Fabriqués à partir de matières organiques, ils représentent actuellement 8,4 % de la production d’énergies renouvelables en France. Les biocarburants se divisent en deux grandes catégories: le biodiesel (produit à partir d’huiles issues de matière première d’origine végétale, animale ou de déchets) et la bioessence (dont l’éthanol, fabriqué à partir de betteraves à sucre, de céréales ou de marc de raisins), qui représentent respectivement 81 % et 19 % de la consommation de biocarburants en France. Cette consommation a été multipliée par cinq entre 2005 et 2016 grâce à une politique de soutien très actif de l’État. En ce qui concerne l’utilisation, ils doivent être mélangés à des carburants d’origine fossile : ainsi en 2019, 7,9 % de l’énergie contenue dans l’essence était d’origine renouvelable, contre 7,3 % dans le gazole.
Sur le papier, leurs avantages seraient nombreux. Ils permettraient de réduire les émissions en CO2 résultant de la combustion – celles-ci étant compensées par le CO2 absorbé par les plantes durant leur croissance –, de réduire les coûts du carburant (le superéthanol-E85 coûte actuellement 0,90 € le litre environ) et de retrouver pour partie notre souveraineté énergétique.
À y regarder de plus près pourtant, le bilan n’est pas sans accrocs. En utilisant des plantes nourricières, les biocarburants concurrencent directement le secteur alimentaire, ce qui pose un problème politique et moral évident au regard de la faim dans le monde. Et les données sont vertigineuses: d’après l’ONG Transport & Environnement, 78 % des matières premières utilisées en Europe pour produire du biodiesel sont issues de colza, de palme, de soja ou de tournesol. Pis encore, pour le bioéthanol, la proportion de produits agricoles (maïs, blé, betteraves) atteindrait les 96 %. En tout et pour tout, plus de trente millions de tonnes de produits agricoles européens étaient converties en biocarburants en 2020. Ce risque d’empiétement sur l’alimentation, donc aussi de hausse des prix, a incité l’Union européenne à limiter à 7 % la part de ces carburants d’origine agricole dans l’énergie des transports par pays membre.
La promesse d’une réduction des gaz à effet de serre ne serait quant à elle pas remplie. En 2016, des études de la Commission européenne et de Transport & Environnement rapportaient que les biocarburants entraîneraient une hausse de 3,5 % des émissions. Le biodiesel serait particulièrement en cause puisqu’il émettrait 80 % de gaz à effet de serre de plus qu’un litre de diesel pur (dans le détail: 1,2 fois pour le biodiesel issu du colza, 2 fois pour le soja, 3 fois pour l’huile de palme). En cause : la réaffectation des sols, certes difficilement mesurable – les chiffres sont par-là critiquables – mais souvent omise dans les présentations positives. Ainsi, la production d’huiles en tout genre est l’un des facteurs premiers de déforestation dans de nombreux pays d’Amérique du Sud ou d’Asie du Sud-est, déforestation qui participe au réchauffement climatique et attente dangereusement à la faune.
En mai 2021, un avion effectué le vol Paris-Montréal en utilisant un carburant à base d’huiles de cuisson usagées
Les biocarburants ne vont enfin pas résoudre notre problème d’indépendance énergétique, puisqu’ils sont en partie fabriqués à partir de produits étrangers (53 % du biodiesel européen serait fabriqué à partir de produits importés), ou même directement importés depuis l’étranger (Brésil et États-Unis produisent à eux seuls 85 % de l’éthanol mondial). Face à ces multiples problèmes posés par la première génération de biocarburants, chercheurs et industriels travaillent dans deux directions pour le moins prometteuses. Les biocarburants de deuxième génération, élaborés à partir de la biomasse lignocellulosique (déchets agricoles, résidus forestiers, plantes dédiées) devraient arriver massivement sur le marché dans les années à venir. Ainsi en mai 2021, un avion effectué le vol Paris-Montréal en utilisant un carburant à base d’huiles de cuisson usagées. En Savoie, certaines dameuses tournent au GH-3, biocarburant obtenu par la méthanisation de déchets et de fumier. Récemment, Veolia annonçait l’ouverture en Finlande d’une solution industrielle pour produire du biométhanol à partir de pâte à papier. Une troisième génération de biocarburants, élaborés à partir de microalgues, est par ailleurs en phase expérimentale, notamment à l’Institut biosciences et biotechnologies d’Aix-Marseille, et devrait s’affirmer d’ici 2030. Autant d’éléments prometteurs dans l’optique d’un futur mixte énergétique propre et souverain.





