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Christine Goguet… sort la sulfateuse

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Publié le

25 août 2026

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Dans « Les Grands Hommes et le Diable », la journaliste et auteur Christine Goguet dévoile les zones d’ombre de grandes figures de l’Histoire, de Rousseau à Simone de Beauvoir en passant par Victor Hugo. Truculent.
© Éditions du Rocher

Lequel de ces « grands hommes » fut, dans sa vie, le plus petit des hommes ?

Jean-Jacques Rousseau. Parce que le contraste entre son œuvre et sa conduite personnelle est vertigineux. L’homme qui a rédigé un traité sur l’éducation et révolutionné notre regard sur l’enfance a abandonné ses cinq enfants dans un orphelinat sordide, les promettant à une mort certaine… Jean-Jacques Rousseau, c’est « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

Dans votre galerie, qui est le plus grand escroc : celui qui ment aux autres ou celui qui réussit à se mentir à lui-même ?

Il y a quelques spécimens dans le livre… Même André Malraux qui ne s’est pas contenté d’arranger sa légende : il l’a composée comme un roman. Le pillage des temples khmers, les épisodes de Résistance enjolivés, les rencontres magnifiées avec les puissants : chez lui, tout devient matière à épopée et à habiter son propre mensonge.

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Quel est le « grand homme » que la postérité continue de maquiller alors que le dossier est franchement chargé ?

Gandhi. Son rôle historique est immense et incontestable. Pourtant, certains aspects de sa vie privée, ses expériences sur son propre corps ou certaines de ses correspondances racistes envers les populations africaines demeurent peu connus du grand public. Il s’adressera deux fois à Hitler en introduisant ses lettres par un affectueux « Cher ami ». Quel aveuglement pour cette grande âme ! L’admiration ne devrait jamais dispenser de regarder les zones d’ombre.

Un artiste n’est-il pas, par définition, le plus souvent un sale type, parce que sa simple humanité ne lui suffit pas ?

Un artiste n’est pas nécessairement un sale type, Dieu merci ! Mais le génie ne sanctifie personne. Nous aimerions croire que la beauté d’une œuvre garantit la beauté d’une âme ; l’Histoire, vous le verrez dans mon ouvrage, démontre l’inverse. Les artistes restent soumis aux passions humaines : l’orgueil, le désir, la jalousie, la lâcheté parfois. La grandeur de l’œuvre ne rachète pas les fautes de l’homme ; elle rappelle simplement que le bien et le mal cohabitent souvent dans un même être.

Quelle est l’anecdote que vous aimez raconter lors d’un dîner, juste pour gâcher définitivement l’admiration béate autour de la table ?

Pablo Neruda, le grand poète de l’amour universel a eu une fille, Malva Marina, lourdement handicapée, qu’il a quasiment effacée de sa vie. Dans ses lettres, il la décrit avec une dureté glaçante, comme un être ridicule, presque monstrueux. Pendant que lui voyage, écrit, séduit et bâtit sa légende, l’enfant meurt aux Pays-Bas, à huit ans. Il ne se rend même pas à son enterrement. En général, après cela, le dessert a un goût un peu différent…

LES GRANDS HOMMES ET LE DIABLE, CHRISTINE GOGUET, ÉDITIONS DU ROCHER, 200 P., 19,90 €

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