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Les fêtes de fin d’année approchent et il est grand temps de passer ses commandes. Choisir son champagne chez un artisan vigneron est tout à la fois une bonne affaire et une bonne action. Alors que les grandes maisons champenoises produisent par millions des vins d’assemblage, une nouvelle génération adopte une approche terroir. Contre la production de masse, il s’agit aujourd’hui d’exprimer la diversité des identités.
Le champagne est l’appellation de vin la plus connue dans le monde. Une appellation farouchement défendue par les 15 000 producteurs recensés en Champagne. 15 000 producteurs pour seulement 30 000 hectares. Une situation atypique dans le monde du vin impliquant un grand nombre de petits producteurs. Des producteurs prospères car la demande excède largement la production. L’année 2018 a atteint un record de vente : 302 millions de bouteilles ont été vendues pour un chiffre d’affaires de 4,9 milliards d’euros. Et désormais plus de la moitié des ventes s’effectuent à l’étranger. Les exportations de champagne hors du marché européen sont en expansion, notamment aux États-Unis (24 millions de bouteilles), au Japon (14 millions) et en Chine (5 millions).
Les grandes maisons champenoises (Taittinger, Ruinart, Veuve Clicquot, Louis Roederer) cherchent à conserver un « style maison » : quelle que soit la récolte, le consommateur doit retrouver le même goût.
Seuls trois cépages sont autorisés pour faire du champagne : le pinot noir, le pinot meunier et le chardonnay. Les vignes se répartissent entre 321 villages situés autour de Reims, Épernay, Sézanne et la vallée de la Marne. À chaque village correspond un cru, issu de son terroir. La qualité du sol (plus ou moins pentu), le climat (plus ou moins exposé au soleil ou aux intempéries) donnent au cru son identité propre.
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Les grandes maisons champenoises (Taittinger, Ruinart, Veuve Clicquot, Louis Roederer) cherchent à conserver un « style maison » : quelle que soit la récolte, le consommateur doit retrouver le même goût. Une cohérence rendue possible par l’assemblage du vin de l’année avec des vins de réserve issus de récoltes précédentes. Afin de garantir le même goût, le chef de cave peut mélanger une trentaine de vins d’années différentes. Raison pour laquelle les bouteilles ne sont pas datées, exception pour les millésimées. Le « style maison » est garanti aussi par l’étape du dosage : on ajoute, une fois la mise en bouteille effectuée, une liqueur constituée de sucre et de vieux vin. Chaque maison garde jalousement sa recette de liqueur car c’est ainsi qu’elle préserve son style.
Mais ces assemblages non millésimés sont jugés aujourd’hui peu inspirants. Alors que les grandes maisons aspirent à la cohérence, une nouvelle génération de vignerons valorise les millésimés, les lieux et la variété des raisins. Ils produisent des champagnes autour d’un village ou d’un seul vignoble. Pour ces jeunes vignerons, il faut retourner à la terre : le champagne avant d’être un produit de luxe consommé à Cannes ou à la Fashion week, est un vin issu d’un terroir. Derrière chaque bouteille il y a un paysage, un village et bien souvent une famille. Lassés par les mises en scène prétentieuses des grandes maisons, des consommateurs en quête de subtilité sont séduits par cette démarche authentique.
Bon vivant et passionné par le vin, Gilles Guerlet a créé son champagne en 2015. Est-ce le mal du pays qui en fut l’origine ? Peut-être. Graphiste renommé dans le milieu du disque, il vit à Saint-Pétersbourg : « Je me suis aperçu à quel point notre propriété familiale avait compté pour moi. Or, peu de producteurs de champagne possèdent une belle demeure. J’ai tout de suite compris que c’était un atout dans la création d’un champagne ». Située à dix kilomètres de Reims dans le village de Chenay, la demeure des Guerlet fut achetée par l’arrière-grand-père. Une demeure de trois étages construite dans un style anglo-normand qui donne au visiteur l’impression d’être plus à Cabourg qu’en Champagne. Pourvue d’un magnifique parc, la maison est cernée par les vignes. Famille de diplomates, les Guerlet vendent alors leurs raisins aux grandes sociétés champenoises.
