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Audiovisuel public, la culture à gauche ?

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Publié le

18 octobre 2017

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Audiovisuel public- L'Incorrect

 

[qodef_dropcaps type= »normal » color= »red » background_color= » »]l[/qodef_dropcaps]a culture est depuis longtemps une arme aux mains du pouvoir qui la façonne à son gré. Il serait extrêmement naïf de penser qu’elle puisse être neutre. Dès lors qu’il se trouve un ministère pour la gérer. Et qu’il tient entre ses mains l’audiovisuel public.

 

Quelle culture l’État promeut ?

 

La France est dotée d’un service audiovisuel public aux moyens financiers conséquents (4,5 milliards d’euros prévus en 2018, ce qui représente plus d’un tiers du budget du ministère de la culture et la plus grosse part de son budget). L’audiovisuel public, c’est sept chaînes de télévision, sept fréquences radio, (sans compter les 44 France bleu régionaux), mais également le groupe France Médias Monde (RFI, France 24, MCD), et TV5 Monde et Arte qui appartiennent en partie à l’État ; Public Sénat et la Chaîne Parlementaire, financées par le Parlement. On est donc en droit de se demander quelle part de ce budget du ministère de la culture est réellement allouée à la culture, soit à ce qui a trait au divertissement au sens noble du terme et à l’enrichissement intellectuel et critique. Et de se demander quelle culture l’État promeut par ce biais.

Force est de constater avant tout que, France musique mise à part, qui traite exclusivement de culture et dont en 2015 l’un des deux orchestres était menacé de disparition, les émissions faisant la part belle à la culture ne sont pas légion. Et qu’un grand nombre d’entre elle sont idéologiquement orientées par une pensée de gauche, au sens où Jean-Claude Michéa la définit, soit un libéralisme progressiste qui interdit toute discrimination et, partant, toute forme de critique libre. Sinon sur la forme. Ainsi les critiques se trouvent-elles souvent réduites à la technique (littéraire, cinématographique, plastique…) laissant vierge le fond de la pensée, le libéralisme interdisant de facto à une pensée de l’être et du monde d’imposer sa prééminence à une autre, et le progressisme condamnant in petto toute remise en question des formes artistiques et littéraires tenues pour modernes, donc bonnes.

 

Tour d’horizon des émissions culturelles

 

France Culture

À La grande table d’Olivia Gesbert sur  France Culture on croise des réalisateurs, des comédiens, des écrivains, des penseurs. On peut aller jusqu’à entendre Pacôme Thiellement ou Yannick Haenel, mais on aimera toujours mieux conspuer Alain Finkielkraut que l’inviter. On lui préfère le féminisme de combat, celui qui n’a pas vu qu’il avait gagné, car tout ce qui l’obnubile, c’est la représentation des femmes à la tête des conseils d’administration des grandes entreprises. On lui préfèrera également Emmanuel Todd.

Les Chemins de la philosophie d’Adèle Van Reeth nous mènent heureusement hors des sentiers battus et il faut avouer que la jeune protégée de Raphaël Enthoven s’en sort bien. Parler de Descartes en compagnie de Jean-Luc Marion, de l’identité française avec Sophie Guérard de Latour, Alain Finkielkraut et Thierry Laugée, mais encore de Péguy, Nietzsche, Thoreau, Heidegger, Bergson, Corneille et être régulièrement l’émission la plus téléchargée du groupe Radio France, peut nous faire espérer que tout n’est pas perdu. Et que l’on peut commencer avec Nicolas Demorand et ne pas trop mal s’en sortir.

