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Eddy de Pretto, narcisse agressif

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Publié le

4 février 2021

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Parce que la pop culture, malgré ses joyaux, est avant tout une sous-culture de masse, il ne faudrait pas oublier de prendre du recul et de la gifler tous les mois. L’Incorrect tient à votre hygiène mentale, voici la rubrique Antipop.
eddy de pretto

Ceux d’entre vous qui sont nés dans les années 80 s’en souviennent sûrement : au début de la décennie, le groupe Bronski Beat affolait les charts avec Small Town Boy, tube synth pop désespéré qui évoquait la solitude d’un jeune homosexuel dans l’Angleterre post-industrielle de Thatcher. Rythmique imparable, mélancolie à fleur de peau, arrangements minimalistes : aujourd’hui encore la chanson fait mouche.

Près de quarante ans plus tard, la culture gay s’est imposée jusqu’à intégrer l’idéologie dominante, relayée par le monde politique et tout un phalanstère de critiques inféodés. Aujourd’hui les « small town boys » montent à Paris pour faire carrière dans le marketing viral et ouvrir des boulangeries communautaires déconseillées aux cisgenres. Bien que la marge d’hier soit devenue la norme, elle continue pourtant de donner dans la revendication putassière, pour preuve nos chanteurs contemporains, pressés de masquer leur vacuité artistique en exhibant leurs sexualités soi-disant « opprimées ».

L’arrogance chétive

C’est pourquoi des chansonniers venus de nulle part apparaissent cycliquement pour monopoliser en quelques semaines les couvertures de Télérama et des Inrocks : c’est le cas d’Eddy de Pretto, découvert en 2017 et passé aussitôt du statut de parfait inconnu à popstar certifiée. Coiffure de prépuce, regard faussement évanescent, de Pretto cultive savamment son look d’inverti fragile, dissimulant à grand-peine un ego surdimensionné que trahit cette espèce d’arrogance chétive si souvent mise en avant par les identitaires gays. Le small town boy n’a plus droit à la mélancolie, il doit au contraire faire éclater au grand jour sa sexualité et l’imposer à grand renfort de rimes narcissiques et de beats synthétiques.

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Eddy de Pretto est le reflet presque parfait, tout juste masculin, de l’insupportable Christine and the Queens. Les deux ont en commun cette androgynéité fadasse qui fait se pâmer les médias – on est bien loin de David Bowie. Si le gay ne doit plus être flamboyant, s’il entretient à dessein son apparence « normcore », c’est pour mieux imposer une sorte d’individualisme caractériel, qui passe systématiquement par des chorégraphies agressives, robotiques et saccadées, comme pour compenser leur absence totale de chair authentique : ainsi se désarticulent des automates répondant à tous les stimuli compassionnels de la société du narcisse.

Vociférer son petit mal-être

En fait, on se demande vraiment à qui ce genre de musique est adressé : pas assez intello-subversive pour les mondains, trop précieuse pour animer les bals populaires, elle correspond in fine à cette bande-son que l’industrie produit seulement pour imposer ses nouveaux dogmes et vaseliner l’imaginaire du peuple. Dans son dernier simple en date, Bateaux Mouches, de Pretto évoque ses débuts : il se produisait sur les péniches parisiennes devant des tablées de touristes placides. « J’avais envie de hurler, de tout casser », confie l’eunuque au Quotidien, et son clip de le mettre en scène en train d’effectuer une sorte de ridicule coming out revanchard devant la clientèle du bateau-mouche, pour finir debout sur une table, en slip et chaussettes blanches, à vociférer son petit mal-être.

Ce clip résume parfaitement à quoi ressemble ce genre de revendications communautaires : loin d’établir un constat sociologique ou d’initier un romantisme de l’abandon, ces artistes en mousse n’ont qu’une envie, celle de déployer leur ego à l’infini sans aucun souci d’autrui, tout isolés qu’ils sont dans leur bulle communautaire. On est passé en une génération du small town boy au big ego guy, de la mélancolie stylée au déballage public de ses petites misères.

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