La couleur n’est pas toujours nécessaire, on sait qu’elle passe avec le temps, alors autant commencer par ce qu’il reste : l’ombre et la lumière. Alain Delorme définit son équilibre, son harmonie, il dispose les masses sombres et les masses claires, comme on organise une scène qui sera le champ du possible. Puis il déploie les courbes des gris pour qu’un paysage prenne corps dans la lumière. Il s’agit de Venise. Venise en noir et blanc. Elle nous est offerte en détail et uniquement pour nous.
Lire aussi : Romain Olive : l’obsession christique
Le peintre a choisi une arête, un mur, le fameux pont… Il veut que celui qui regarde se sache privilégié, nous voilà unique touriste en pérégrination. Le point de vue offert glisse imperceptiblement vers l’abstraction et nous incorpore. Ce que nous voyons devient le souvenir anticipé de ce que nous avons aimé. On finira par tout confondre, c’est toujours comme ça. En attendant, nous tanguons devant les toiles d’Alain Delorme. Les murs ont une chair, l’eau a une peau, le ciel un souffle. La toile est en léger mouvement, elle vibre dans notre désir. La sobre élégance des gris exige de nous un silence qui s’emplit de noblesse. On finit par se sentir élu. Nous savons désormais que la lumière est un bain.
Les peintures d’Alain Delorme sont visibles chez l’artiste, 98, Grande Rue de Saint-Clair, à Caluire (69)





