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[Cinéma] Les Crimes du futur : plaisirs coupables

Retour aux sources de l'horreur organique ou facétie de vieux briscard ? Cronenberg ne tranche pas et livre avec Les Crimes du Futur une étonnante réflexion sur sa propre carrière.

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© Crimes du futur

Dans Une collection particulière, court-métrage de 1973, le cinéaste d’origine polonaise Walerian Borowczyk, spécialiste de l’érotisme onirique (Contes Immoraux, La Bête) propose à son vieux compère le romancier surréaliste André Pieyre de Mandiargues, érotomane tout aussi convaincu, ce simple exercice de style : énumérer sur une voix atone et sans montrer son visage sa collection d’objets sexuels. Le résultat ne laisse pas de surprendre : comme un prestidigitateur fatigué, Mandiargues actionne de vieux automates grivois, détaille une collection de godemichés anciens aux origines exotiques. On ne verra que ses mains et les manches de son costume noir – car le fétichiste a toujours à cœur d’isoler les parties du corps, de les rendre toute puissantes par la grâce du cadrage. Ce court-métrage oublié du cinéaste réussit pourtant à cerner la nature même du fantasme, de la perversion, en ce qu’elle est intimement liée à un simple principe d’énumération et de focalisation. La collection, la récitation, l’empilement : autant de scolioses du langage qui construisent l’imaginaire de la perversion. On ne cessera de dire à quel point les récits du sinistre marquis de Sade sont basés sur ce simple principe.

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On peut voir dans le dernier film de Cronenberg un exercice similaire, celui d’un vieux dandy qui énumère ses fétiches avec une application parfois morne, parfois exaltée. Il s’agit autant d’un retour aux sources quasi-juvénile (le film emprunte d’ailleurs le titre de son premier court-métrage d’études, une sorte de faux documentaire aux relents situationnistes filmé à l’époque dans l’enceinte de l’école des sciences de l’Ontario) que du film testamentaire d’un vieil obsédé du langage. Loin d’être un film-somme comme a pu l’être le sublime et définitif Crash (prix du jury au festival de Cannes en 1996) ou à la rigueur Existenz, Crimes of the Future version 2022 brille surtout par son manque d’ambition apparent et par un certain reniement – à ce titre Cronenberg semble d’emblée effacer d’un revers toute sa seconde et ennuyeuse période « psychanalytique », en ouvrant son film par un infanticide à la fois grotesque et glaçant. Le film tout entier a les apparences d’une miniature soigneusement mise en boîte, éclairée avec un soin délicat, mais qui jamais ne se cache d’être une sorte d’auto-hommage narcissique, légèrement vain – et surtout délibérément comique. [...]

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