À Raminagroville, Modeste Minet et son chien Robert se transforment, la nuit venue, en Supermatou et son cerveau-chien, s’envolent et font régner l’ordre que ne parviennent pas à troubler des hordes de malfrats qui sèment la pagaille en voulant s’enrichir sans travailler – car telle est la vie nocturne des villes de province dans les bandes dessinées. C’était du temps où Pif accueillait des dessinateurs talentueux et des coloristes adorant les couleurs vives, du temps où les typographies étaient molles et les scénarios inclassables. Supermatou, droit sorti des années 70 (ce volume regroupe des histoires parues entre 75 et 78), est une débauche de roses, d’oranges et de violets, de cases surchargées (mais lisibles), de personnages ahurissants, de maisons vivantes et de dialogues soigneusement écrits.
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Les histoires ? Le méchant récurrent est un bébé avide et maléfique, Agagax (« intraitable téteur tyrannique »), un épicier fou hypnotise toute la ville grâce à ses nouilles faites maison pour vendre à prix d’or du saumon fumé, un hyper-expert-comptable-à-moteur (il a une clé dans le dos) vole à 53 km/h en suivant partout Supermatou… Poirier mélange avec bonheur Benoit Brisefer et Mordillo, ajoute un peu de King Kong et de Superman, dessine la nature comme Macherot la rêve, surveille le Concombre masqué sans tomber dans ses outrances, ose tout sans braver l’honnêteté, évoque l’actualité de façon si détournée qu’on peine à déceler la satire sociale. C’est du Achille Talon avec moins d’ironie et plus de fantaisie, une échappée libre dans l’imaginaire populaire.

SUPERMATOU, T.1,
JEAN-CLAUDE POIRIER, Revival, 296 p., 39 €





