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La langue d’oc est la langue maternelle de l’amour courtois, mélange de légèreté et de gravité menant à la vraie joie à la française.
« Pour que la France reste la France. » Cette formule, paraît-il, aurait fait polémique à l’heure de la distribution d’un tract chez Les Républicains. Sans doute l’emploi du verbe rester heurte-il certains conservateurs du progressisme, qui sont entrés en réaction contre le fait que leur pays pourrait demeurer leur pays avec les valeurs qui le fondent. À moins que ce soit le mot France, deux fois utilisé, qui leur donne la nausée et ce sentiment de non appartenance. Bizarre ces polémiques comme montées de toutes pièces. Et puisqu’il s’agit ici de rendre hommage aux Français qui ont fait la France, (pardon pour ceux des Républicains complexés d’avoir la carte d’un parti de droite) il nous semble indispensable de saluer ce qui distingue la France d’entre toutes les autres nations, à savoir l’amour courtois et les troubadours qui en ont inventé la langue.
L’amour courtois, d’origine languedocienne, né du provençal, de la langue limousine puis toulousaine, a ceci de très particulier qu’il chante l’amour autour de valeurs qui tranchent net avec toutes les valeurs d’alors. Avant lui, l’amour répondait à des impératifs sociaux ou politiques. Un homme épousait une femme par arrangements des familles. Mais le troubadour introduit une autre idée, à l’origine de nos rapports amoureux modernes, celui du choix individuel, le droit de suivre son cœur. Ce choix personnel, bien sûr, implique la liberté. Ceci, nous le devons aux troubadours français du Midi. Ils ont inspiré toute la poésie européenne des XIe et XIIe siècles, de la Hongrie à la Toscane en passant par l’Espagne, le Portugal, l’Angleterre, Gêne, Pise, la Sicile, l’Allemagne, la Picardie, le Champenois, etc… Cet amour courtois aurait-il quelque chose à envier à ce qu’on appelle l’exception française et ses hordes d’artistes et de manifestations subventionnées ? Strictement rien à l’évidence.
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De quoi parlons-nous quand nous évoquons l’amour courtois? D’exaltation ! Mais de l’exaltation hors mariage. L’Amour, c’est l’élancement des âmes vers l’union lumineuse. En provençal, Amour est du genre féminin. Et qu’induit-il, au travers de la liberté pour un homme d’aimer une Dame dès le premier regard ? Eh bien, paradoxalement… la chasteté ! Reprenons. Le poète, puis ensuite le chevalier, gagne sa Dame par la beauté de son chant. En retour, la Dame, lorsqu’elle finit par enfin se laisser conquérir, en gage d’amour lui dépose un baiser sur le front. Et lui donne un anneau d’or. Voici nos deux amants liés par la cortezia, d’où le nom de courtoisie, c’est-à-dire l’humilité, la loyauté, le respect, la fidélité. Il impliquait, au départ, pour le poète, secret, patience et mesure. Ce modèle, né en France (pardon encore d’être anxiogène), abreuvant l’Europe entière, mit à mal les mœurs traditionnelles en les libérant. Il porte ceci – Ô Fémens d’Europe et de Navarre, pionnières de la dernière pluie – : la femme se voit élevée au-dessus de l’homme. Dans ce XIIe siècle dit obscurantiste. Au mariage social et politique répond l’aspiration d’un Lancelot pour sa Reine, socialement plus élevée que lui, en qui il voit son âme-sœur, qu’il doit gagner de haute lutte spirituelle. Et cet amour jamais ne doit être consommé par la chair, uniquement par l’esprit. L’amour courtois, c’est un antidote spirituel au mariage auquel les femmes avaient été contraintes. médiévale révolution « L’art est une chose joyeuse », dit Ezra Pound dans son Esprit des littératures romanes, ce qui tend à expliquer la puissance de la littérature courtoise ayant généré des chefs d’œuvres dans l’espace européen. Ce XIIe siècle où se jouait une « révolution psychique » comme l’affirme Denis de Rougemont dans L’amour et l’Occident, laissait voir un arbre demeuré jusqu’ici invisible. Et même si l’on considère que l’amour courtois est né précisément dans le Midi au moment même de l’hérésie cathare à laquelle il est viscéralement lié, il n’en reste pas moins qu’il se distingue du dogme des Purs fuyant la femme parce qu’elle entraînait la damnation, par la dimension jubilatoire contenue dans les chefs d’œuvres qu’elle proposa au monde d’alors.
Les troubadours ont eu l’intuition de ce que découvrit des siècles plus tard la psychologie: l’inconscient. Car à un certain niveau de lecture de ces poèmes, l’amour de loin chante sous tous ses symboles la dimension féminine cachée en chacun de nous.
Le paradoxe est que cette joie, faisant souffler une légèreté face à l’austérité cathare ainsi qu’à celle de l’Eglise romaine, n’est Joie que d’ardeur, d’exaltation et de ferveur observant la chasteté. Dans son Paradis, Dante chante Arnaut Daniel, l’auteur français des Canzoni, inventeur de la sextine, le peignant comme « le plus habile à manier le parler maternel ». De quoi parle Dante quand il évoque ce parler maternel? Le français, sans doute. Mais plus certainement la langue mère qui consiste à chercher les grandes épousailles avec l’éternel féminin à l’intérieur de chaque homme et chaque femme. Les grands thèmes de l’amour courtois sont l’éblouissement du premier regard, l’extase amoureuse, la prison d’amour,
la reverdie (la renaissance de la nature) et l’amour de loin. Ce dernier consiste à idéaliser une figure féminine – une reine pour un prince, une princesse pour un comte – en n’ayant jamais vu l’objet de son amour.
Les troubadours ont eu l’intuition de ce que découvrit des siècles plus tard la psychologie : l’inconscient. Car à un certain niveau de lecture de ces poèmes, l’amour de loin chante sous tous ses symboles la dimension féminine cachée en chacun de nous. Le moderne le nomme inconscient. C’est-à-dire ce qui doit passer en conscience, être intégré et transformer notre être. Le chrétien, lui, sait par sa tradition, que cette dimension psychologique n’est qu’un écho à la dimension ontologique dont nos corps ne sont qu’image. Cet amour libérateur qui inonda les cœurs européens et définit nos mœurs modernes devint ensuite le modèle de la chevalerie. Chrétien de Troyes substitua à la figure du troubadour célébrant sa Dame platonique, celle du chevalier. Et toute la chrétienté en fut enrichie par le sens du chant, qui est le sens du rythme, à savoir le rythme du cœur.
Nous venons de loin. Les événements et les manifestations actuelles ne sont que les énergies non intégrées par la conscience moderne qui les projette sur le monde extérieur. Alors que le troubadour savait qu’il s’agit toujours de l’aventure en soi. Cette aventure intérieure, la poésie la transformait en œuvre civilisatrice.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





