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Alexandre Jardin : Citoyen réparateur

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Publié le

28 mai 2026

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© Benjamin de Diesbach

Il y a très longtemps dans l’autre siècle (à la fin des années 80), Alexandre Jardin avait tout pour m’énerver. De quelques mois mon aîné, il semblait jouir de toutes les gâteries de l’existence. Né en 1965 dans une famille brillante (son père était le scénariste Pascal Jardin), il était beau, décontracté, facétieux et avec ça… modeste. Et sans doute plus horripilant que tout, Alexandre Jardin disposait d’une grâce qui m’échappait comme l’eau filante entre les doigts : le succès ! À vingt ans, il toucha le gros lot avec son premier roman Bille en tête. En 1988, son livre Le Zèbre fut distingué par le jury du prix Femina. De quoi énerver… Quarante ans plus tard, je retrouve mon séduisant romantique sur les marches de l’église parisienne de Saint-Philippe-du-Roule. Les cheveux sont poivre et sel, la silhouette s’est arrondie, la taille n’est pas si grande, le prestige s’est émoussé. Voilà un garçon enfin sympathique. Sympathique comme le combat qu’il mène depuis des mois contre les ZFE (zones à faibles émissions). Ces péages anti-pauvres conçus dans les cerveaux malades des écolos-progressistes, qui empêcheront bientôt les pauvres de rentrer en voiture dans les villes. Alors quand on habite en province, quand on est banlieusard, quand on est propriétaire d’un vieux bahut à essence, on crie : « Vas-y Alex, vas-y bouboule, rentre leur dedans ! »

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Rien ne prédisposait pourtant Alexandre Jardin à devenir le héros des classes populaires. École alsacienne, Sciences Po, chroniqueur sur Canal +, Alexandre Jardin collectionnait tous les stigmates de la racaille bourgeoise parisienne. Racaille pour qui la vie hors du périphérique a toujours relevé du folklore tibétain. Romancier à succès souhaitant échapper à son hérédité, Jardin décide en 1999 de partir à la découverte de la France oubliée. « Je ne voulais pas que la notion de citoyenneté se résume au droit de vote, résume le sexagénaire. Il fallait faire quelque chose, réparer un pays fracassé. » Pour être concret, il lance l’opération « Lire et faire lire ». « Auprès des 20 000 bénévoles, j’ai découvert l’extraordinaire créativité du pays profond. Aujourd’hui, nous faisons lire plus de 750 000 enfants dans une soixantaine de départements. » Fort de cette expérience, Alexandre Jardin fonde en 2015, le mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre. L’ambition est de résoudre les maux touchant les secteurs de l’éducation, l’emploi, la santé et l’écologie par des initiatives citoyennes. Il veut tabler sur le bon sens contre la bureaucratie parisienne. Le 3 décembre 2016, Alexandre Jardin déclare sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. Il ne réunit pas les 500 parrainages requis. Dès lors, il s’installe dans un village de l’Aude avec femme et enfants. « À l’hiver 2024, j’achetais mon pain à la boulangerie, lorsqu’un homme désespéré m’expliqua qu’il ne pourrait plus désormais aller en ville, chercher ses enfants en voiture. C’était le début des ZFE, ce tri humain séparant les riches écolos, ayant les moyens de s’acheter des voitures électriques, des prolos pollueurs, propriétaires de moteurs thermiques. J’ai fait un tweet, le lendemain 500 000 personnes l’avaient lu. » Révolté par ce mépris social flagrant, Alexandre Jardin lance en janvier 2025 le mouvement des #Gueux. Mouvement qui obtient le retrait du projet ZFE à l’Assemblée nationale en mai 2025. Depuis les progressistes reviennent à la charge. Le gouvernement a déposé un amendement le 14 avril 2026, permettant aux villes de mettre en place les ZFE. Libre à ceux qui voudront exclure de le faire ! « Il n’y a pas de liberté dans la ségrégation », clame Alexandre Jardin qui entend mener la contre-attaque. « Dès cet été, nous allons lancer une campagne de référendums sur les ZFE comme sur le coût de l’énergie. Il n’y aura pas de salut pour la France sans réveil démocratique. »

Auteur d’une vingtaine de romans et de nombreux scénarios, Alexandre Jardin trouve-t-il encore le temps d’écrire ? « Parfaitement, répond l’intéressé. Je viens d’écrire un roman : La Femme qui inventa l’amour, précisément pour parler d’amour. Si on ne remet pas l’amour au cœur de nos valeurs, qu’allons-nous devenir ? »

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