour la seule raison qu’ils émanaient du Front national. La preuve  : à plusieurs reprises, il a réutilisé un peu plus tard nos amendements, en les ayant juste réécrits… Pourquoi avoir fait semblant de ne pas être d’accord alors qu’il l’était, si ce n’est pour de pitoyables raisons politiciennes ?

 

Vous avez donné en décembre à Paris une conférence sur le thème de la « France durable ». Il y aurait une « France jetable » ou une « France éphémère » ?

La France éphémère, c’est celle qui est en train d’émerger depuis quelques décennies, où tout est jetable, y compris l’homme. C’est la France financiarisée, où il n’y a plus de gens qui exercent un métier mais des « personnes ressources ». C’est la France nomade, celle d’un monde où, comme l’a dit Jacques Attali, « les nations sont des hôtels ». C’est la France qui n’est même plus une « idée », ce qui était déjà une régression par rapport à sa réalité historique et géographique, mais une destination comme une autre, au hasard des migrations.

Le comble est que l’un de ceux qui ont le mieux décrit cela est… François Mitterrand. Un jour qu’on lui demandait si, lui aussi, il se faisait « une certaine idée de la France », il avait répondu : «La France, je la vis. J’ai une conscience instinctive, profonde de la France, de la France physique et la passion de sa géographie, de son corps vivant. Là ont poussé mes racines. L’âme de la France, inutile de la chercher : elle m’habite. » Quelques années plus tard, il arrivait au pouvoir, et, évidemment, ça se gâtait.

La France durable, c’est bien celle-là, celle dont il était issu, celle que, justement, il a profondément abîmée durant quatorze ans. La France durable, c’est la France qui s’inscrit dans la durée, une France où l’on sait qu’il y a un temps avant nous, qu’il y aura un temps après nous. Nous avons le devoir de nous rappeler que nous sommes le maillon d’une chaîne et pas des individus isolés dans le temps et dans l’espace. La France durable, c’est celle qui s’ancre dans sa civilisation et dans son peuple, lequel n’est pas interchangeable.

Les hommes ne sont déjà plus des hommes et les femmes sont malheureuses. Elles ont déjà vaincu leur prétendu oppresseur. Agnès Marion

France et transhumanisme sont donc antinomiques ?

C’est tout simplement homme et transhumanisme qui le sont.

Qu’est-ce que le transhumanisme sinon l’hubris portée à son paroxysme ? L’homme, qui était devenu simple consommateur, devient maintenant lui-même objet de consommation. Eh bien non : l’homme n’a pas besoin de cela pour avoir une valeur. Quel monde sinistre que celui où la valeur d’un homme serait mesurée selon le prix du marché de son rein ou celui de l’enfant qu’une femme porte pour une autre…

Comme quoi progrès scientifique et barbarie éthique fournissent une rime riche, mais cela on le savait depuis les horreurs totalitaires du XXe siècle.

 

Cela renvoie aux « principes anthropologiques » que vous évoquiez tout à l’heure ?

Oui, je trouve que ce qui manque en politique, c’est de s’appuyer sur des fondements anthropologiques. La droite les a complètement oubliés. Qu’est-ce qu’un homme ? Qu’est-ce qui fait que l’homme et la femme ne sont pas interchangeables ? Si on ne sait pas quelles sont les permanences sur lesquelles on a bâti notre civilisation, il ne faut pas espérer pouvoir la défendre, ni la réinventer. Pourtant si notre civilisation a été brillante, c’est parce qu’elle se fondait sur ces permanences anthropologiques et ça a plutôt bien fonctionné pendant des millénaires, non ?

Sans Clotilde, sans une femme donc, la France ne serait pas tout à fait la France ! Agnès Marion

Certes, mais comment traduisez-vous cela sur le plan politique ?

Par exemple en développant un vrai féminisme, dégagé des stéréotypes idéologiques. Les néo-féministes, déchaînées en ce moment, se partagent entre un féminisme de conflit et un féminisme d’indifférenciation. Dans les deux cas, le but n’est pas de défendre les femmes mais de tuer les hommes, au nom de je ne sais quelle revanche. D’ailleurs, si elles les défendaient, on les entendrait plus sur le recul de leurs droits face à l’islam dans certains quartiers, moins sur la couleur des cartables ou le prétendu sexisme de la langue française.

Or les hommes ne sont déjà plus des hommes et les femmes sont malheureuses. Elles ont déjà vaincu leur prétendu oppresseur, elles l’ont muselé et elles ne s’en portent pas mieux. Et si elles se demandaient pourquoi ? Et si c’était, tout simplement, parce que les femmes ne se construisent pas dans l’opposition avec les hommes mais dans la complémentarité.

Je note d’ailleurs que, selon la même dialectique, la gauche continue de nous expliquer qu’il doit y avoir moins de riches pour que les pauvres le soient moins. Ou que les uns doivent travailler moins pour que les autres puissent travailler plus. Eh bien non, ce n’est pas comme cela que cela fonctionne. Dans aucun domaine.

 

Vive Clotilde alors ?

Quel bel exemple puisque sans Clotilde, sans une femme donc, la France ne serait pas tout à fait la France !

 

Lire aussi : Lydia Guirous : « écrasons l’infâme islamisme »

 

Allez-vous porter ce discours dans le cadre de la « refondation » du Front national ?

Je vais m’y efforcer bien sûr. Mais il y a un préalable pour que cette « refondation » s’effectue sur des bases saines : que nous arrêtions, tous autant que nous sommes, de croire que l’ennemi est trop fort et que, si nous échouons comme nous venons de le faire, c’est de la faute de l’autre, celui qui est en face ou celui qui était dans nos rangs et vient de partir. Non, tout n’est pas de la faute de Philippot : bien qu’il y ait pris une large part, nous devons être capables de dire que, nous aussi, nous sommes en cause. Et nous poser des questions essentielles : pourquoi ne sommes-nous pas parvenus à sortir les Français de leur désespérance ? Comment les remobiliser et les convaincre de s’engager pour stopper la dissolution de la France ?

Ce n’est pas parce que le temps médiatique, devenu infernal, privilégie les gens qui exécutent le monde sur ceux qui pensent le monde, que nous devons nous abstenir d’asseoir notre discours sur un corpus solide et de mener une véritable réflexion de fond. Il y a encore un demi-siècle, hier donc, il ne serait jamais venu à l’idée des hommes politiques de se muer en simples gestionnaires ou techniciens : ils donnaient une vision. À nous d’en avoir une qui soit enthousiasmante et digne d’espérance pour les Français !

 

 

 

 

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