Les Bastiais, ou du moins certains, dont l’auteur de ces lignes, furent quelque peu désappointés à la vue des décorations de Noël ornant la ville : si la chronique médiatique s’est focalisée sur le vaudeville se jouant entre le maire de la ville et la préfecture, au sujet de l’installation d’une grande roue, personne n’a relevé le choix fait par la mairie en matière de message lumineux ; en effet, au lieu d’un « Bon natale » (Joyeux Noël) le maire, Pierre Savelli, et son équipe ont préféré opter pour le très inclusif « Bone Feste » (Bonnes fêtes). Ainsi, la municipalité « autonomiste » bastiaise (coalisée avec des socialistes et des divers droite), qui se targue de défendre l’identité historique et culturelle corse, préfère se mettre au diapason de nombreuses métropoles, françaises ou étrangères, ou encore de certains leaders politiques zélotes du globalisme, celui-là même qui écrase identités historiques, coutumes ancestrales et sociabilités traditionnelles et que de vrais « nationalistes corses » devraient combattre, au moins autant, que l’État français.
Si nous récusons la rupture avec la France, nous ne tenons pas pour intrinsèquement toxique la défense des « petites patries » ; elle peut même être nécessaire, face à un État sclérosé par une bureaucratie tatillonne et déconnectée et à une Commission européenne aussi attentive aux territoires qu’un sourd peut l’être à la neuvième symphonie
Nous ne sommes, nous devons le préciser, pas nationalistes ou autonomistes corses : cependant, si nous récusons la rupture avec la France, nous ne tenons pas pour intrinsèquement toxique la défense des « petites patries » ; elle peut même être nécessaire, face à un État sclérosé par une bureaucratie tatillonne et déconnectée et à une Commission européenne aussi attentive aux territoires qu’un sourd peut l’être à la neuvième symphonie ! Quant au séparatisme pur, nous la tenons beaucoup plus pour une réaction des populations à l’action de gouvernements qui, depuis longtemps, ont abandonné la nation ; oui, Renan avait compris l’importance des grandes choses faites dans le passé pour l’existence d’une nation : quelles grandes choses nos gouvernements proposent-ils depuis 40 ans ? Monsieur Macron veut transformer la France en État fédéré européen, où, le Français, débarrassé de cet encombrant fardeau souverain, pourra s’adonner aux joies du métissage pour tous, tout en se rappelant qu’il n’est que pécheur, ou plutôt bourreau, vis-à-vis des « non-blancs ». Un avenir qui, immanquablement, fait réfléchir certains, sur la possibilité d’un réel vivre ensemble. Détruire la nation, c’est encourager les séparatismes, surtout dans des régions comme la Corse, qui conservent malgré tout un certain enracinement ; pour preuve l’affluence aux processions rythmant le calendrier chrétien, les nombreux jeunes engagés dans les confréries et l’attachement de tous au village de leurs ancêtres.
Le vote pour les nationalistes corses est intimement lié à la problématique identitaire, la Corse étant en proportion de sa population l’une des régions subissant le plus grand nombre d’arrivées d’étrangers. La population de l’île compterait, selon les chiffres officiels, 50 000 musulmans, pour une population globale de 300 000 personnes, une population beaucoup plus jeune que des autochtones grisonnants et moins prolifiques. Les Corses ne s’y trompent pas, qui votent massivement RN aux élections présidentielles et européennes. Au plan local, en revanche, séparatistes et autonomistes raflent la mise, comme un sondage publié en 2012 l’avait démontré, où la moitié des sympathisants de « Femu à Corsica » (parti de Gilles Simeoni) déclaraient avoir voté pour Marine Le Pen ; la population a aussi fait montre d’une saine capacité de réaction à Sisco (affaire du burkini), ou lors d’une agression de pompiers dans un quartier du « vivre ensemble » à Ajaccio.
