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Redonner le sens chrétien de Noël en montant une crèche vivante devant la cathédrale Notre-Dame de Paris est l’ambition de Christophe Éoche-Duval, haut-fonctionnaire passionné de théâtre qui a mobilisé pour la circonstance des acteurs de qualité qui se sont déjà produits l’an dernier place Dauphine sur l’île de la Cité. La deuxième édition prend tout son sens depuis l’incendie de la cathédrale.
Pourquoi un tel spectacle ? Quelle originalité par rapport à ce qui se fait dans certaines villes ?
Merci de nous donner l’occasion de présenter notre programmation théâtrale de décembre prochain, nous sommes une troupe de théâtre fondée en 2002, la compagnie Richard, dont l’ADN artistique est de jouer avec le matériau de l’histoire dans des espaces ouverts. Nous avons joué devant ou dans des châteaux, des jardins publics, des centres-villes médiévaux… Nous avons mis en scène des personnages ou des légendes, comme Richard Cœur de lion, Louis XIII, Napoléon, Lawrence d’Arabie,…et puis nous avons fait l’expérience en 2016 de Jésus en son temps, un spectacle qui s’est intitulé « Yeshua » (Jésus en araméen). Le spectacle que nous avons joué l’an dernier et rejouons cette année s’intitule « L’Etoile des bergers », soustitré volontairement en hébreu « koRav haro’him ». C’est le thème d’une crèche vivante, on est à Nazareth et Bethléem en l’an zéro. Nous reprenons donc un genre théâtral populaire très ancien, puisque c’est saint François d’Assise qui a créé et mis en scène la première crèche vivante, à Greccio, en Italie, en 1223.
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Bien sûr, nous le jouons avec les moyens du spectacle vivant moderne, ce qui inclut aujourd’hui la sonorisation HF, les effets de lumières ou de pyrotechnie. Cinquante artistes revisitent la crèche. Ce genre théâtral a été délaissé, du moins par des compagnies de théâtre. Je ne prétendrai pas qu’il n’y ait pas ici ou là une paroisse ou un patronage qui mime une crèche le 25 décembre, mais en France, c’est très loin d’être toutes les églises et c’est surtout sans aucun rapport avec l’Italie où la « presepe vivente » est pour certaines villes un phénomène de type « Puy du fou » ! Ce serait donc une belle chose que de voir multiplier des « Castiglion », des « Fiorentino » ou « Arezzo », du nom de ces villes d’Italie qui se mobilisent pour jouer de superbes crèches autant devant des milliers de touristes que des fidèles. Notre spectacle sera joué plusieurs fois par jour les samedi 14 et dimanche 15 décembre 2019 sur l’île de la Cité, il sera gratuit, il y aura un marché de Noël, des produits de monastères ou de Bethléem, des moutons et des dromadaires. Toutes les informations sont accessibles sur www. animation-spectacles-paris.fr ou notre page facebook.
Quelle est la dimension d’évangélisation que vous revendiquez ?
Nous sommes une troupe de théâtre, dans laquelle les acteurs qui jouent viennent d’horizons très divers, croyants et non, pratiquants ou non. Notre autre foi c’est le spectacle ! Nous ne sommes pas une troupe de l’Église. Notre vocation est culturelle mais votre question me fait rebondir de deux façons. Avoir de la culture générale sur le fait religieux, singulièrement judéo-chrétien, a un sens sur notre continent européen, ou alors on ferme tous les musées de peinture ou de de sculptures.
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Comme nous avons des publics variés et notamment de jeunes spectateurs, notre expérience nous a montré combien ce siècle va souffrir d’un grave paradoxe : autant les jeunes sont connectés sur internet toute la journée, autant l’école ou le lycée se montrent incapables de leur faire acquérir une culture gréco-latine, judéo-chrétienne et même d’histoire profane. Les gens sont redevenus incultes devant une œuvre dans un musée ou devant le tympan d’une église. Notre troupe de théâtre participe donc de cette volonté de ré-enracinement de nos contemporains, une forme d’« évangélisation culturelle ». Une chose nous paraît certaine en tant que troupe théâtrale : le texte des Évangiles « vaut du Molière » et a toute sa place sur les planches !
Pourquoi avoir introduit des danses d’Israël ? Est-ce un rappel de notre ancrage dans le judaïsme ?
C’est une découverte artistique que notre troupe a faite il y a quelques années à l’occasion de ce spectacle « Yeshua ». Les juifs, du temps de la Bible comme aujourd’hui, adorent la danse et ont un folklore riche de plus de 2000 danses. Elles se sont diffusées partout. En tant que metteur en scène, je cherche à solliciter tous les arts du spectacle vivant, c’est pourquoi je me suis tourné vers la danse d’Israël et les chants hébreux. Bien sûr, ceux qu’on joue aujourd’hui n’existaient pas au temps de Jésus car toute trace des mélodies ou des pas de danse a disparu avec la chute du Temple.
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Mais Jésus a chanté et dansé comme les juifs de son époque. Cette judéité a été oubliée en Occident, or elle est fondamentale car si elle était restée dans notre culture, elle aurait fait reculer beaucoup d’antisémitisme. Les acteurs et danseurs de notre troupe jouent donc à cette immersion de sons et de pas de danse qui nous rapprochent d’une ambiance que je ne qualifierais pas d’orientale mais de judaïsante.
L’incendie de Notre-Dame rend encore plus urgent un tel projet et lui donne une dimension singulière. En avez-vous conscience ?
La tragédie de la cathédrale Notre-Dame a un lien avec notre aventure. Il se trouve que nous étions invités pour rejouer la deuxième édition sur le parvis de la cathédrale, dans le cadre d’une animation plus vaste où il nous était demandé de monter un « marché de Noël de Bethléem » et nous avions une réunion préparatoire avec les agents qui était programmée le lundi… 15 avril à 18 h 30. Un contretemps de dernière minute nous l’avait fait reporter. Je n’ose y penser rétrospectivement. Toujours est-il que jouer devant le parvis qui sera encore zone de chantier en décembre est impossible mais nous jouerons sur l’île de la Cité, donc à deux pas ! Et nous formons le vœu, pour certains, des prières pour les autres, d’y être présents en décembre 2020. Nous inscrivons notre spectacle dans la filiation des mystères médiévaux qui font alors renaître le théâtre dans une optique totalement différente de celle du théâtre antique.
Nous inscrivons notre spectacle dans la filiation des mystères médiévaux qui font alors renaître le théâtre dans une optique totalement différente de celle du théâtre antique
D’abord joués par des prêtres ou moines au cours de la messe pour « catéchiser » les masses, les mystères sont ensuite interprétés sur le parvis et deviennent des Évangiles vivants qui sont progressivement ouverts aux acteurs laïcs, à partir du XIIIe siècle. La Passion devant la cathédrale Notre-Dame mobilisait, par exemple, une confrérie de 500 acteurs professionnels durant plusieurs jours. La Passion d’Arnoul Gréban, le Molière de l’époque, c’était 35 000 vers déclamés ! Notre aventure puise à cette belle origine du théâtre français. C’est un devoir mémoriel aussi. La Passion devant la cathédrale s’est arrêtée en 1939… Qu’attend-on pour recommencer ? Pour notre part, nous faisons revivre la crèche de Noël. Une autre manière d’entrer dans les mystères.
Propos recueillis par Benoît Dumoulin
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