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Agnès Thill : « La loi sur le séparatisme supprime cette liberté d’enseignement qu’est l’instruction en famille »

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Publié le

19 janvier 2021

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Annoncé par Emmanuel Macron lors de son discours des Mureaux du vendredi 2 octobre, le projet de loi contre le séparatisme, renommé confortant le respect des principes de la République, sera débattu par la représentation nationale à partir de début février. Agnès Thill, député du groupe UDI et Indépendants, a déposé un amendement visant à supprimer l’article 21, qui menace d’après elle la liberté d’enseignement. Entretien.
Agnès Thill

En quoi considérez-vous que la loi confortant le respect des principes de la République constitue-t-elle une atteinte à la liberté d’enseignement ?

L’article 21 supprime tout simplement cette liberté d’enseignement qu’est l’instruction en famille. Le gouvernement va vous dire qu’il ne l’abolit pas, car elle sera toujours possible ; mais ce sera seulement par dérogation. Vous pourrez demander l’autorisation, et selon votre cas, vous l’aurez peut-être, en fonction des quatre situations où cette dérogation sera légale. Par exemple, les raisons de santé. Il faudra vraisemblablement davantage de justifications au fil du temps. Nous ne sommes donc plus dans un régime de droits mais d’interdiction. C’est cela qui est une atteinte à la liberté d’enseignement.

Le gouvernement profite-il de ce projet de loi pour avoir un plus grand contrôle de l’éducation des enfants ?

Oui, je trouve qu’il profite de cette crise sanitaire où les gens sont appliqués à survivre et ne peuvent pas se mobiliser. Je pense à la loi bioéthique qui passe en ce moment au Sénat, et contre laquelle la mobilisation est extrêmement compliquée. La loi contre le séparatisme doit renforcer les principes républicains, et l’objectif louable est de lutter contre l’enseignement de l’islam rigoriste. Mais l’article 21 punit tout le monde, y compris ceux qui sont totalement vertueux avec leurs enfants, qui se déclarent, et acceptent les contrôles.

Je suis évidemment d’accord pour que l’État s’occupe des enfants qui reçoivent dès trois ans un enseignement islamiste. Mais je ne comprends pas pourquoi on embête tous les autres

Il suffirait de croiser les fichiers pour gérer ceux qui posent problème. Je suis évidemment d’accord pour que l’État s’occupe des enfants qui reçoivent dès trois ans un enseignement islamiste. Mais je ne comprends pas pourquoi on embête tous les autres. Cela signifie que la seule éducation possible devrait être celle de l’État. Or, il se trouve que celle-ci est loin d’être parfaite. Par exemple, en science et en langues étrangères, nous sommes moins bons que beaucoup de pays développés.

Le problème de cette loi est-il seulement dans l’article 21 ?

Honnêtement beaucoup de choses sont bonnes dans cette loi. À cet égard, je peux également faire un parallèle avec la loi bioéthique, dans laquelle la PMA n’avait rien à faire, et ne correspondait à aucune avancée scientifique particulière. Il ne faut pas être contre tout. Dans la loi « Respect des principes de la république », il y a des choses très utiles, et je ne veux pas tout rejeter. Par exemple, une transparence sur le financement des lieux de cultes est une bonne chose. Certaines personnes disent que le problème est que toutes les religions seront impactées, alors que c’est principalement le financement de certaines mosquées qui est visé. Mais je ne pense pas que l’idée d’une transparence soit idiote pour autant. C’est le problème des lois fourre-tout. C’est pénible de devoir s’opposer à une loi en raison d’une petite partie.

Cette loi sur le séparatisme cible-t-elle le problème ?

Le problème, comme dans l’article 21, est que tout le monde est mis dans le même panier. Ce qui devrait être ciblé, c’est l’islamisme. On voudrait par exemple, qu’une personne condamnée pour terrorisme ne puisse pas être à la tête d’une mosquée. C’est tout. On ne devrait pas impacter les autres religions alors qu’elles n’ont pas les mêmes problématiques. C’est cet article 21 qui est vraiment dangereux selon moi. Il ne faut pas entraver la liberté familiale. On dirait que les parents pondent simplement des enfants, et qu’à trois ans, il faudrait les donner à l’État.

Lire aussi : Projet de loi contre le séparatisme : menace pour l’Église catholique ?

Pourtant, l’éducation proposée par l’État dans certains endroits n’est pas merveilleuse, loin s’en faut. Dans certaines banlieues, certains voudraient fuir. La possibilité d’inscrire son enfant à la maison doit exister, avec des contrôles si cela est nécessaire. Mais il ne faut pas punir tous ceux qui donnent une bonne éducation à leur enfant. Surtout que cet article n’atteint pas sa cible. Lorsque j’étais directrice d’école en 2015, quatre élèves avaient refusé de faire la minute de silence suite aux attentats. Un élève avait dit « ils l’ont bien mérité ». Ils étaient pourtant à l’école publique depuis leur jeune âge et recevaient l’enseignement de l’État. On se trompe de cible avec cet article.

Avez-vous espoir que votre amendement soit retenu ?

J’ai espoir, sinon je ne le ferai pas. De plus, il y a toujours la possibilité d’un recours (il faut 60 députés) au Conseil constitutionnel. L’article 21 tel qu’il est aujourd’hui représente une atteinte à la liberté d’enseignement. Il signe l’incompétence de l’Éducation nationale, car la première dérogation est le motif de santé et prouve que l’inclusion ne fonctionne pas. Les enfants autistes ou d’autres pathologies ne peuvent être scolarisés contrairement à ce que peuvent dire des beaux discours. Enfin, j’ai espoir parce qu’il y a d’autres députés qui défendent le même type d’amendement que le mien : un amendement de groupe demande la suppression de cet article.

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