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Pourtant, du président du Conseil exécutif au maire de Bastia, en passant par le président, indépendantiste, de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, tous ne savent que parler avec affèterie du vivre ensemble ; de la « communauté de destin » ; de la Corse, terre d’immigration ; de la tolérance ; de leur volonté d’ouvrir les ports aux bateaux de clandestins,. C’est beau du Harlem Désir dans le texte. Leur allant est inversement proportionnel quand il s’agit de reconnaitre symboliquement les racines chrétiennes de la Corse (une proposition faite à l’assemblée des jeunes par un membre du groupe Ghjuventu di u centru dirittu, rejetée par tous les jeunes nationalistes, très largement majoritaires), refus d’autant plus choquant, que Pascal Paoli, dont ils se réclament, plaça la Corse sous la protection de la Sainte Vierge ; ils justifièrent ce refus par leur volonté d’éviter toute stigmatisation et de maintenir un cadre des plus neutres et accueillants… pour nos amis les réfugiés ! À ce stade, il est inutile de préciser leur totale absence de mobilisation pour défendre le mariage traditionnel en 2013. Le maire de Bastia par contre prit grand plaisir au parrainage d’une association LGBT, dont le double objectif est de les « faire sortir du placard » : selon eux, de nombreux Corses refuseraient d’étaler leur vie sexuelle ce qui, par définition, est mal ; et de les protéger face à des agressions. Agressions, de l’aveu même du fondateur de cette structure, d’une très grande rareté. Les membres du FLNC ayant fait de la prison doivent être heureux de savoir que, grâce à leurs sacrifices, Bastia pourra bientôt accueillir une Gay pride !
Les membres du FLNC ayant fait de la prison doivent être heureux de savoir que, grâce à leurs sacrifices, Bastia pourra bientôt accueillir une Gay pride !
Quel paradoxe que de voir les défenseurs de l’existence du peuple corse ignorer tous les ferments de ce qu’est la Corse et de ce que pourrait être le peuple corse, exception faite de l’invocation rituelle de la « révolution démocratique » que représente leur victoire (les victoires de leurs opposants étant systématiquement des tricheries clanistes) et la langue corse. Cette dernière peut effectivement, constituer un élément identitaire déterminant : imagine-t-on la France, la Russie, la Hongrie ou l’Italie sans leurs langues respectives ? Nous pouvons citer Wismann : « On ne parle pas seulement en langues, on pense en langues : il est impossible de détacher la pensée de la langue ». Toutefois, certains peuples n’ont pas ou plus de langue propre, ou encore plusieurs langues, donc la langue peut tout aussi bien être accessoire ; elle n’est déterminante qu’à la condition d’une relation symbiotique avec un territoire, son Histoire et sa culture. Sans cette relation féconde au passé, la langue ne peut grand-chose, elle n’a, sans mauvais jeu de mots, rien à dire. Pourtant, c’est ce à quoi nous assistons avec les nationalistes corse : pour eux, cinq ans de résidence et une bonne maîtrise du corse devraient suffire à faire de n’importe qui un Corse de la « communauté de destin » ; en raisonnant par l’absurde vous pouvez être islamiste polygame et corse, du moment que vous parlez la langue corse… L’autre pilier de leur nationalisme est la « révolution démocratique » : il serait possible de saluer ce discours, qui pourrait rappeler l’idée démocratique grecque classique, de devoirs civiques. Malheureusement, cette invocation permanente ressemble bien plus à la phraséologie des politiciens de grand chemin, avec leurs indispensables « valeurs républicaines » : les séparatistes corses trop français, on aura tout vu !