En 2015 Gilles décide de travailler avec un vigneron du village, Luc Mérat, à l’élaboration d’un champagne. La production est entièrement financée par un distributeur russe. Dès lors on retrouve son champagne aux quatre coins de la Russie. L’identité visuelle de la marque a été entièrement conçue par Gilles : « Je voulais une marque minimaliste mais originale. L’aspect épuré donne une touche de modernité et l’étiquette de travers insuffle un aspect dynamique. J’ai conservé toutefois les codes du champagne comme la coiffe et l’écriture classique. En revanche je n’ai pas mis de collier car j’adore pouvoir sabrer une bouteille ».
« Nous essayons de trouver notre place parmi les 5 000 producteurs de champagne. Notre devise : de la qualité à un prix raisonnable (26 euros le brut, 28 euros le dosage zéro) »
En 2016 Pierre-Antoine, le frère ainé, rejoint l’aventure. Les deux frères mettent les bouchées doubles pour faire connaître leur champagne. Ils n’hésitent pas à faire leurs premières livraisons en camping-car ! Depuis ces débuts héroïques, le champagne Louis Guerlet connaît un beau succès. Ses bouchons sautent lors d’évènements prestigieux comme les Victoires de la Musique et il est distribué par des cavistes prestigieux comme la Cave du sénat (lacavedusenat.com) : « Nous essayons de trouver notre place parmi les 5 000 producteurs de champagne. Notre devise : de la qualité à un prix raisonnable (26 euros le brut, 28 euros le dosage zéro) ».
Apôtre du terroir et du respect de la nature, Gilles Guerlet travaille dans le respect de la terre. Sa maison a obtenu le label Haute Qualité Environnementale qui garantit l’absence de pesticides. Dans ses vignes, point d’herbicide mais des moutons qui paissent. L’ambition actuelle des frères Guerlet est la création d’une cuvée prestige parcellaire : « La découpe des parcelles n’a pas été faite au hasard. Les anciens suivaient les particularités du terroir. Nous voulons renouer avec cet esprit et être de plus en plus précis sur l’origine des raisins ».
La cuvée parcellaire, c’est le concept phare de la maison Lombard. Implantée à Épernay, la famille Lombard est propriétaire de vignes sur la montagne de Reims. Dernier descendant, Thomas Lombard reprend aujourd’hui la maison créée par son arrière-grand-père en 1925 : « À l’issue de mes études en Bourgogne, j’ai été attiré par le rapport au terroir que l’on trouve dans l’univers du vin. Ce qui m’a persuadé que cette approche était judicieuse aussi en Champagne, compte tenu de la diversité des vignobles ».
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Aux antipodes des grandes maisons, la maison Lombard décide de créer des champagnes mono-cru (un seul village) ou mono-parcelle (un seul vignoble). Chez les Lombard, l’authenticité du terroir ne se dilue pas dans l’harmonie d’un assemblage. Pour exprimer l’originalité d’un vignoble, on évite par ailleurs les dosages de liqueur trop puissants. Faire connaître des parcelles exceptionnelles est la passion de Thomas Lombard. Leur collection « Terroir » comprend six champagnes. Parmi ceux-là on trouve « les Corettes », une parcelle située entre Reims et Epernay. Exposée à l’ouest, elle ne reçoit pas de soleil le matin, ce qui lui donne beaucoup de finesse. « Les Corettes » au cœur du terroir de Verzenay est un champagne 100 % pinot noir.
Le champagne n’est pas une icône du luxe mais un vin issu du terroir.
« À l’exception de Monoprix, nous ne sommes pas présents dans la grande distribution. Nous faisons confiance aux cavistes et à ceux qui racontent l’histoire de notre champagne », poursuit Thomas Lombard. Depuis que sa maison développe les cuvées parcellaires, les États-Unis sont devenus un marché très porteur. Le consommateur souhaite davantage de contenus et d’histoires autour des champagnes.
Il faut aujourd’hui retourner à la simplicité. Le champagne n’est pas une icône du luxe mais un vin issu du terroir. Plus d’authenticité et moins d’esbroufe, voilà où mène le champagne des vignerons. Et l’on se dit à la première gorgée : la magie, c’est la terre.
Benjamin de Diesbach
Pour acheter du champagne Champagne Lombard : 06 70 60 90 51 – intercaves.fr – monoprix.fr Champagne Louis Guerlet : 06 65 03 21 90 – champagnelouisguerlet.com – noussommesvignerons.fr
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