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Carpenter brut de décoffrage

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Publié le

17 avril 2018

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carpenter © Carpenter Brut

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Cocorico! Une fois encore, la France est à la pointe de l’innovation en matière de musique électronique. Décryptage de la « synthwave », un genre sombre, nostalgique, et pourtant résolument moderne.

 

C’est une vérité désormais généralement admise : en matière de musique électronique, la France est un splendide incubateur de talents. Si le rock’n’roll hexagonal peine à trouver son public en dehors de nos frontières, cela fait bien longtemps que le monde nous envie nos artistes électroniques. Nul besoin de citer Air, Phoenix, Justice ou Daft Punk, leurs noms résonnent à toutes les oreilles (on oubliera cependant David Guetta, en espérant qu’un jour le monde puisse nous pardonner son existence). Or, c’est aujourd’hui avec la synthwave que la France frappe fort. Si le genre a débuté avec Teenage Color, de College, c’est la bande-son de Drive, emmenée par Kavinsky, qui donne le point de départ du mouvement.

 

 

Perturbator, de son vrai nom James Kent, dévoile une musique ciselée, sombre et tranchante comme la lame d’un couteau plantée dans un abdomen lors d’une nuit sans lune, tandis que Carpenter Brut déploie les méandres d’une musique fortement inspirée par les fictions des années 1980 : une esthétique tantôt giallo, tantôt rétrofuturiste. L’univers de Carpenter Brut évoque autant le personnage du jeu vidéo Duke Nukem que l’œuvre de Howard Philip Lovecraft, auquel il a d’ailleurs rendu hommage en participant à la bande-son d’Escape From Midwich Valley, inspiré de la nouvelle « Le Cauchemar d’Innsmouth ».

 

Brut, indépendant, vivant

 

Après trois E.P acclamés et réunis en vinyle sous le nom de Trilogy, Carpenter Brut sort aujourd’hui un nouvel album, Leather Teeth, autoproduit, car sa notoriété a progressé au large de l’industrie musicale, et parce que le projet possède son propre label. Un succès qui l’aura tout de même conduit de la petite scène du Social Club à celle de l’Olympia, puis jusqu’au festival américain de Coachella. Indépendant, mais néanmoins frileux (l’attaché de presse a décliné notre proposition d’entretien avec la tête pensante du projet: Franck Huesco), nous rendrons à César ce qui est à César en déclarant que Carpenter Brut est l’un des projets musicaux les plus excitants de ces dernières années, une aventure électronique passionnante autant sur disque que sur scène où, accompagné d’un guitariste et d’un batteur, il évite ainsi l’écueil de nombreux musiciens du genre, dont le live peut s’avérer si ennuyeux (il est difficile d’être émouvant caché derrière son PC).

 

 

La puissance live de Carpenter Brut est d’ailleurs constatable sur l’album CARPENTERBRUTLIVE, permettant une véritable redécouverte des morceaux studio. Quant au nouvel album, on peut dire qu’il est surprenant. Difficile d’accès au premier abord, il fait la part belle au chant et aux giclées de synthé 80’s, et si on ne peut s’empêcher de le trouver un rien décousu, il n’est pas du tout, en revanche, dénué d’intérêt. Certes, il n’était sans doute pas très raisonnable d’ouvrir l’album sur un titre aussi fabuleux que la piste qui donne son nom à l’album, « Leather Teeth », tant elle affadit la suite en comparaison. Pourtant, les incursions gothic rock (« Cheerleader Effect ») témoignent d’une volonté d’évolution au-delà de ce qui avait fait le succès de Trilogy.

 

Sombre et perturbé

 

Autre grand de la synthwave, Perturbator a commencé en 2012 avec un E.P autoproduit, Night Driving Avenger. Sa musique est, elle aussi, gorgée de références pop culture des années 1980, façon Streets Of Rage et culture VHS (un de   ses morceaux, « Tech Noire », est une référence évidente à Terminator), mais il a lui aussi su avancer avec son dernier album, New Model, paru l’automne dernier, dans lequel se dévoile un nouveau son, parfois plus éthéré, presque house, tout en demeurant singulièrement sombre (l’un des morceaux s’intitule même « Vantablack »). Comme son compère Carpenter Brut, avec lequel il partage parfois la scène, Perturbator, après la France, a su séduire le reste du monde. Aux États-Unis comme en Europe, on s’arrache les tickets pour des concerts conçus comme des messes grandiloquentes soutenues par des jeux de lumière d’une intensité rare. Adoubé par John Carpenter, avec lequel il a joué à Las Vegas pour Halloween, Perturbator continue d’explorer la part obscure des musiques électroniques.

 

Entre metal et pop culture

 

Fait intéressant : ces deux artistes, comme beaucoup dans la synthwave, sont issus du milieu metal, les deux scènes se trouvant très liées. D’ailleurs, cette année, Perturbator sera sur la scène du Download Festival à Paris, tandis que Carpenter Brut jouera au Hellfest. Certaines organisations de concert, comme Altered Minds Production, produisent à la fois des concerts de black metal et de synthwave. Faut-il voir dans cette porosité une certaine unité d’esprit en dépit de moyens musicaux divergents? Après tout, les deux genres explorent également le versant sombre de l’âme humaine, et relèvent d’un esprit « Do It Yourself » qui leur permet d’échapper à l’impérialisme des grandes majors. La synthwave deviendra-t-elle une alternative au metal ? L’avenir nous le dira.

En attendant, le nombre de groupes augmente sans cesse et alloue au mouvement une réjouissante diversité. Pour ceux qui voudraient être initiés, voici donc une petite liste d’incontournables: Kavinsky, bien entendu, les deux artistes cités dans cet article, mais également Miami Nights 1984, Power Glove, Anoraak, Dance With The Dead, Christine, Electric Youth, Scandroid, Gunship ou encore Dynatron. Même sans intérêt personnel marqué, on échappe de moins en moins à la synthwave, puisque cette musique nourrie de pop culture imprègne à son tour la culture populaire. On retrouve par exemple des bandes-son synthwave dans la série à succès Stranger Things, le court-métrage Kung Fury, ou encore dans le jeu vidéo Far Cry 3. Sombre, indépendante, la synthwave n’en représente pas moins un courant particulièrement invasif.

 

 

 

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