Mais ce manque de substance du séparatisme corse est-il si étonnant ? Ou au contraire, cette pente était-elle inévitable ? Il est intéressant de constater que les nationalistes corses se sont fédérés autour de thématiques principalement écologistes, socio-économiques et surtout de dénonciation de la société traditionnelle corse, qui a longtemps reposé sur une logique claniste. La question n’est pas de discuter de la légitimité de ces combats, simplement de dresser un constat. Ils s’associèrent d’ailleurs assez spontanément, via une frange maoïste très influente à la naissance du FLNC, aux combats du « tiers-mondisme » plutôt qu’à la glorification d’encombrantes figures guerrières comme Sampiero Corso, Napoléon, ou plus proche de nous, Fred Scamaroni ; ils préférèrent la captation, même minime, du tribut compassionnel auquel les damnés de la terre peuvent prétendre. Ils n’ont d’ailleurs de cesse de remuer la tourbe des souffrances passées, afin d’y déceler le moindre élément à charge contre la puissance coloniale française ; peut-être le soir dans le confort de leurs appartements de fonction rêvent ils secrètement à la découverte d’un génocide, ou à l’institution d’un régime d’apartheid, qui permettrait enfin à la Corse de devenir une victime comme les autres ! À noter aussi que l’émergence du séparatisme, coïncide avec la fin de la société rurale traditionnelle corse ; eux-mêmes, consciemment ou pas, ne s’y trompent pas, le glissement sémantique, dans leurs discours, du terme d’indépendance vers celui d’émancipation est, à ce titre, révélateur, ce nom ayant l’insigne avantage d’être suffisamment équivoque, pour recouvrir aussi bien une logique nationale, qu’individuelle.
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Or, ce soubassement idéologique rend les séparatistes corses totalement inaptes à un positionnement dans le camp des « somewhere » ; selon la théorie des clivages de Lipset et Rokkan, un nouveau clivage, de nos jours somewhere/anywhere, se construit tout d’abord entre deux camps refusant radicalement le projet de l’autre, entraînant ensuite des divisions au sein mêmes des camps en présence, sur les modalités du projet. Chez les anywhere par exemple, nous pouvons voir poindre un clivage entre « globalistes libéraux » et « globalistes écolos ou altermondialistes » (nous n’assimilons évidemment pas toute l’écologie à eux) ; les séparatistes corses sont des anywhere de la seconde espèce, plutôt Jadot de que von der Leyen, plutôt Montego Bay que Davos…
Cela les condamne très sûrement au surplace, tant les peuples aujourd’hui attendent des politiques capables de réponse à l’angoisse identitaire. Ce plafond de verre, leurs amis écossais le connaissent, madame Sturgeon préférant dénoncer la politique migratoire de Donald Trump que le souvenir des guerriers highlanders lors des révoltes jacobites. Les indépendantistes catalans, eux, sont heureux d’avoir transformé Barcelone en capitale de la prostitution et de combattre la langue castillane, si vigoureusement, que les immigrés hispanophones évitent désormais la Catalogne, laissant la place aux immigrés africains…L’absence « d’assurance » identitaire a permis aux forces anti-sécessionnistes, bien que souvent impopulaires, d’empêcher l’indépendance, en jouant sur la peur de l’aventurisme économique.
Ce plafond de verre, leurs amis écossais le connaissent, madame Sturgeon préférant dénoncer la politique migratoire de Donald Trump que le souvenir des guerriers highlanders lors des révoltes jacobites. Les indépendantistes catalans, eux, sont heureux d’avoir transformé Barcelone en capitale de la prostitution et de combattre la langue castillane, si vigoureusement, que les immigrés hispanophones évitent désormais la Catalogne, laissant la place aux immigrés africains…
Les insuffisances des séparatistes pourraient être une force pour la droite en Corse : cependant, si ses membres ne manquent pas d’intelligence et de compétence en matière de politiques publiques, politiques pour lesquelles monsieur Simeoni a largement échoué, leur imagination politique, elle, est aussi évanescente que la rosée du matin. Leur horizon se résume, la plupart du temps, à une défense pavlovienne du tourisme de masse – bien habile à l’heure du retour des épidémies – et à la promesse de rapports apaisés avec un président la République, largement détesté par la majorité des Corses. La Corse paraît donc condamnée à l’immobilisme à moyen terme, avec un bloc nationaliste dominant, mais dans l’impasse et des oppositions faibles et incapables de se régénérer et un électorat se réfugiant dans l’abstention.
Malgré tout, bon natale à tous, y compris à la majorité bastiaise.





