Une réussite qu’on n’attendait pas : en adaptant une bande dessinée à succès de Régis Hautière, le réalisateur Yann Samuel ne réinvente pas le grand film familial mais lui redonne ses lettres de noblesse. Vu le contexte (wokistan et autres pleurnicheries mémorielles) on appréhendait pourtant avec une certaine crainte ce projet de mettre en scène une bande de gosses livrés à eux-mêmes pendant la Grande Guerre. On aurait pu découvrir un énième pensum geignard mais c’est tout l’inverse : La Guerre des Lulus aurait pu être filmé dans les années 80 tant il maintient le cap d’une fiction à la fois exigeante, émotionnellement généreuse et visuellement réussie. Les « Lulus », ce sont quatre gosses qui s’acoquinent dans un orphelinat picard, et qui se retrouvent sur la route grâce à une jolie pirouette scénaristique. Pris littéralement entre deux feux, à quelques jets de pierre seulement des combats, ils vont rejouer leur propre guerre – qui consiste avant tout à grandir, aidés par une succession de rencontres insolites. Ils croisent notamment Luce, qui deviendra tant bien que mal la cinquième « Lulu ».
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Récit picaresque, road-movie en short et à lance-pierre, La Guerre des Lulus reste constamment à hauteur d’enfant et embrasse avec empathie leur regard, qui transforme la guerre tour à tour en film d’horreur, en fantaisie héroïque ou en comédie douce-amère, avant un passage bouleversant par les tranchées qui leur révèlera une réalité bien plus sordide. Si le ton est juste, c’est d’abord grâce au casting enfantin, ultra convaincant, mais aussi à d’excellents seconds rôles : François Damiens, Didier Bourdon, Alex Lutz (qui confirme à chaque film son excellence) – et même Isabelle Carré, assez inattendue dans un rôle de sorcière-matriarche. C’est aussi précisément parce que Yann Samuel ose faire de la grande histoire une matière à rêver : le premier quart d’heure a des allures d’Harry Potter et la dernière moitié n’hésite pas à accumuler certains morceaux de bravoure tout droit sortis d’un cinéma d’action à l’américaine. Ici, la Grande Guerre, outre qu’elle permet une belle réflexion sur l’enfance, est surtout traitée comme un fastueux décorum, comme un accélérateur d’imaginaire. On n’évite pas certains clichés, fatalement, mais dans l’ensemble La Guerre des Lulus peut s’arroger le titre de film familial de l’année, pour la simple raison qu’il ne prend personne pour des cons, et encore moins les enfants qu’il vise.
La Guerre des Lulus (1h45), de Yann Samuel, avec Alex Lutz, François Damiens, Isabelle Carré, en salles le 18 janvier





