Voici venu le temps du rockabilly électronique post-yéyé. Il faut, paraît-il, de tout pour faire un monde. Et le monde a attendu Marlon Magnée, leader de La Femme, pour que ce genre musical (dont je viens de trouver la terminologie) se fasse entendre. Pourquoi définir ainsi les quatorze chansons qui composent l’album Dark Star ? Faisons vite : on y entend des guitares à la Stray Cats (rockabilly) cachées derrière des nappes de claviers synthétiques et des boucles tourbillonnantes (électronique) sur lesquelles sont posées des paroles naïves et inquiétantes (post-yéyé). Le cocktail laisse songeur : il est pourtant réussi.
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Mêlant français et anglais d’un titre à l’autre, Marlon Magnée, petit malin talentueux, joue sur différents tableaux. Les tempos sont rapides, les morceaux interprétés pied au plancher, et l’on s’imagine là-dessus danser un twist sous Dexedrine enchanteresse. Une boîte-à-rythme bat inlassablement la mesure, fait entendre le cœur euphorique de cette musique hypnotique. La guitare est là pour nous sortir de nos torpeurs mécaniques et semble être comme le souvenir d’un monde englouti sur lequel on aurait tiré à la mitraillette. Sur la photographie qui orne la pochette, Marlon a les cheveux rasés et peroxydés des punks de 1977 ; une lavallière pour le clin d’œil aux racines américaines ; une pose de trois-quarts qui rappelle les portraits photographiques des dadaïstes ; et enfin, comme signature esthétique, une bande rouge sur le côté gauche comme une filiation aux disques électroniques première génération. Le garçon nous raconte une histoire, s’intègre à celle-ci, sachant bien s’aider de références marquantes et savamment compilées. Il mélange à sa guise les registres pour faire naître son style parmi ce patchwork musical. Et c’est ainsi que se lance la carrière solo de celui qui cartonnait avec son groupe La Femme.
Dark Star est un disque aussi dansant qu’angoissé. Ses rythmes effrénés semblent l’expression d’une tension nerveuse qui doit sortir et exploser envers et contre tout. C’est un tank mélancolique, une roue électrique qui ne cesse de tourner. La fête triste, dont tout le monde parle, fait entendre son écho. Malgré ça, Marlon Magnée cherche à dépasser ses ressentiments (« Tristesse, douleur, vous m’avez provoqué, maintenant c’est moi qui vais vous exterminer ! ») et à remuer la chair par-delà les gouffres (« Allez m’oublie pas, reviens en moi »). Les ombres des fantômes de femmes perdues ou retrouvées peuplent Dark Star. Mais surtout, l’espoir d’une rencontre pour se sauver de soi-même, l’amour comme une drogue indispensable qui fait se sentir vivant (le très bon titre « La première »). Tous les signes d’une nouvelle ère sont pour Marlon Magnée réunis ici : le besoin de se défaire d’un encombrant et décevant passé, de faire peau neuve et musique nouvelle. Force est de constater qu’il y parvient avec un brio insolent et signe le début d’une carrière solo qui risque d’être enchanteresse.