De Matthieu Garrigou-Lagrange et sa Compagnie des auteurs, qu’y a-t-il à dire sinon qu’il s’incline facilement devant le progrès, employant ainsi avec une gourmandise étonnante les très vilains néologismes écrivaine, auteure et bientôt autrice, qui, du reste, caractérisent bien Marie Darrieussecq qu’il a invitée à parler de Virginia Woolf, celle-ci ayant retraduit un de ses ouvrages dont la couverture rose a laissé perplexe notre journaliste. C’est tout de même un peu genré comme couverture pour un écrivain dont on veut faire avant tout une féministe bisexuelle. À ce niveau de critique littéraire, on reste circonspect. Nous pourrions encore suggérer qu’il préfère convoquer les grands classiques morts que les écrivains vivants, cela demandant moins d’engagement personnel, mais ce serait peut-être injuste.

Restent La dispute d’Arnaud Laporte, qui chaque soir s’intéresse à un art (littérature, musique, spectacle vivant, arts plastiques…) mais prend souvent des allures d’entre soi où l’auditeur se sent de trop et où l’on se dispute gentiment entre gens du même sérail, c’est-à-dire de L’Humanité, des Inrocks, du Monde, de France Culture, France 24, Art Press L’Obs…; enfin, À voix nue, « qui recueille les paroles, les réflexions de celles et ceux qui marquent notre temps » et peut ainsi offrir une semaine d’antenne à Pierre Bergé.

 

France Inter

C’est principalement sur France Inter que règne comme chacun sait l’absence de diversité. Si l’on évacue les niaiseries matinales de Nagui et d’Ali Rebehi qui tiennent lieu de culture pour estomacs détraqués, il reste la chronique d’Augustin Trapenard qui aurait pu être quelqu’un s’il n’avait préféré travailler au côté de Yann Barthès avant de finir à France Inter où il récupère les mêmes invités qu’à France Culture, pour une version soft, c’est-à-dire plus allégée.

L’une des émissions les plus nourrissantes de l’antenne, L’humeur vagabonde de Kathleen Evin ayant été repoussée au dimanche après-midi pour donner la place à Laure Adler (L’heure bleue) qui règne toujours sur Radio France, quoique dans l’ombre, c’est son combat progressiste qui souffle sur les soirées de France Inter, Laurent Goumarre étant en quelque sorte son obligé et son Nouveau Rendez-vous celui de la culture horizontale assumée, heureusement contrebalancée par la présence de Christophe Bourseiller.  Entre les deux émissions, Michka Assayas propose désormais une heure consacrée au rock.

Ajoutons Jérôme Garcin et son Masque et la plume du dimanche où l’on défend les écrivains bon chic bon teint et ricane ouvertement du chef de la Nouvelle Revue Française, Michel Crépu, quand ilale malheur d’évoquer un roman d’Olivier Maulin, romancier pour le moins incorrect mais autrement talentueux que les auteurs de littérature à la mode, c’est-à-dire vide, que vendent le chroniqueurs de Elle, des Inrocks ou de Télérama.

 

Le reste

Le petit frère du Masque et la plume nous est présenté sur France 5, la chaîne télé de France Télévisions dédiée au décryptage, au partage des savoirs et à la transmission des connaissances, dans La Grande Librairie de François Busnel tous les jeudis. Celui dont Nabe écrit qu’il essaie de faire croire chaque semaine qu’il est le nouveau Pivot, a essayé une fois de crever un peu l’ambiance policée et pour ainsi dire fort ennuyeuse de son émission littéraire en invitant Mehdi Meklat ; il faut dire qu’il ne peut pas avoir Le Clézio à chaque fois. Il s’en mord toujours les doigts.

Depuis l’éviction de Frédéric Taddéi et de Daniel Picouly (que l’on ne regrette pas), voici à peu près tout ce qu’il reste de culture sur France Télévisions, si l’on exclut les grands reportages consacrés au patrimoine comme les indéboulonnables  Des racines et des ailes et Thalassa, la culture pop faussement rebelle d’Arte, les chroniques convenues de France 24 et La cité du livre d’Emilie Aubry sur LCP, laquelle présente aussi les Thema d’Arte, souvent passionnants mais toujours politiquement orientés. Pas de quoi refaire un monde.

 

 

Retrouvez l’article sur le politiquement correct à la télévision

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