La Femme de Tchaïkovski, sur le papier, a tout du projet agaçant. Parce qu’il se propose de porter sur un personnage historique, le compositeur Piotr Tchaïkovski, un point de vue « singulier », celui de sa femme Antonina Milioukova, qui a connu un destin tragique (Tchaïkovski, étant gay comme un pinson, s’en est essentiellement servi comme faire-valoir auprès de la haute-société). On s’attendait donc à un énième moratoire fustigeant la méchante classe dominante masculine (fût-elle homosexuelle) et s’attendrissant de manière pataude sur le tragique martyre des « femmes de ». Il n’en est rien. Car le réalisateur de cette œuvre dantesque n’est autre que Kirill Serebrennikov, l’homme qui défraya la critique avec La Fièvre de Petrov, hallucinante déambulation nocturne dans l’inconscient maladif de la Russie. Comme les maîtres dont il se réclame (et en particulier Alexeï Guerman, tsar du réalisme magique), Serebrennikov vient du théâtre et il en ramène cette fascination pour la pure mise en scène, pour le déploiement opératique des corps, pour la chair de ses acteurs.
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Et de la chair, il y en a… La Femme de Tchaïkovski fait fatalement penser à L’Histoire d’Adèle H., de François Truffaut, qui décrivait une passion amoureuse toxique et à sens unique – celle de la fille de Victor Hugo pour un officier arrogant et falot. Mais la comparaison s’arrête là : là où Truffaut s’enfermait dans un académisme soigné, le film de Serebrennikov monte tous les potards à fond, et propose une véritable descente aux enfers, une plongée dans les miasmes les plus absolus de la passion égotique, de l’amour malade, des pulsions sexuelles les plus dévorantes. Son actrice Alyona Mikhailova est magnifiée par une direction artistique inoubliable qui fait de chaque plan un tableau aux infinies nuances de ténèbres. Une claque.
LA FEMME DE TCHAÏKOVSKI (2h23), de KIRILL SEREBRENNIKOV, avec Aliona Mikhaïlova, Odin Biron, Filipp Avdeev, en salles le 15 février





