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Boissons d’enfant, boissons d’adulte

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Publié le

20 janvier 2022

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Ce que nous buvons, ce que nous mangeons, reflète non seulement notre culture et notre éducation, mais aussi notre anthropologie, notre vision de l’homme. Avec le sucre, l’adulte est par exemple maintenue dans une enfance perpétuelle.
Coca

Que ce soit pour les fêtes de Noël, pour les anniversaires de famille, pour les grands moments de la vie, le repas n’est jamais neutre ; il dit ce que nous sommes. L’invasion des sodas, comme boisson désaltérante ou comme boisson de repas, témoigne de l’infantilisation marquée de nos sociétés. Le soda, c’est le sucre, les exhausteurs de goût, les arômes artificiels, les couleurs franches et simples ; de quoi flatter le palais, les sens, les papilles enfantines. Le sucré est le premier goût que les enfants développent. Puis, en grandissant, leurs papilles gustatives développent d’autres saveurs, notamment l’acide et l’amer. Cet acide qui contracte les lèvres et fait faire la grimace, cet amer qui rebute et repousse. Les terribles endives au jambon, à peine sauvées par la crème béchamel ; la gentiane dont la robe d’or dissimule des saveurs traîtresses ; le thé et ses paysages multiples.

L’enfant y préfère les frites, le sucre et le sel, les boissons à base de cola et le chocolat chaud, bien sucré et fondant. Il y a donc des saveurs de l’enfance et des saveurs de l’âge adulte, marquées par le passage du sucré salé à l’acide amer. Le goût, comme pour tous les savoirs, s’éduque et s’apprend. D’abord les premières gorgées, qui provoquent les grimaces, puis les mets appréciés et recherchés. Fini le chocolat chaud, les steaks hachés et les gâteaux ; vivent les rognons, la joue de bœuf et les vins rouges des terroirs de France. L’évolution du goût marque le passage de l’enfance à l’âge adulte.

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Désormais, tout est fait pour maintenir l’adulte dans une enfance perpétuelle. La victoire des fast-foods, du ketchup sucré et des sauces salées et, dans le vêtement, des baskets et des pulls à capuche. Une enfance perpétuelle pour une génération qui ne veut pas devenir adulte, ou à qui il n’a pas été donné cette possibilité de le devenir. Le soda plutôt que le vin, le coca plutôt que les coteaux de Loire et de Bourgogne. Et quand il s’agit de prendre de l’alcool, de mauvais whisky et de mauvaises vodkas, agrémentés de sodas ; toujours le sucre, toujours les couleurs vives. Ainsi, dans nos boissons et nos habitudes alimentaires se manifeste le syndrome de Peter Pan, cet attrait pour l’éternelle enfance qui culmine dans le sentimentalisme. Qui imaginerait Jean Gabin buvant un soda à l’orange ou Jean-Paul Belmondo sirotant une boisson énergétique avant de partir en cascade ?

Le goût du sucre efface la complexité du goût, comme le sentimentalisme efface la complexité du monde. Le vin est un produit vivant, il évolue dans la bouteille, il s’améliore, atteint sa forme optimale, se dégrade ; il est l’image de l’homme. Le soda ne bouge pas. Bourré de produits chimiques, il délivre partout le même goût, quelle que soit la température ou la latitude. Il n’est plus un homme, il est un robot. Le sucre et l’industrialisé l’emportent sur l’amer et le terroir, le simpliste sur la complexité. Ce n’est pas qu’une question de goût, mais aussi de pensée. Défendre la pluralité des terroirs, c’est défendre la complexité de l’homme.

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